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Nostalgies coloniales

par Guillaume de VAUDREY

Les anciens comptoirs français en Inde ont suscité un nombre notable de projets au cours de l’année 1992 et nous ne pouvons que nous en réjouir. Nous avons ainsi vu apparaître de nouvelles associations s’attachant de différentes manières à défendre les points d’ancrage de la francophonie en Inde. Citons pour mémoire, “Les Comptoirs de l’Inde”, “Présence française en Inde”, l’Association des anciens élèves du lycée de Pondichéry, sans oublier quelques associations régionales s’attachant à développer des échanges tant scolaires que culturels entre des communautés locales françaises et indiennes.

Toutes ces initiatives sont les bienvenues et contribuent à mieux faire connaître la richesse de ces liens historiques qui ont un moment fait en sorte que les destins de l’Inde et de la France se rejoignent.

Un projet majeur en ce sens est le film “Pondichéry” que défend M. Alain R. Pignarre, un Savoyard téméraire qui se bat contre les obstacles qui croisent son chemin pour voir aboutir ce film événement à grand spectacle. L’idée de ce film date de 1985. L’objectif est ambitieux : réaliser un film d’aventure mêlant la réalité et la fiction dans le cadre envoûtant des Indes du xviiième siècle. Amour, gloire et fastes d’une époque révolue, tous les ingrédients du succès sont présents dans cette coproduction franco-indienne qui devrait connaître un certain succès en cette période de morosité ambiante. Gageons que ce film ravive également l’intérêt du public pour ce qui fût un jour l’Inde française.

L’Association “Les Comptoirs de l’Inde” organisera en 1993 un voyage de découverte des anciens comptoirs français en Inde. Programmé du 8 au 24 août 1993, ce voyage de 17 jours vous permettra de découvrir ou de redécouvrir ces sites chargés d’histoire et de mémoire. Le programme complet du voyage vous sera adressé sur demande en appelant le (1) 42 60 60 90. Autre date envisagée en janvier 1994.

L’association “Culture et Développement,” présidée par Jérôme Boye, a organisé à l’Espace Kronenbourg du 20 octobre au 28 novembre 1992, dans le cadre du “Mois de la photo,” une exposition intitulée “Les anciens comptoirs français de l’Inde” à l’occasion de la sortie d’un livre de photographies de Guillaume Zuili. Véritable portrait photographique des anciens comptoirs français de l’Inde, cet ouvrage présente une série de superbes photographies en noir et blanc, le tout agrémenté de textes d’humeur de spécialistes des comptoirs évoquant l’identité et la personnalité de ces villes aux noms mythiques noyées au sein de l’immensité indienne. Cet ouvrage de 123 pages est disponible chez votre libraire habituel au prix de 150,00FF

Rappelons que cette manifestation s’est tenue dans le cadre plus général de l’exposition “Des colonies et des hommes. Le rendez-vous manqué “qui s’est tenu à l’Espace Kronenbourg du 19 octobre au 19 décembre 1992. Pour ou contre la colonisation ? Le débat est ouvert. A travers de nombreux ouvrages, colonialistes et anticolonialistes s’interrogent aujourd’hui sur l’esprit de conquête et l’idée de civilisation. L’ouvrage d’Eric et Gabrielle Deroo et de Marie-Cécile de Taillac, Aux Colonies. Où l’on découvre les vestiges d’un empire englouti, publié hors collection par les Presses de la Cité (160 F.) fait revivre l’itinéraire d’un jeune colonial et devrait intéresser tous ceux qui ont connu directement cette période. Abondamment illustré, il permet de mieux cerner la richesse de l’ancien empire colonial français et de voir dans quelle mesure l’ancien patrimoine colonial laissé par la France dans les anciens comptoirs français de l’Inde se rapproche de celui légué dans les autres colonies.

Toujours dans la même mouvance, un colloque international sur le thème “Images et colonies” s’est tenu à la Bibliothèque Nationale du 20 au 25 janvier 1993. Commune à l’Europe et à ses colonies, l’histoire de la période coloniale doit se comprendre dans toute sa complexité. Trente années après la décolonisation, il s’agit d’aborder l’image que les Européens et, plus particulièrement, les Français ont conservée de leurs anciennes colonies. L’accent est mis surtout sur l’Afrique, fleuron de la colonisation française et sur la manière dont l’Afrique était présentée aux métropolitains. Tentative a été faite d’évaluer l’influence de l’iconographie coloniale sur des générations de Français et les vecteurs d’images ayant eu le plus d’influence sur cet imaginaire. Les mêmes questions pourraient être bien entendu posées en ce qui concerne l’image de l’Inde dans l’imaginaire des Français, mais ce n’était pas l’objet de ce colloque et le débat reste ouvert. Citons encore deux ouvrages parus récemment et traitant tous deux de l’image du Noir dans la culture occidentale :

- Negripub, l’image des Noirs dans la publicité, sous la direction d’Anne-Claude LELIEUR, Editions Somogy, 224 pages, 300 illustrations, 275 F. et

- Le Noir et le Blanc. Image des Noirs dans la culture populaire occidentale, Jan Nederveen Pieterse, Yale University Press 1992.

A noter également : un festival du Film colonial programmé à l’Institut du Monde arabe et à la Cinémathèque française en février 1994.