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LIVRES, THESES, REVUES

 

En avant première, nous vous présentons la couverture du livre dirigé par Rose Vincent : Pondichéry 1674-1761. L’échec d’un rêve d’empire.. à paraître en mai aux Éditions Autrement. (Rose Vincent nous signale une coquille sur la maquette de la 4ème page de couverture. Lire : “1700 est l’époque de la plus grande extension ...” et non : “C’est l’époque ...”.)

Vient de paraître chez Hatier La Francophonie. Nouvel enjeu mondial, par Michel Guillou

Parmi les ouvrages parus récemment, il faut signaler plus particulièrement celui de Catherine Clément et Sudhir Kakar. La Folle et le saint parvient au niveau de la vulgarisation sans pour autant faillir aux qualités requises pour satisfaire les spécialistes des disciplines concernées. Un glossaire met à notre portée un vocabulaire transcrit sans aucun de ces accents rébarbatifs que l’on trouve dans les éditions savantes. Les mots nous parviennent tels qu’ils ont été adaptés en français et en anglais. A la suite de textes juxtaposés, un dialogue s’engage entre Catherine Clément, le philosophe français, et Sudhir Kakar le psychanalyste indien. Il fallait oser la comparaison entre le mysticisme d’une femme considérée comme folle, en France, à la fin du siècle dernier, et celui de Ramakrishna, le mystique indien mondialement connu

Catherine Clément prend pour point de départ le constat d’un symbolisme qui peut nous sembler paradoxal. « En Europe la puissance dominante reste, sur le plan symbolique, et malgré de profondes transformations, celle de l’homme ; et la France n’a pas encore élu une présidente pour chef d’État. En Inde, la domination symbolique reste aux femmes, comme le prouve l’élection, à plusieurs reprises, d’Indira Gandhi au pouvoir suprême, celui de premier ministre ; les divinités les plus prégnantes sont féminines, et le mythe de “Mère Inde” (Mother India) imprègne toutes les consciences.

Dans l’un et l’autre cas le mysticisme va donc aux individus à qui n’appartient pas l’image symbolique dominante ; femmes chez nous, hommes en Inde, ce sont plutôt des faibles » (p. 43).

Indira Gandhi (1) est-elle un exemple bien choisi ? N’est-elle pas plutôt la fille de son père ? Le symbole de la “Mère Inde” n’est-il pas le même que celui de la mère-patrie dans d’autres pays ? Marianne n’est-elle pas une femme ? La déification de la femme dans la religion hindoue n’est-elle pas la meilleure façon de l’asservir ? N’en est-il pas de même dans d’autres religions ?

Plus loin, Sudhir Kakar rapporte les propos d’une femme indienne qui a trouvé son gourou. « Mme Jayakar parle de son enfance, et de la petite fille sensible et solitaire qu’elle était, “au teint foncé dans une famille où tout le monde était clair ; on ne faisait pas attention à moi, une fille, alors que j’aurais dû être un garçon” » (p. 201).

La réalité indienne est encore là. Naître fille et qui plus est “au teint foncé” est la pire des déchéances dans ce pays de déesses. Encore plus grave, “lorsque le sexe du fœtus n’est pas celui désiré”, “l’avortement décidé après amniocentèse” “a pris ces dernières années une place considérable en Inde” (2). “Ce procédé a permis l’élimination de milliers de fœtus de sexe féminin” (3) Le scandale provoqué par la version indienne de Emma Bovary, portée à l’écran par Ketan Mehta, est encore un aspect de la place de la femme dans l’Inde (4)

Toutes ces interrogations, suggérées par d’autres lectures et par les préoccupations légitimes de toute femme, indienne ou non, sont vite dépassées et hors sujet dans cet ouvrage passionnant qui se lit de bout en bout, même par des non initiés, avec un intérêt toujours croissant.

“Selon nos critères” écrit Catherine Clément, “Madeleine appartenait à la catégorie des malades mentales, c’est certain. Mais on ne saurait échapper à la question de la sainteté. Paysanne italienne dans le Mezzogiorno, Madeleine aurait fait l’objet de pèlerinages, même encore aujourd’hui en cette fin de xxe siècle. Bourgeoise de province errante à Paris, elle n’échappe pas à la Salpêtrière.

En Inde, elle aurait été une de ces “Mères” comme Ma Ananda Mayee, morte tout récemment, et qui, à Bénarès, fut traitée comme Ramakrishna en son temps ; une grande yogini, un vrai gourou, l’une de ces âmes exceptionnelles que les fidèles appellent hamsa, le cygne, et qui sont destinés à guider les autres”... Malheureusement pour elle, Madeleine naquit en France, à une époque où les ferveurs collectives religieuses brûlaient d’intensité, à la veille d’un conflit majeur entre l’Église et l’État ; malheureusement aussi, elle était trop cultivée pour ne pas devenir un “cas” intéressant”.

Ce que je rapporte ne recouvre qu’une infime partie de la personnalité de Madeleine que Catherine Clément décrit sous toutes ses facettes. De Sudhir Kakar qui est psychanalyste, rappelons le, j’ai surtout retenu qu’il se démarquait des écoles psychanalytiques en général sur le phénomène religieux dans la guérison. Il y a toujours ce constat lancinant du fil plutôt ténu qui sépare la folie de la normalité. Rien de nouveau, direz-vous. Si. Lisez plutôt la critique de Michel Hulin que vous trouverez dans la revue de presse. Et surtout, lisez le livre, la Folle et le saint. Ce parallèle entre une Française et un Indien de la fin du xixe siècle et du début du xxe, que tout sépare, est le résultat d’un long travail de recherche qui devrait susciter des émules dans tous les domaines afin que soient multipliées les passerelles entre la France et l’Inde.

Je n’ai pas encore lu Devi, le nouveau roman indien d’Irène Frain. (5) ni, non plus Julius Terman dont l’auteur, Elisabeth Préault, semble situer l’action à Pondichéry.

L’Histoire de ma vie. Ce que j’ai osé dire, traduit en français et publié par les Éditions Kailash, a provoqué le scandale en Inde. Il n’est pas question de critiquer un ouvrage qui peut nous sembler insipide. Je me contenterai seulement de rapporter la préface de l’auteur, Kamala Das, datée du 26 septembre 1992 :

“Certaines circonstances malheureuses m’ont contraintes à écrire ce livre. Il fut immédiatement un “best seller”, mais la notoriété qu’il m’apporta me causa des difficultés inimaginables. Aujourd’hui, je pense que jamais je ne pourrais faire oublier l’impact de ce récit”

Aux Éditions Kailash également, un nouveau livre de Jacques Dupuis, historien, géographe et anthropologue bien connu, qui a également enseigné au lycée de Pondichéry. : L’Inde, une introduction à la connaissance du monde indien.

E. Guimet et G. Le Bon, Mirages indiens. De Ceylan au Népal (1876-1886), Phebos mars 1992, 270 pages dont plusieurs consacrées à Pondichéry

Max-Jean Zins, Histoire politique de l’Inde indépendante. 1886), Phebos mars 1992, 270 pages dont plusieurs sont consacrées à Pondichéry.

THESE

Daumalin, Xavier, Marseille et l’ouest africain. Cycle des oléagineux, attitudes coloniales, capitalisme portuaire (1841-1956). Octobre 1992. EHESS de Marseille. Quelques pages sont consacrées au commerce des arachides de Pondichéry.

REVUES

Je ne saurais trop vous inciter à vous abonner au Trait-d’Union, l’unique petite revue en langue française publiée à Pondichéry.

Contacts Ojana (responsable : Benoit Jubé) est à son n° 2 (novembre 1992). Cette revue souhaite assurer “la promotion d’échanges culturels franco-bengalis.

Jacques Weber nous signale aussi l’existence de Tyanaba, revue d’Histoire, éditée à Fort de France en Martinique, dont le n° 1 contient un article sur les cultes de villages en pays tamoul”.

Si vous souhaitez un condensé judicieux et objectif des nouvelles de l’Inde, lisez le bulletin de l’association France-Union indienne, le responsable de la rédaction en étant Gaston Vallette.

F. Cyril Antony nous a fait parvenir le volume XVII (1991) de la Revue historique de Pondichéry. . Il s’agit d’une publication bilingue éditée à Pondichéry

J.L.B.

Notes

1. Il serait intéressant de lire la biographie d’Indira Gandhi qui vient de paraître. : “Indira Gandhi, A Biography, Pupul Jayakar. (Viking, Penguin Books, India”

2. Le Monde. Sciences et vie. 27 avril 1988.

3. “Choisir le sexe des enfants à naître”. Jean-Yves Nau. Le Monde. 3 février 1993. Voir le texte intégral de cet article dans la revue de presse.

4. Voir dans la revue de presse, l’article du Monde, de Yves Thoraval (7-8 février 1993)

5. Lire, dans la revue de presse, l’article de Patrick Francès (Le Monde, 5 février 1993).