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LA LOGE FRANCAISE DE SURAT

par Jean BOUCZO

 

Dans le cadre d’un mémoire de maîtrise qui sera soutenu à l’Université de Nantes (département d’Histoire) en septembre prochain et qui est dirigé par MM. Jacques Weber et Christian Hermann, nous étudions le sujet suivant : la loge française de Surat du xvie au xxe siècle.

Le choix d’un tel travail sur une longue durée permettra l’étude de bout en bout de la première implantation française en Inde, c’est à dire depuis l’arrivée des premiers représentants de la Compagnie des Indes Orientales en 1666 jusqu’à la rétrocession du territoire à l’Inde indépendante en 1947.

Couvrir une période de plus de deux siècles et demi pourrait a priori sembler être une gageure, mais l’intérêt réside dans le fait que jusqu’à présent aucune étude extensive du sujet n’a encore été réalisée. Il est toutefois fréquemment question de Surat dans divers travaux sur la présence française en Inde (articles de revues spécialisées et ouvrages généraux), mais toujours relativement à des faits précis et ponctuels, et pour des périodes bien définies. Aussi nous nous proposons de dresser l’historique de la loge de Surat afin de donner un éclairage nouveau et synthétique sur une possession française qui présente différents niveaux d’intérêt.

A l’arrivée des Français au début de la deuxième moitié du xviie siècle, Surat est une ville florissante, d’une indéniable importance commerciale et reconnue pour la qualité de ses toiles de coton.

Située sur le golfe de Cambay (dans le Gujarât) et près de l’embouchure du fleuve Taptî, à environ 300 km au Nord de Bombay (qui n’est alors qu’une place de peu d’importance), Surat est l’objet de convoitises pour nombre d’acteurs commerciaux.

Ce sont les Portugais qui s’y sont installés les premiers, suivis par les Anglais (1611) et les Hollandais (1616). Les Français ne s’y établissent qu’en 1666, dans l’optique d’y développer le commerce de la toute nouvelle Compagnie des Indes Orientales créée par Colbert en 1664.

C’est donc en 1666 que deux émissaires envoyés par la France, Beber et de La Boulaye, vont débarquer à Surat. A ce titre un firman de l’empereur Moghol Aurengzeb leur sera accordé, précisant les privilèges concédés à la Compagnie française. Non seulement Surat permet aux bâtiments européens de ramener des produits d’Orient dont les nations du vieux Continent sont de plus en plus demandeuses, mais la ville est également le centre d’un important commerce d’Inde en Inde, car elle est située au débouché des routes commerciales de l’Inde intérieure (Hindoustan), de même qu’elle est la plaque tournante du commerce maritime à partir du Nord-Ouest de la côte indienne vers la mer Rouge et le golfe Persique.

On comprend alors mieux le choix de la Compagnie française de s’y installer.

Sources et bibliographie utilisées.

Nous avons essentiellement travaillé dans quatre dépôts d’archives :

- les Archives diplomatiques de Nantes (A.D.N.) ;

- les Archives diplomatiques du ministère des affaires étrangères (A.E.) à Paris ;

- les Archives nationales (A.N.) à Paris ;

- les Archives d’Outre-Mer (A.O.M.) à Aix-en-Provence.

Les A.D.N. offrent un fonds assez restreint, n’ayant pratiquement rapport qu’avec l’éphémère consulat d’Anquetil de Briancort dans la deuxième moitié du xviiie siècle.

Les A.E. : nous y avons consulté divers registres de la série Mémoires et Documents, sous-série Asie, concernant pour la plupart le xviiie et le début du xixe siècle.

Les A.N. : la documentation y est très dense et nous nous sommes limités aux registres les plus évidents du fonds des colonies, série C2 (Inde, Correspondance à l’arrivée, 1610-18185).

Les A.O.M. : concernant l’époque contemporaine, les différents fonds (loges, “feuilles volantes”, Affaires politiques, Série géographique) sont essentiels à la couverture globale de la période étudiée.

Quant à la bibliographie, nous avons pu nous référer à de nombreux ouvrages généraux et plus spécialisés dans lesquels il est souvent fait mention de Surat.

Pour les xviie et xviiie siècles, la Bibliothèque nationale nous a permis d’étoffer nos connaissances, notamment grâce aux récits de voyageurs et autres amateurs éclairés (Thevenot, Ovington, Anquetil Duperron, etc.).

Outre des ouvrages généraux (Martineau, Hanoteaux, Kaepplin), etc.) nous avons utilisé la thèse de Jacques Weber sur les Etablissements français en Inde au xixe siècle, et celle de P.Haudrère sur la Compagnie française des Indes au xviiie siècle.

Enfin quantité d’articles de revues spécialisées, disponibles au Centre d’études de l’Inde à Paris, nous furent d’une aide précieuse. Précisons pour terminer que cette rapide présentation des sources et de la bibliographie est loin d’être suffisante et que le détail en sera donné dans notre mémoire.

Pour couvrir notre étude nous avons choisi d’adopter un plan chronologique qui nous permettra de cerner les points importants en conformité avec notre problématique.

Concrètement il s’agira de mettre en évidence les intérêts rivaux de la France et de l’Angleterre, dont les rapports mutuels à différentes époques sont révélateurs de leurs ambitions respectives. Nous nous efforcerons de ne jamais perdre de vue l’évolution propre de la loge française, en tâchant d’établir un parallèle avec la situation générale en Inde.

En outre, pour l’époque contemporaine (xixe-xxe siècles) et à partir de Surat, nous essayerons d’expliquer quel est l’intérêt pour la France de garder précisément cette loge.

L’ambition du mémoire est de répondre le mieux possible à la problématique exposée ci-dessus afin de constituer un outil de recherche et de documentation sur la loge française de Surat, offrant une vision synthétique de l’historique de la première possession française en Inde qui nous restera acquise pendant plus de deux siècles et demi.