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Courrier des lecteurs

Dans la lettre du C.I.D.I.F. n° 7, on trouve en page 41 une assertion surprenante.

“Rappelons que l'histoire des Français aux Indes court de 1757, lorsqu' “Anglais et Français s'affrontèrent farouchement pour la prise du sous-continent indien, jusqu'à 1815 qui vit la victoire quasi totale des Anglais et l'instauration du Raj britannique”.

On peut toujours discuter un point de vue ou une opinion mais les faits, lorsqu'ils sont aussi connus, sont indiscutables. Les deux dates citées sont effectivement des repères importants : bataille de Plassey, déterminante pour l'avenir des Anglais en Inde, et traités de 1814 et 1815 par lesquels le domaine français en Inde est définitivement réduit aux cinq comptoirs bien connus.

Néanmoins, “l'histoire des Français aux Indes” ne se limite pas à cette courte période, tant s'en faut. Presque un siècle avant 1757, la première loge française est fondée à Surate, en 1668, et d'autres loges seront établies entre 1669 et 1730, successivement dans les villes de Mazulipatam, Dacca, Cassimbazar, Balassor, Calicut, Patna. La fondation de Pondichéry remonte à 1673 (Bellanger de l'Espinay) et 1674 (François Martin). Le même François Martin commence à faire du commerce à Karikal en 1688, puis le comptoir se développera à partir de 1738. A Chandernagor, Duplessis achète le terrain en 1674. Le comptoir est créé vers 1690. Le comptoir de Mahé est fondé en 1721, celui de Yanaon en 1723. Oubliera-t-on que le très célèbre Dupleix est arrivé en Inde en 1722, et en est reparti en 1754, trois ans avant la bataille de Plassey ? Est-il possible de réduire à néant une période aussi féconde ?

Il est donc bien certain que l'histoire des Français commence en Inde bien avant 1757. D'ailleurs, comment auraient-ils pu “affronter farouchement” les Anglais s'ils n'avaient déjà été en place ? Et cet affrontement n'était certes pas le premier.

Quant à la “fin” de l'histoire des Français, il est non moins inexact de la situer en 1815 : Chandernagor sera rendue à l'Union indienne en 1952, et les autres Comptoirs en 1954, presque un siècle et demi plus tard. Pendant cette longue période, des Français ont vécu en Inde ; ils y ont travaillé, étudié, voyagé...

L'erreur est de taille pour chacune des dates limites et il est regrettable qu'elle soit diffusée par un organe “d'information et de documentation sur l'Inde francophone” sans aucune rectification. Cette mise au point paraît donc nécessaire.

Ajoutons encore une remarque : même après 1954, “l'histoire des Français” a continué et continue. La présence française qui a été voulue par Nehru à Pondichéry “fenêtre ouverte sur la France”, est bien effective non plus politiquement mais culturellement grâce à l'Institut Français, à l'antenne de l'Ecole Française d'Extrême-Orient, sans oublier l'Alliance française, le Lycée français, etc.

Pourquoi restreindre notre présence à quelque 58 ans ? L'Inde nous tient à cœur depuis plus de 300 ans...

Mireille Lobligeois           


 

Réponse de la Rédaction

Je remercie vivement Mireille Lobligeois d'avoir procédé à une mise au point, indispensable. Rappelons que cette phrase émane d'un article tiré des Echos de l'amitié franco-indienne. 1er trimestre 1992, bulletin de l'Association AFI-AFI, qui a cessé de paraître. Cet article fait partie de la revue de presse établie autour du merveilleux ouvrage de Guy Deleury, Les Indes Florissantes. L'auteur de cet article, Angèle, a relevé les dates incriminées dans la préface signée de son Excellence Idris Hassan Latif, ancien ambassadeur de l'Inde en France de 1985 à 1988, qui écrit : “Leurs témoignages apportent à la connaissance de la culture et de l'histoire de l'Inde, pendant cette période cruciale qui va de 1757 à 1818, des matériaux nouveaux et importants” L'erreur d'Angèle provient d'une mauvaise interprétation de cette phrase de son Excellence Idriss Hassan Latif.

Je profite de l'occasion pour poser une question. Comment peut-on “rendre” à l'Union Indienne, qui a vu le jour en 1947, des comptoirs créés antérieurement et dont les terres ont été achetées à des monarques de l'époque ? Je crois qu'il serait plus juste de toujours utiliser le terme “céder”.

A la suite d'une erreur de frappe l'article de Kanchanna Mukhopadhyay publié dans la Lettre 8, est paru sous le titre” L'Inde moderne et la Révolution française en 1798”. Il fallait bien entendu lire 1789 et non 1798.