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L’Inde vue par les voyageurs français au xviième siècle.

par Bernard Ozanam

 

Parmi les sources qui nous permettent de connaître un pays, les récits de voyage sont des documents privilégiés. Pour les Français du xviième qui ne connaissaient l’Inde que par des relations antiques ou médiévales, où l’imaginaire le dispute au réel, ils vont être la première source d’informations fiables sur ce pays.

Venus de divers horizons sociaux, nos voyageurs n’ont qu’une pensée : satisfaire leur curiosité et faire fortune. C’est pourquoi ils s’attachent à décrire des domaines aussi divers que la religion, l’économie ou les arts et les sciences. Il n’est pas de récit où la “religion des Gentils” ne soit abondamment décrite et commentée. Avec ses dieux innombrables et ses rites étranges, l’hindouisme a été pour nos compatriotes un sujet d’étonnement, d’incrédulité et parfois même de dégoût. De Bernier à Robert Challe, la religion hindoue est jugée sur ses manifestations populaires presque exclusivement. Tour à tour apparaissent les grandes foules des fidèles qui se pressent dans les hauts lieux spirituels de l’Inde : Puri en Orissa, Kanchipuram en pays tamoul et bien sûr Bénarès où les veuves se jettent vivantes dans les brasiers ardents. De même, la foule innombrable des ascètes : sadhus, yogis ou sannyasins laissent perplexes les voyageurs.

Comment expliquer la relative pauvreté de ces observations et le jugement pour le moins mitigé porté sur cette “religion de Gentils” ? Il existe, à mon sens, un obstacle majeur à une meilleure compréhension du phénomène religieux : la méconnaissance quasi totale du sanskrit. Il leur est, de ce fait, impossible de se prévaloir d’une connaissance directe de l’hindouisme par ses textes fondateurs. Certains, tel Bernier, ont certes voulu aller plus au fond des choses. Mais ils ont dû se contenter d’informations de seconde main, puisées auprès des pandits indiens et des missionnaires chrétiens.

Aussi, les informations qu’ils nous livrent sont-elles à la fois parcellaires et disparates. Pêle-mêle sont cités des textes sacrés – le plus souvent les Védas et les Upanishads, beaucoup plus rarement la Bhagavad-Gita ou les Puranas – des récits sur la cosmogonie hindoue et des noms de dieux et de déesses. Sans que l’on puisse se faire une idée exacte de tous ces domaines.

La langue n’est cependant pas le seul obstacle qui empêche une bonne compréhension de la religion. Nos compatriotes ne peuvent se départir de l’idée première qu’ils se sont forgé au contact des pratiques populaires, à savoir que l’hindouisme n’est que superstitions étranges et polythéisme effréné. Pourtant, un missionnaire jésuite rencontré par Bernier lui a bien dit que “touchant ces trois êtres (Brahma-Shiva-Vishnou) les Hindous ont quelque idée du mystère de la Trinité, et qu’il est expressément porté dans leur livre que ce sont trois personnes en même Dieu.” Mais Bernier ne semble pas y croire vraiment et n’essaye pas d’approfondir ce renseignement capital : les Hindous sont-ils monothéistes ?

Il faudra attendre le dix-huitième siècle pour voir ce point de vue faire l’objet d’un vrai débat avec des hommes comme Law de Lauriston ou Polier pour s’en faire l’écho. (1) Pas plus que l’hindouisme, la société, qui en est son expression sociale, ne trouve grâce aux yeux de nos compatriotes. La société des castes nous est présentée comme une sorte de répartition du travail. En soi, elle ne heurte pas nos Français. La France du xviième siècle est, elle aussi, inégalitaire. Seule la condition des intouchables les émeut. Ils nous sont présentés, même si le mot n’est jamais prononcé, comme des esclaves. C’est à cause de l’intouchabilité qu’ils rejettent la société des castes. Les Brahmanes, eux aussi, sont vus sous un jour défavorable. Nos voyageurs les accusent de maintenir le peuple dans ses superstitions. Le but d’une telle manœuvre est de maintenir la primauté de la caste sacerdotale car de la naissance à la mort, la vie d’un hindou est marquée par des actes religieux, tel le mariage qui requiert les bons offices du Brahmane.

Nos voyageurs nous rapportent aussi que certains temples sont des antres économiques autant que religieux car les fidèles y font des dons considérables et les Brahmanes y sont autant des gestionnaires que des prêtres.

Après la religion, l’économie est le thème le plus souvent abordé. Elle est vue sous un angle commercial et comme l’étude des différentes productions. Le désir de s’enrichir le plus rapidement possible les a amenés à s’intéresser aux pratiques mercantiles ainsi qu’aux marchandises susceptibles d’être achetées. Par ailleurs, un certain nombre de ces voyageurs sont des agents plus ou moins officiels du roi ou de ses ministres. Ainsi, la Boullay le Gouz fut-il chargé d’une mission officielle auprès de l’empereur Shah Jahan. Ils se doivent de rendre compte de tout ce qui touche au commerce car c’est la principale préoccupation de ceux qui les mandatent.

Le lecteur est surpris, en parcourant ces récits, par l’ampleur des connaissances nécessaires à tout négociant voulant se lancer dans l’aventure indienne. Il lui faut tout d’abord se retrouver parmi les différentes monnaies  roupie ou paisa moghole, réal de Séville ou de Mexico, thaler germanique et bien d’autres encore. Tavernier s’efforce de donner les parités de ces monnaies avec celles qui sont plus familières aux négociants français. Il est nécessaire de bien connaître les taux de change afin de ne pas être victime des changeurs locaux. Ceux-ci ont parfois tendance à abuser des commerçants pas assez informés.

Autre connaissance indispensable, celle des poids et mesures qui varient selon la marchandise. Ainsi, l’or, l’argent et les autres métaux précieux sont pesés par des poids appelés tolas ; pour la soie sont utilisés des poids que l’on nomme cabit, divisés en 24 tassots. Pour ces deux unités, aucune équivalence n’est donnée. Pour les étoffes autres que la soie, on utilise la bale qui correspond à 100 livres.

Quelles marchandises venait-on chercher en Inde ? Ce sont avant tout les épices : poivre, cannelle, gingembre et bétel – qui constituent, durant une bonne partie du siècle, la plupart des cargaisons. Mais dès les années 1620-30, nos compatriotes mentionnent également les pierres précieuses, les pièces d’orfèvrerie et les étoffes. Pierres précieuses et étoffes prennent de plus en plus d’importance à partir des années 1643-58, si l’on en croit la place que leu accorde Tavernier dans ses Voyages en Inde. Mais ce n’est que vers le début du xviiième siècle qu’elles semblent supplanter les épices dont le cours s’est effondré à la bourse d’Amsterdam.

A travers les récits de voyages, l’Inde du xviième siècle apparaît riche et prospère. Mais si l’on y regarde de plus près, cette opulence n’atteint pas également toutes les parties du sous continent. Les régions les plus souvent citées pour leur richesse sont, d’une part le Bengale et d’autre part le Gujarat, notamment les grands ports de Cambaye et Surate sur la mer d’Oman. La côte de Malabar et la région de Golconde sont très souvent citées pour les épices et les pierres précieuses.

La richesse de ces régions tient tout d’abord à leurs productions très recherchées par les négociants tant locaux qu’étrangers mais aussi à l’excellence du réseau routier qui permet l’acheminement rapide des produits vers les ports. Cambaye et Surate sont reliés au Bengale par la grande route qui, par Allahabad, aboutit à Patna et Dacca. A l’exception de Golconde, ce sont des régions côtières ouvertes sur le monde extérieur et c’est là que les marchands étrangers viennent s’approvisionner. Enfin, le Bengale et le Gujarat sont des régions pacifiées, du moins jusqu’aux années 1657-59.

Les principaux acteurs de ce commerce se distribuent en deux groupes. Les locaux et les autres. Les premiers sont essentiellement des Banians hindous et les riches négociants maures de Cambaye et Surate. Le deuxième groupe, plus disparate, se compose de marchands asiatiques et européens. Parmi les premiers, les Arméniens sont les plus actifs ainsi que les Arabes. A noter la présence de négociants japonais dont on ne nous dit rien de plus. Nos compatriotes nous donnent plus d’informations sur les Européens. Deux grandes nations commerciales sont les plus présentes : l’Angleterre et les Provinces Unies. La France, arrivée tardivement (vers 1667 environ) est en proie à mille difficultés. Quant aux Danois, ils sont encore plus discrets.

Toutes ces nations possèdent des comptoirs où s’effectue l’essentiel de leurs transactions : Madras pour les Anglais, Cochin pour les Hollandais, Pondichéry pour les Français. Tous, à l’exception des Danois, ouvrent des comptoirs au Bengale dans la seconde partie du siècle. Cette région devenant de plus en plus la région vitale du sous continent. Grâce à la fermeté des autorités locales, les nations européennes vivent en bonne intelligence et se consacrent uniquement au commerce.

Observateurs attentifs de la vie du sous continent, nos compatriotes se sont naturellement intéressés aux événements politiques. C’est l’empire moghol, le principal Etat du pays qui a retenu leur attention. Tour à tour, ils nous décrivent les forces et les faiblesses ainsi que les événements majeurs comme la “grande révolution” des années 1657-59. De Babur à Shah Jahan, les empereurs pratiquent une large tolérance religieuse. “Le Grand Moghol, quoique Mahométan, permet ces grandes superstitions”, nous dit Bernier à propos de l’hindouisme.

Cette tolérance est largement politique et dictée par les circonstances car, gouvernant un peuple qui pratique une autre religion, les souverains moghols s’efforcent de se concilier leurs sujets par une politique prudente. Ainsi, l’empereur Akbar épouse une princesse rajpoute afin de se concilier ce peuple. Jahangir favorise la construction d’églises chrétiennes. Shah Jahan confie l’éducation de son fils aîné à un pandit hindou. Cette tolérance assure au pays paix civile et prospérité. L’empire moghol devient ainsi la première puissance de l’Asie, selon Tavernier.

Le second point fort de l’empire moghol est son administration. Elle est assez importante pour quadriller efficacement le territoire. Grâce à la Boullaye le Gouz, il nous est possible de connaître quelques uns de ces fonctionnaires et les fonctions qu’ils exercent.

Il s’agit tout d’abord de celui que la Boullaye appelle l’omrah de ville qui n’est autre que le nabab, c’est-à-dire le dignitaire chargé de commander une province. Il est nommé par l’empereur. Le nabab est assisté par un certain nombre de personnes. Tout d’abord le Mir Bahr qui est chargé du port et de la douane. Ce fonctionnaire n’est pas mentionné par notre voyageur. Par contre, il cite le kotwal (qu’il écrit cotoual) qui est responsable de l’ordre public dans les villes. Enfin, sont citées deux personnes dont nous n’avons pu vérifier l’existence. Il s’agit d’une part de l’enquêteur du prince, chargé d’apprécier le travail des fonctionnaires et de faire un rapport hebdomadaire à l’empereur, d’autre part de l’écrivain public qui a pour tâche d’informer l’empereur sur tous les événements se déroulant dans sa ville de résidence.

Grâce à cette administration efficace, tous les renseignements utiles au gouvernement de l’État remontent vers le souverain. Le monarque est en effet la clef de voûte du système. C’est lui qui prend les décisions. Sa puissance est sans limite et se manifeste de deux façons, D’une part par les ordres qu’il donne et qui sont exécutés aveuglément, d’autre part, grâce à la mise en scène dont font l’objet chacun des gestes ou des apparitions du souverain. Celui-ci, nous dit Bernier, n’apparaît que pour les audiences publiques et les fêtes religieuses. A ces occasions, la cour déploie un luxe sans pareil. On organise de grandes parades militaires. Le but est d’éblouir le peuple et de créer une distance entre l’empereur et ses sujets.

L’empereur est conseillé par un certain nombre de nobles. Ceux-ci doivent leur carrière au souverain et à leur mérite personnel. C’est le moyen de s’attacher une noblesse qui, nous dit Bernier, n’a pas d’assise territoriale comme en Europe mais n’est pas soumise aussi étroitement. Le bon fonctionnement de l’empire passe par une soumission aveugle de cette noblesse.

Mais les souverains moghols ne sont pas toujours capables d’obtenir une telle soumission. Selon Bernier, ils ne sont pas préparés à leur métier d’empereur. Toute leur éducation consiste à faire d’eux de bons musulmans. Ils apprennent l’arabe et les sourates du Coran mais rien sur le gouvernement des États. L’accession au trône d’un nouveau souverain est-elle parfois suivie d’une période d’incertitude qui dure le temps que le nouvel empereur fasse son apprentissage.

Cette faiblesse grave est encore accentuée par l’absence de règles de succession. Autant de princes, autant de candidats. Les Moghols considèrent l’Etat comme un bien familial auquel tous les membres ne peuvent s’attendre. Il en résulte une grande instabilité ; d’Akbar à Shah Jahan tous les empereurs ont dû faire face à des tentatives d’usurpation du pouvoir, le plus souvent sans succès. Jahangir est détrôné par Shah Jahan, lui même renversé par Aurangzeb.

C’est un conflit pour le pouvoir qui déclenche ce que nos voyageurs appellent la Grande Révolution entre 1657 et 1659 L’empereur régnant, Shah Jahan, a peur d’être détrôné par ses fils. En même temps, il voudrait introniser son aîné Dara Shirkoh qu’il préfère, comme son successeur. Il partage l’empire entre ses quatre fils : la vice royauté du Bengale à Sultan Sujah, celle de l’Indus à Dara, le Gujarat à Mourad Bakshe, et le Deccan à Aurangzeb. La manœuvre semble réussir : ses fils partent dans leur vice royauté sauf Dara qui reste à la cour. Pour tous, nous dit Bernier, il est le futur empereur. Mais en septembre 1657, la maladie de Shah Jahan réveille les ardeurs de ses fils.

Dara et son père doivent anéantir l’armée de Sultan Sujah venue du Bengale, mais ils sont battus à Damapur et Samurgarh (24 avril 1658 et 28 mai 1658) par Aurangzeb et Mourad Bakshe. La lutte se poursuit encore quelque temps mais, devant Ajmer (Rajasthan), le 16 mars 1659 Aurangzeb remporte une victoire définitive.

Nos compatriotes et plus particulièrement Bernier consacrent de nombreuses pages à ces événements. Pour eux, ils marquent un tournant. Ce n’est pas qu’une simple querelle de succession. Ce sont deux conceptions de l’empire qui s’affrontent. D’un côté, Dara, esprit ouvert, favorable à la continuation de la politique de tempérance religieuse. De l’autre, Aurangzeb, le vainqueur, musulman de stricte observance, qui impose la sharia comme loi pour l’empire.

Cette identification de l’empire à l’islam fait entrer l’empire dans une période critique. Les soulèvements se multiplient. Ainsi, les Marhattes, peuple hindou du nord du Deccan, se révoltent sous la conduite de leur roi Sivaji (1664) et parviennent à constituer un État puissant. Au nord-ouest, les Rajpoutes reprennent les armes. Le pays est ruiné par les pillages incessants. Surate change de maître plusieurs fois. François L’Estra note vers 1670 la recrudescence du banditisme. L’empire moghol montre des signes de déclin qui ne feront que s’accentuer après la mort d’Aurangzeb (1707).

Les arts et les sciences ont moins retenu l’attention de nos voyageurs que la religion, l’économie ou la vie politique. C’est l’artisanat qui a suscité le plus d’intérêt chez nos compatriotes. D’après François Bernier, il n’existe pas de conditions favorables à son épanouissement ni de demande intérieure, car les Indiens seraient trop “gueux” pour s’y intéresser. Cette affirmation est par trop exagérée il existe en effet un mécénat d’État. Des grands, l’empereur lui-même, ou d’autres souverains du sous-continent pensionnent des artistes. C’est grâce à ce mécénat que s’érige le fameux Taj Mahal ou le temple de Minakshi-Sundareswara à Madurai. Néanmoins, à côté de ces artisans protégés, il existe une masse d’indépendants réduits à vendre leur production dans les bazars urbains.

Pour tout artiste, il existe deux sources principales d’inspiration : les grands et la religion. De nombreuses miniatures représentent des scènes de la vie des empereurs. Mais c’est la religion qui inspire le plus les artistes indiens : statuaire religieuse pour les temples, ou miniatures représentant des scènes de la mythologie hindoue et notamment du Ramayana et du Mahabharata.

Si la créativité des artistes est très grande, elle ne peut s’exprimer librement. Le thème religieux, par exemple, est soumis à des conventions très précises. Les Pouranas fixent, depuis des temps très reculés, les thèmes que doit développer tout artiste. Pourtant, la fusion des arts moghol et hindou donne naissance à un art original dont le symbole est la miniature. Si les thèmes y sont d’inspiration hindoue, les techniques sont mogholes. Nos voyageurs n’en parlent pas. Bernier est le seul à les mentionner. Il ne cache pas, à leur propos, son admiration.

En revanche, les monuments construits par les empereurs ont enthousiasmé nos compatriotes. La grâce du Taj mahal ou la majesté de la jama Masjid de Delhi les ont séduits. Le mariage des matériaux et des couleurs (voir par exemple le tombeau de l’empereur Hurnayoun) typique de l’architecture moghole n’est pas resté sans écho chez nos compatriotes.

Si l’artisan et l’architecture ont intéressé les voyageurs, il n’en va pas de même pour la littérature, la musique ou les sciences. Les seules oeuvres littéraires citées par nos voyageurs sont des textes religieux : les Védas et les épopées du Mahabharata et du Ramayana. Rien ne nous est dit sur les littératures autres que religieuses. Même sur la littérature religieuse nous apprenons peu de choses. Cela peut se comprendre car tous les textes religieux sont écrits en sanskrit et nos compatriotes ne les connaissent pas.

La musique est encore plus ignorée. Rien ne nous en est dit, si ce n’est une réflexion de Bernier. La danse est représentée par les seules “bayadères” aux “postures déshonnêtes” et n’a pas, non plus, intéressé nos voyageurs.

A l’égard des sciences indiennes, nos compatriotes font un complexe de supériorité. Ce jugement hautain n’est pas totalement justifié. Si la géographie indienne n’est pas au niveau de son homologue européenne, la cosmogonie hindoue est déjà très avancée. L’astronomie ou les mathématiques ne sont pas spécialement déficientes. les Indiens n’ont-ils pas inventé les chiffres dits “arabes”, le zéro et la notion d’infini. Bernier reconnaît d’ailleurs la capacité des Indiens à prévoir les éclipses avec précision.

Alors pourquoi un tel mépris ? Il s’explique par un certain européocentrisme et l’impression défavorable laissée par les démonstrations religieuses du peuple qui ont ancré, chez beaucoup, l’idée d’une supposée infériorité en tous domaines des Indiens.

Quel est l’apport concret des récits de voyages à la connaissance de l’Inde, mais aussi quelle a été l’influence de l’Inde sur la France ? Malgré leurs déficiences, ces récits sont d’un grand intérêt parce qu’ils apportent des informations précises sur les évaluations des productions ou du volume des marchandises échangées. Pour la première fois, le public cultivé dispose de témoignages accessibles qui leur montrent la manière de vivre des Indiens et qui vont surtout lui donner le goût des voyages. Les Français vont s’intéresser de plus près à cette civilisation et permettre le développement de l’orientalisme.

Grâce à ces récits, une influence indienne se développe. Au niveau politique tout d’abord, ces récits permettent aux dirigeants de se forger une opinion et d’élaborer, à partir d’eux, leur stratégie commerciale et politique. Au niveau culturel ensuite, La Fontaine reconstruit certaines fables sur des modèles indiens. Versailles est une réplique du gigantisme des forts rouges d’Agra et Delhi. Au niveau spirituel, l’influence est quasi nulle. L’hindouisme reste mal connu et est mal considéré. Ce n’est réellement qu’au xviiième siècle, grâce à Anquetil Duperron, que les textes et les valeurs de l’Inde seront mieux appréhendés.