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Académie d'Agriculture de France

 

Présentation par Georges Pedro

de la Thèse de  Gérard BOURGEON[1] :

 

Les sols rouges de l'Inde péninsulaire méridionale[2]

 

 

La couverture pédologique de la péninsule indienne est originale à plus d'un titre ; l'une de ses originalités est constituée par l'existence d'une vaste zone de “sols rouges” à caractères typiquement fersiallitiques[3], alors qu'on se trouve en milieu tropical. L'objectif de l'étude présentée ici a été ce contribuer à la connaissance de ces “sols rouges”, afin de mieux dégager ultérieurement un certain nombre de particularités dans le domaine agricole et rural.

La réalisation de ce travail s'est faite dans le cadre de l'Institut Français de Pondichéry, où l'auteur a passé plusieurs années et où d'ailleurs il se trouve de nouveau en poste à l'heure actuelle. Il est bon de rappeler ici que cet institut français a été créé lors du Traité de cession de 1955 à la demande expresse du Premier Ministre indien de l'époque J. NEHRU et qu'il est installé depuis cette date dans l'ancienne Paierie générale des Comptoirs français de l'Inde. Dépendant du Ministère des Affaires Etrangères, il comprend plusieurs départements : Indologie, Ecologie (phytogéographie, pédologie et développement rural) et Sciences sociales (Etudes rurales et Sciences de la Société).

C'est donc grâce à lui que de nombreuses études écologiques, géographiques et linguistiques ont pu être réalisées en Inde depuis plus de trente ans par toute une série de chercheurs français et indiens.

L'intérêt des recherches effectuées par G. BOURGEON sur “les sols rouges de l'Inde péninsulaire” tient à plusieurs éléments :

Il s'agit tout d'accord du travail d'un pédologue français, ce qui signifie que l'étude a été accordée en s'appuyant essentiellement sur les conceptions et les méthodes de la pédologie française : d'où la possibilité d'une comparaison objective avec les travaux pédologiques réalisés par nos compatriotes dans d'autres régions du monde tropical semi-ande et ande, et en particulier dans la zone de l'Afrique de l'Ouest si bien connue de notre Ecole de Pédologie. D'ailleurs, l'auteur avait lui-même auparavant beaucoup travaillé dans cette dernière zone.

- Une comparaison Dekkan-Afrique de l'Ouest a souvent été envisagée, et on ne comprenait pas à première vue comment ces milieux climatiques apparemment voisins pouvaient conduire à des mises en valeur et à des modes d'occupation aussi différentes (cf. le dernier livre de P. GOUROU notamment : l'Afrique, nain ou géant agricole, 1991) : agriculture extensive et pastoralisme avec très faible densité de population en Afrique sèche ; agriculture plus intensive et pratiquement sans jachère dans l'Inde du Sud, permettant la présence d'une population nombreuse puisque les densités avoisinent 200 h/km2 ; et ce, depuis longtemps, tous les voyageurs français du xviiie siècle (COSSIGNY, LEGOUX de FLAIX, LAW de LAURISTON... cf. G. DELEURRY - Les Indes florissantes - Laffont Ed. Collection Bouquin, 1990) ayant été émerveillés par la qualité de l'agriculture indienne qu'ils trouvaient d'ailleurs beaucoup plus avancée que l'agriculture de notre pays à la même époque.

Or cette étude montre que les “sols rouges” de l'Inde sont très différents des sols ferrugineux de l'Afrique de l'Ouest : engendrés sur socle cristallin peu profond, ils sont jeunes et biologiquement actifs, donc mieux pourvus que les sols ferrugineux d'Afrique qui sont des sols vieux et appauvris, développés sur d'épais héritages ferrallitiques. Ainsi est confirmée, grâce à ce travail, l'importance de la prise en compte de l'histoire pédologique d'un milieu qui, seule, permet de comprendre l'existence de situations sensiblement différentes au sein de zones climatiques actuellement équivalentes.

La méthode comparative resta donc bien une méthode-clé dans les Sciences du Milieu naturel ; encore faut-il s'assurer que son application soit réalisée dans des conditions strictement identiques ; à défaut de quoi, on a vite fait de s'engager sur des voies erronées, avec toutes les répercussions que cela peut avoir notamment en ce qui concerne les transferts agrotechnologiques et la gestion de l'espace rural.

 



[1] Pédologue IRAT-CIRAD.

[2] Thèse de doctorat. Université de Paris VI - Publications Département d'Ecologie. Institut Français de Pondichery - Mémoire n° 31, 271 p., 1992.

[3] Le caractère fersiallitique est classiquement le caractère spécifique ces sols rouges méditerranéens.