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Communications à l’Académie des Sciences d’Outre-Mer

le Vendredi 24 Janvier 1992

 

Texte transcrit par Guillaume de Vaudrey

 

 

Monsieur Douglas Gressieux se propose tout d’abord de présenter de manière concise à la noble assemblée l’histoire des anciens Comptoirs Français en Inde. L’histoire des luttes coloniales est l’histoire même de la France. Dans cette histoire, il n’y a pas d’épisode plus héroïque et plus glorieux que celui de la construction et de la perte de l’Empire des Indes. Très peu de Français savent encore aujourd’hui combien a été importante l’influence de la France en Inde au milieu du xviiième siècle. Très peu de personnes savent que la Traité de cession des Comptoirs du 28 Mai 1956 a laissé à la France des opportunités dans ce territoire, opportunités que notre pays n’a pas su ou n’a pas voulu saisir. Qui se souvient encore aujourd’hui du nom exact des cinq comptoirs des Indes, appris sur les bancs de l’école il y a plus de trente ans : Pondichéry, Karikal, Mahé Yanaon et Chandernagor. Plus de 25.000 Français originaires des Comptoirs vivent aujourd’hui en France, dans les départements ou territoires d’Outre-Mer ainsi qu’à l’étranger. Si l’époque coloniale a marqué en profondeur des générations entières d’hommes et de femmes, il faut noter que les anciens Comptoirs Français des Indes n’ont jamais constitué une colonie au sens où l’on peut l’entendre pour l’Algérie ou l’Afrique. Le terme le plus approprié est celui d’établissements puisque la France s’est établie dans ces petites enclaves le long de la côte de Coromandel et de la côte d’Orissa uniquement pour faire du commerce. Dès la plus haute antiquité, on n’avait pu constater que l’Inde était en liaison commerciale et maritime avec l’Europe et l’Occident. Les Grecs et les Romains avaient déjà fondé le long du littoral indien un certain nombre de points d’implantation au niveau du commerce. C’est ainsi qu’en 1937, on a découvert à quatre kilomètres au sud de Pondichéry, un site d’implantation romain riche en vestiges archéologiques (poteries, monnaie). Au iième siècle après Jésus Christ, Ptolémée évoque déjà dans ses écrits le port de Podouké. Certains chercheurs pensent que ce port n’est autre que celui de Pondichéry. Il ne nous appartient pas de trancher.

Après les Arabes, vinrent les Portugais dont Vasco de Gama qui aborde la côte occidentale de l’Inde en 1498. Puis ce fût le tour des Hollandais, des Danois et des Anglais. La France commence à s’établir en Inde dans la seconde moitié du xviième siècle. Elle sera présente en Inde pendant plus de trois siècles. La France va s’implanter en Inde à partir de la Compagnie des Indes Orientales fondée par Colbert le 01 Septembre 1664. Le 02 Février 1673, Bellanger de Lespinay obtenait du Gouverneur de la Province de Bijapour la possibilité d’implanter une factorie qui permettrait de commercer avec les autres régions de l’Inde. C’est un petit hameau situé sur la côte de Coromandel dans le Golfe du Bengale qui s’appelait alors Poudoucheri qui deviendra plus tard Pondichéry. Le 20 Septembre 1674, François Martin prend en main les destinées de Pondichéry qu’il va transformer, développer jusqu’à en faire la base de la puissance de la Compagnie des Indes Orientales. Les Hollandais inquiets de l’essor de la France dans cette région s’emparent de Pondichéry le 09 Septembre 1693 et ce sera par la suite une lutte incessante entre les Français d’une part et les Anglais pour la maîtrise de l’ensemble de la région. Le 02 Avril 1721, le comptoir de Mahé est créé sur la côte occidentale sous le gouvernorat de Pierre-André de la Prévotière. Sous le gouvernorat de Pierre-Christophe Lenoir, la France s’installe en 1731 à Yanaon sur la côte orientale d’Orissa. Par un acte du 25 Avril 1739, le roi de Tanjore cède à la France la ville de Karikal sur la côte de Coromandel, une ville située à une soixantaine de kilomètres au sud de Pondichéry. Le gouverneur à l’époque était Pierre-Benoît Dumas. A partir de 1742 et jusqu’en 1754, Joseph-François Dupleix va écrire une page mémorable de l’histoire de la France en Inde avec la conquête du Deccan. L’influence commerciale de la France atteint à ce moment là son apogée mais la guerre fut déclarée en Europe entre la France et l’Angleterre en 1744. Ses répercussions furent durement ressenties en Inde. Dupleix fut entraîné dans une guerre contre les Anglais. Il prit Madras le 21 Septembre 1746 avec Mahé de la Bourdonnais, de Bussy et Paradis. Le Traité d’Aix la Chapelle qui mit fin provisoirement à la rivalité entre Anglais et Français n’apportait aucune solution au problème puisque la guerre reprit entre les belligérants en 1759. Après la défaite de Lally de Tollendal en 1761 à Pondichéry, cette ville est occupée par les Anglais jusqu’en 1763. Une deuxième occupation anglaise aura lieu entre 1778 et 1783 et une troisième occupation entre 1793 et 1814. La France a donc malheureusement été battue par les Anglais et Pondichéry a été occupé à trois reprises. La France n’a pu récupérer ses comptoirs qu’à la suite de traités.

Les Anglais ont donc restitué Pondichéry en 1814 mais en traçant les frontières de telle façon que la ville sera séparée des villages environnants suite à un morcellement savant. Entre 1949 et 1954, l’Inde indépendante utilisera ce morcellement pour faire pression sur le comptoir et mettra en place un véritable blocus économique, Pondichéry n’étant pas à même, vu la configuration de son territoire, de répondre à cette menace indienne. De 1814 à 1940, Pondichéry sera une base importante du rayonnement de la France en Orient. En 1871, la IIIème République introduit le suffrage universel dans les Comptoirs et en 1880 sont créés les premiers conseils municipaux et le premier conseil général. Pondichéry va envoyer un député au Parlement à Paris. Le Baccalauréat est créé en 1890. Le décret du 21 Septembre 1881 va permettre à tous les habitants des Comptoirs de devenir Français s’ils renoncent à leur statut personnel. Quelques centaines d’Indiens, catholiques, hindous ou intouchables vont devenir renonçants et être placés sous le régime du code civil. Après la Seconde guerre mondiale, suite aux changements intervenus dans cette région, on va assister après l’indépendance de l’Inde à une reprise de contact entre Indiens et Français pour la restitution à l’Inde des cinq comptoirs. Le premier comptoir cédé à l’Inde sera Chandernagor en 1949 à la suite d’un référendum et le traité de cession sera signé le 02 Février 1951. Dans le cadre de la Guerre d’Indochine et des accords signés entre Pierre Mendès-France et Nehru, les quatre autres comptoirs seront cédés à l’Inde de facto le 01 Novembre 1954. Le Traité de cession sera signé le 28 Mai 1956. L’ensemble sera ratifié par le Parlement Français le 27 Juillet 1962. Le Traité de cession permet aux natifs des anciens établissements d’opter pour la nationalité française dans un délai de six mois à partir du 16 Août 1962. 7.000 personnes feront ce choix. L’Ordonnance d’administration de Pondichéry par l’Inde sera proclamée le 06 Novembre 1962 et entrera en vigueur le 01 Juillet 1963. Ainsi après trois cent ans de présence française, Pondichéry forme aujourd’hui un état avec Mahé, Karikal et Yanaon et reste, malgré ces vicissitudes, la fenêtre ouverte de l’Inde sur la France.

Après cette évocation historique, Monsieur Douglas Gressieux souhaite présenter la situation actuelle de la France à Pondichéry à l’aide de quelques données chiffrées. Quelle est l’importance de la population française à Pondichéry ? Le territoire de Pondichéry fait 492 kilomètres carrés de superficie. La population totale de ce territoire, Indiens et Français confondus, était de 604.471 lors du recensement de 1981. En 1991, on peut donc estimer la population totale de ce territoire à 760.000 habitants.

La population française représente moins de 2 % de cette population. L’article 17 du traité de cession prévoit que tous les nationaux français résidant sur le territoire au 01 Novembre 1954 ont la même liberté de résidence, de circulation et de commerce que les autres habitants des établissements qui ont conservé la nationalité indienne. Cette disposition explique qu’il y a toujours en permanence à Pondichéry une population de nationalité française mais d’origine indienne. Du fait des imprécisions du traité de cession, on a constaté qu’il y avait un certain nombre de difficultés en ce qui concerne la nationalité, ceci ayant suscité un contentieux très abondant entre l’Inde et le Ministère Français des Affaires Etrangères qui suit de très près ce problème.

Le Consulat de France à Pondichéry rencontre des difficultés spécifiques pour la gestion de cette population. Pondichéry est le seul poste consulaire où on peut naître à tout instant et à tout âge Français. Compte tenu de cette particularité du statut, on découvre presque tous les jours des gens qui ont la nationalité française et qui l’ignorent totalement. En ce qui concerne le nombre des immatriculés, on assiste depuis 1990 à une “reprise en mains” des contrôles effectués sur place. Alors qu’on comptait en 1983 14.351 immatriculés, on n’en comptait plus en 1990 que 8.060 Français immatriculés. Cette différence importante s’explique pour différentes raisons : les “disparus” étaient des personnes immatriculées indûment ou des personnes qui n’avaient pas droit à la nationalité française et qui n’ont pas renouvelé leur carte consulaire. Ce travail de contrôle fait par le consulat est très important. Pour arriver à un chiffre précis, on peut rajouter environ 2.000 personnes qui ont “oublié” de s’inscrire ou qui ne font pas attention au renouvellement de leur inscription consulaire dans les temps impartis. On peut donc estimer à environ 10.000 personnes la population de nationalité française à Pondichéry. Sur ces 8.060 immatriculés officiellement en 1990, on trouve 3.067 hommes, 3.233 femmes dont 1.324 femmes seules (soit 41 %) et 1.760 mineurs. Le potentiel féminin est donc plus important que le potentiel masculin. L’activité du Consulat est très importante. On y compte un consul général de cadre A, deux consuls-adjoints de cadre B, sept titulaires, quatre contractuels, un V.S.N.A. et 21 employés recrutés locaux. L’immatriculation au Consulat permet d’avoir une image de la structure économique et sociale de cette population. Sur les 8.060 immatriculés au 31 Décembre 1990, on constate que seulement 635 ont vraiment une activité socio-professionnelle, soit 7,8 % de la population immatriculée.

92,2 % de cette population n’a donc pas d’activité socio- professionnelle, ce qui constitue le gros problème de cette communauté, population de retraités et d’inactifs qui à long terme ... pose d’énormes problèmes à la France sur le plan de la viabilité de cette population. Il faut prendre compte bien entendu de quelques inexactitudes puisque ces informations reposent sur les déclarations des intéressés. Le Consulat de France à Pondichéry en liaison avec les services du Ministère des Affaires Etrangères à Paris est actuellement en train de revoir ces données afin de trouver une adéquation entre la répartition socio-économique à Pondichéry et la répartition socio-professionnelle en France telle qu’on l’applique à l’heure actuelle. En ce qui concerne les 635 personnes qui ont déclaré une activité socio-économique à Pondichéry, 240 travaillent dans le secteur public et 104 personnes dans le secteur privé. On dénombre 69 religieux à Pondichéry, 2.627 pères et mères au foyer, 2.509 retraités civils et militaires. Les retraités, pères et mères au foyer représentent donc 64 % de cette population. L’aide sociale constitue un apport important pour certaines catégories de cette population. Sur le plan social, la France a réalisé des efforts importants depuis 1954. Un certain nombre de comités ont été constitué : Comité Consulaire pour la Promotion et l’Action Sociale, Comité d’Attribution des Bourses Scolaires, Comité pour l’Emploi. Le Consulat dispense différents types d’allocations : allocations mensuelles de solidarité pour les plus de 65 ans, allocations à durée déterminée pour les moins de 65 ans en fonction des conditions de ressources, allocations pour adultes handicapés, allocations pour enfants handicapés. Le maximum qui est donné pour chaque allocation est de 500,00 FF., ce qui converti en roupies constitue une somme importante. Ce système créé une certaine jalousie entre les Indiens qui ont un niveau de vie très bas et les ressortissants français qui vivent dans de meilleures conditions. En ce qui concerne les allocations occasionnelles, il s’agit essentiellement de secours pour indigents, des remboursements des frais de lunettes, dentaires, etc. L’aide sociale s’est élevée en 1991 à 1.825.000 Francs. La paupérisation croissante de certains Français de Pondichéry a entraîné des abus puisque des ressortissants indiens cherchent à obtenir la nationalité française pour pouvoir profiter de ce système de redistribution. Les contrôles accrus effectués par le Consulat ont permis de diminuer ces abus et de restreindre le nombre de bénéficiaires de ces allocations. Alors qu’il y avait 791 allocataires en 1989, 461 en 1990, il n’y en avait plus que 366 en 1991. La politique du Consulat sur le plan social se révèle également plus efficace par l’octroi d’allocations occasionnelles par rapport aux allocations mensuelles.

Au niveau social, la présence d’un médecin V.N.S.A. permet de conseiller et de rapatrier en France si besoin est certaines personnes dont l’état est incurable sur place. C’est ainsi qu’en 1991, il y a eu deux rapatriements sanitaires d’urgence et 23 rapatriements d’indigents dont 22 adultes et un enfant. L’organisation de tests psycho-techniques est aussi à signaler. Il faut évoquer également l’aide à la scolarisation qui est importante à Pondichéry. Le Consulat prend en charge les frais de rapatriement des jeunes qui veulent poursuivre leurs études en France. En 1991, il y a eu quatre rapatriements dont trois au titre de la formation professionnelle et un pour une formation universitaire. Sur le plan des associations, on constate que le Consulat accorde des subventions. 10.000,00 FF. ont été octroyés en 1991 à une association qui s’occupe des orphelins, 62 enfants dont 8 de nationalité française. Une subvention de 10.000,00 FF. a aussi été programmée pour 1992 pour aider une association créée et contrôlée par le Consulat, l’Association Française de Bienfaisance. Une troisième association constituée par des enseignants métropolitains au Lycée Français de Pondichéry a demandé 15.000,00 FF. au Consulat de France de Pondichéry afin d’organiser des classes vertes et des camps de vacances pour les enfants nécessiteux. En résumé, on peut estimer que 500 familles bénéficient d’allocations d’un montant moyen de 1.000,00 FF. par mois, ce qui est quand même important en fonction des conditions de vie locales. Le fait que leurs parents soient inactifs constitue un mauvais exemple pour les enfants français de Pondichéry qui devront un jour faire l’effort de s’intégrer à leur communauté. La France consacre environ 150 millions de Francs chaque année pour la communauté française de Pondichéry en pensions, retraites et aides diverses.

Monsieur Douglas Gressieux souhaite maintenant aborder la question de la présence culturelle française dans ces comptoirs. Deux principaux organismes sont impliqués dans cette action culturelle et scientifique. L’Institut Français de Pondichéry inauguré en Mars 1955 comprend trois départements : le département d’Indologie, le département d’Ecologie et le département des Sciences Sociales. Le département d’Indologie travaille en liaison étroite avec l’Ecole Française d’Extrême-Orient. Ces deux établissements existent encore à Pondichéry. Ils ont une renommée non seulement locale, régionale et nationale au niveau de l’ensemble de l’Inde mais également une renommée internationale. Le budget de fonctionnement de l’Institut Français de Pondichéry était de 2.200.000,00 Francs en 1990 dont 450.000,00 Francs pour la recherche et 200.000,00 Francs pour l’activité de publication. L’Institut compte une bibliothèque de près de 9.000 ouvrages ainsi qu’une vidéothèque.

Fondée en 1889 par le capitaine Martinet, l’Alliance Française se trouve actuellement implantée à Pondichéry et contrairement aux autres alliances françaises dans le monde, elle a comme particularité d’apprendre le français à des ressortissants français. Chaque session de trois mois rassemble à peu près 250 élèves répartis pour moitié entre Français et Indiens. Depuis 1962, aucun établissement nouveau n’a été créé. La France n’a investi seulement qu’à Bombay, à Delhi, à Calcutta alors qu’elle aurait pu investir à Pondichéry pour en faire un épicentre du rayonnement de la culture française en Inde. La station de radio R.F.I. qui cherchait à implanter une antenne afin d’arroser l’ensemble du Sud-Est asiatique a pris contact il y a quelques années avec le Sri Lanka afin d’y implanter un relais. Compte tenu des troubles qui ont secoué ce pays, R.F.I. a finalement pris la décision d’implanter son antenne en Thailande. A aucun moment, la possibilité de s’implanter à Pondichéry n’a été évoquée alors que cette solution aurait permis d’arroser non seulement l’Inde et le bassin indien mais aussi le Sud-Est asiatique. Ceci est regrettable.

En ce qui concerne la scolarisation des jeunes Français de Pondichéry, 40 % font leurs études dans les établissements à programme français et 45 % dans les établissements à programme indien. Les droits d’inscription et de scolarité sont cependant très lourds et constituent un frein supplémentaire à l’apprentissage et à l’expansion de la langue française. Le premier handicap reste celui de la langue puisque ces élèves vivent dans un environnement tamoul et ne pratiquent le français qu’à l’école. On note donc une inadéquation entre le système éducatif d’une part et la vie quotidienne d’autre part. Trois types d’établissements sont accessibles aux. Français sur l’ensemble du territoire. Le Lycée Français, créé par Ordonnance du 26 Octobre 1826 en tant que Collège Royal, est sous tutelle du Ministère Français des Affaires Etrangères et géré par l’Agence pour l’Enseignement du Français à l’Etranger. Cet établissement a porté différentes appellations au cours de l’histoire : Collège Colonial en 1848, Collège Français en 1945 et Lycée Français de Pondichéry en 1973. Le lycée couvre l’ensemble des cycles d’enseignement général de la maternelle à la terminale. Le baccalauréat n’est malheureusement pas reconnu par le gouvernement indien ce qui constitue une difficulté supplémentaire pour l’insertion des jeunes sur place puisque cela est un des objectifs du Ministère des Affaires Etrangères. La rentrée des classes à Pondichéry se fait le 15 Juillet 1991 pour s’achever le 30 Avril 1992. En 1990-1991, il y avait 813 élèves au lycée contre 882 pour l’année scolaire 1991-1992. On compte cinq classes de terminale et le baccalauréat est délivré par l’académie de Rennes pour les séries A1, A2, B, C, D et G.

A noter que les élèves indiens inscrits au lycée français payent des frais de scolarité moindres que les jeunes français. Un certain nombre d’élèves bénéficient cependant d’exonération de frais (90 élèves sont concernés). Au total, 491 élèves bénéficient de bourses en 1991-1992. En ce qui concerne le corps enseignant, l’Agence pour l’Enseignement du Français prend en charge 19 agents plus les 8 V.S.N.A. alors que le lycée français lui-même doit rémunérer environ 90 personnes.

Le deuxième établissement enseignant le français est l’Ecole Saint-Joseph de Cluny qui est un établissement confessionnel créé en 1826. On compte 667 élèves de la maternelle à la classe de troisième. Le troisième type d’établissement regroupe les établissements indiens à programme français qui accueillent les élèves qui n’ont pas le niveau pour suivre les classes des deux établissements précédemment cités. Pour le montant des bourses attribuées à l’étranger, Pondichéry arrive en première position. En 1989-1990, 982 bourses ont été attribuées pour un montant de 973.500,00 Francs. En 1990-1991, 965 bourses pour 894.000,00 Francs.

Un certain nombre d’élèves sortant du système d’enseignement se retrouvent cependant sans emploi. Un Centre de Formation Professionnelle a été créé suite à la visite de Monsieur Guy PENNE en 1983. Ce centre comptait au départ trois sections : dactylographie, électricité industrielle et confection mais par manque d’effectifs la section de dactylographie a été par la suite fermée. En 1989, on ne comptait que 56 stagiaires alors qu’il y en avait 128 en 1986. 70 % des candidats sont de nationalité française et l’âge moyen des stagiaires est de 22 ans. Les C.A.P. et les B.E.P. délivrés sont reconnus par le gouvernement indien. Les diplômés indiens trouvent très facilement du travail sur place alors que les diplômés français souhaitent plutôt venir tenter leur chance en métropole. Le Centre de Formation Professionnelle qui avait comme ambition de fixer les stagiaires français à Pondichéry n’a donc pas rempli son objectif. Une nouvelle orientation est peut-être à envisager pour ce qui est du fonctionnement du centre.

Pour dresser un bilan exhaustif de la présence française à Pondichéry, on doit aussi mentionner la bibliothèque de l’Alliance Française, la bibliothèque Romain Rolland où l’on projette également des films, l’Association des Amis de la Langue Française qui dispense des cours de français le soir au Foyer du Soldat qui a pu être réaménagé avec l’aide d’une subvention du Ministère des Anciens Combattants.

Une presse francophone survit à Pondichéry. Le Trait d’Union existe depuis 47 ans et constitue un lien entre la population francophone de Pondichéry et la diaspora. Sur 2.000 numéros tirés chaque mois, 1.400 sont expédiés en métropole et à l’étranger. Le second périodique est Les Annonces créé en 1987 avec une présentation plus moderne et une pagination plus aérée.

La présence culturelle française se manifeste aussi à travers l’Ashram de Sri Aurobindo, un ancien révolutionnaire qui s’était réfugié à Chandernagor en 1910 puis plus tard à Pondichéry. En 1968, sa compagne surnommée “La mère” a créé à proximité de Pondichéry une ville internationale appelée Auroville. 300 Français fréquentent ces deux institutions, ce qui est relativement important. L’Ashram et Auroville publient de manière périodique des ouvrages et des lettres d’information en français, ce qui contribue à la promotion de la langue et de la culture françaises.

La présence française se rencontre également à travers l’environnement religieux : Saint-Joseph de Cluny et antérieurement les ordres des Capucins, des Jésuites et des Missions Etrangères encore présents aujourd’hui à travers les Pères des Missions Etrangères. Les principales églises ont été construites par les Jésuites et les Capucins, les archevêques étaient toujours des métropolitains et une tradition veut que le curé de Notre-Dame-des-Anges soit toujours métropolitain. La grand-messe à Notre-Dame-des-Anges est dite tous les dimanches en français. La plus importante imprimerie à Pondichéry est celle des Missions Etrangères. On retrouve aussi l’influence des religieux au sein des œuvres caritatives, des orphelinats et du secteur médical.

Quant aux rues de Pondichéry, beaucoup ont encore conservé les anciennes plaques en français évoquant les grands noms des héros de l’Inde Française. La toponymie de la ville elle-même est toujours française, ce qui constitue un argument publicitaire aux mains des autorités pour développer le tourisme indien et international dans le territoire. La francophonie se perpétue aussi à travers certains usages, certaines traditions vestimentaires, certaines traditions culinaires, le nom des plats, les associations, une quarantaine au total dont plus de la moitié sont présidées par d’anciens militaires français. Sur le plan de la coopération culturelle, scientifique et technique, l’Université de Pondichéry, le Collège de Droit, le Collège Médical ont de nombreux contacts avec des institutions françaises avec des échanges de professeurs et des stages de formation.

Sur le plan de la défense du patrimoine, le Ministère des Affaires Culturelles et le Ministère des Affaires Etrangères ont envoyé une mission présidée par Monsieur Dunot et chargée d’élaborer un rapport sur le patrimoine architectural français du xviiième siècle. Tout ce travail est fait en relation étroite avec les autorités indiennes.

En ce qui concerne Chandernagor, redevenue indienne à partir de 1949 à la suite d’un référendum qui l’a rattachée à l’Inde, le Ministère des Affaires Etrangères a octroyé en 1990 une subvention de un million de Francs pour la rénovation de l’Institut de Chandernagor qui était l’ancienne résidence de l’Administrateur Français. Un projet est actuellement en cours pour établir des liens de jumelage entre les villes de Chandernagor et de Rezé (Loire Atlantique).

En conclusion, on ne peut que souhaiter que la France prenne davantage conscience des atouts de ce bout du monde dont l’avenir va surtout se jouer sur les plans de la démographie, de l’éducation, de la formation des jeunes et du développement économique par l’implantation d’entreprises. Victimes d’un traité de cession largement défectueux, souvenirs de la décolonisation et de la double appartenance culturelle, les Français des Indes, accidentés de l’histoire coloniale, cherchent désespérément leur voie dans une situation qui peut paraître sans issue. Les réduire à des buveurs, à des fraudeurs ou à des joueurs de pétanque comme l’a fait France-Soir dans un article du 31 Août 1991, est indécent et même injuste. La France a encore une chance à saisir sur le plan culturel comme sur le plan économique. En reprenant le titre d’un article écrit par Monsieur Philippe Decraene dans le journal Combat le 26 Octobre 1956,, bien que le contexte ne soit plus le même, Monsieur Douglas Gressieux conclut en réaffirmant : “Il faut sauver Pondichéry”.

Monsieur André Lewin, ancien Ambassadeur de France en Inde, prend ensuite la parole pour parler de l’avenir de Pondichéry et des anciens comptoirs français des Indes. Il se fixe comme objectif d’examiner suite à la communication de Monsieur GRESSIEUX quels sont les moyens pour sauver Pondichéry.

Monsieur Lewin commence par évoquer une anecdote. En 1989, François Mitterrand, le Président de la République, est venu pour la deuxième fois en Inde où il avait déjà fait un premier voyage officiel en 1982, afin de lancer le Festival de la France en Inde, réponse de l’Année de l’Inde en France qui avait eu lieu en 1985-1986. Monsieur André Lewin s’était rendu à Calcutta, l’une des étapes de ce voyage, afin de préparer la visite du chef de l’Etat français. Rencontrant au cours d’une réception quelques notables bengalis, l’un d’entre eux lui dit alors : “Bien entendu, Monsieur François MITTERRAND se rendra à Chandernagor”. Monsieur LEWIN lui répondit que cela n’était pas prévu pour différentes raisons. Son interlocuteur lui répondit alors : “Comme c’est dommage, on sait très bien combien il est attaché à Chandernagor puisque c’est là-bas qu’il est né”. Monsieur Lewin lui répondit qu’il était fort surpris par cette affirmation et son interlocuteur affirma alors que ce devait “être un secret que l’on cachait aux Français”. S’interrogeant par la suite sur cette méprise, Monsieur Lewin en conclut que Monsieur Mitterrand était bien attaché à Chandernagor mais à son ami Monsieur Chandernagor, Président de la Cours des Comptes. Lorsque le Président de la République est effectivement venu à Calcutta quelques semaines plus tard, cette anecdote lui fut racontée et Monsieur Mitterrand déclara que s’il n’était pas né à Chandernagor, il y ferait volontiers un déplacement s’il était amené à faire un troisième voyage en Inde. Il ferait aussi un crochet par Pondichéry à cette occasion.

Un certain nombre d’hommes politiques français ont déjà fait le déplacement à Pondichéry : quelques sénateurs représentant les Français de l’étranger, Monsieur Raymond Barre Monsieur Michel Rocard à l’époque où il était Ministre de l’Agriculture. Ayant quitté l’Inde depuis huit à neuf mois au terme de quatre années de séjour en tant qu’Ambassadeur de France en Inde, Monsieur Lewin s’est intéressé à Pondichéry comme un certain nombre de ses prédécesseurs avant lui. Certes, la France ne peut ignorer (bien qu’elle s’en soit rendu compte assez tard) l’importance de l’Inde comme partenaire politique, économique, culturel et scientifique dans le monde d’aujourd’hui.

Il a quand même fallu attendre trente trois ans pour que Monsieur Valéry Giscard d’Estaing soit en 1980 le premier chef d’Etat français à rendre une visite officielle à ce pays. Depuis les choses se sont accélérées après une longue période où l’on a pratiqué ce qu’un philosophe français a appelé “l’oubli de l’Inde”, Pondichéry constituant un oubli particulier dans cet oubli global.

Monsieur Lewin profite donc de l’occasion qui lui est offerte pour lancer un appel afin que les autorités françaises n’oublient pas Pondichéry et se décident, ce qui n’a jamais été vraiment le cas jusqu’à présent, à avoir une politique vis-à-vis des 12 à 15.000 compatriotes établis dans cette région. Monsieur Lewin rappelle qu’il a visité neuf fois Pondichéry pendant ses quatre années de poste en Inde. Il s’est rendu aussi à Chandernagor, à Karikal et à Mahé, ne trouvant l’occasion lors de son séjour d’aller à Yanaon, ce comptoir étant un peu plus difficile d’accès que les autres comptoirs.

Trois risques existent en ce qui concerne les Franco-Pondichériens, cette appellation étant un peu tronquée puisqu’elle englobe les ressortissants de Yanaon ou de Mahé dont la culture diffère beaucoup de celle des habitants de Pondichéry, tant sur les plans ethniques et géographiques que culinaires ou historiques.

La première de ces menaces émane de l’Inde. La décolonisation effectuée en 1954 a été pour l’Inde quelque chose de tout à fait positif et le gouvernement de Jawaharlal Nehru s’est montré satisfait de la solution adoptée en recouvrant la souveraineté sur les Comptoirs tout en concédant à la France et aux Français un certain nombre d’avantages. Quelques menaces ont cependant pesé au cours du passé sur le statut de Pondichéry et l’on remarque que c’est le cas chaque fois que le Parti du Congrès n’est plus au pouvoir à Delhi. Déjà dans les années 1970, il y eu de la part des autorités de l’état du Tamil Nadu une revendication pour récupérer les quelques dizaines de kilomètres carrés que constituent au sein de son territoire les enclaves de Pondichéry et de Karikal. Il pourrait en être de même demain en ce qui concerne Yanaon situé au sein de l’état de l’Andrah Pradesh et pour Mahé dont le territoire constitue une enclave au sein du Kérala. Cette première alerte a été écartée et l’Inde a décidé de respecter le traité de 1954.

En 1989, il y a eu une nouvelle alerte lorsque le nouveau Lieutenant-Gouverneur du territoire de Pondichéry, Madame Chandrawati, a eu quelques jours après sa prise de fonction des propos inquiétants pour la France et la communauté française en donnant à un journal une interview dans laquelle elle revenait sur l’intérêt qu’il y avait eu d’octroyer à la France dans les comptoirs un certain nombre d’avantages de cette nature, en allant jusqu’à dire que les Français établis à Pondichéry représentaient une “nuisance” et qu’il fallait mettre fin rapidement à cet état de choses qui ne s’expliquait absolument pas. Les Franco-Pondichériens, très alertés, ont immédiatement réagi. L’ambassadeur de France en Inde a effectué quelques démarches auprès des autorités indiennes. Quelques personnalités indiennes ont très rapidement volé au secours de la France dont Monsieur Kewal SINGH qui avait été Secrétaire Général du Ministère des Affaires Etrangères à Delhi.

Il était aussi Premier Haut-Commissaire de l’Inde à Pondichéry et en tant que tel signataire du côté indien de l’accord organisant formellement la cession du territoire. Monsieur Kewal Singh avait été également chargé de négocier avec le Portugal la cession de Goa. Il n’y était pas arrivé et les troupes indiennes avaient alors occupé Goa, faisant prisonnières les troupes portugaises qui y étaient stationnées. Monsieur Singh a rétabli la réalité historique et a montré dans plusieurs articles que les choses ne s’étaient pas du tout passées de la même manière avec la France et le Portugal. Un danger émanant de l’Inde demeure donc. Une quarantaine d’années après le traité, il se peut très bien qu’une nouvelle génération d’hommes politiques, d’administrateurs ou de diplomates indiens veuillent remettre en cause en tout ou en partie le traité de 1954 et surtout les avantages concédés aux intérêts français dans les anciens comptoirs. Lors de la visite d’adieu qu’il avait faite à Rajiv Gandhi un peu avant de quitter l’Inde, au début de 1991, Monsieur Lewin avait parlé à l’ancien Premier Ministre qui pensait accéder sous peu à nouveau à ces responsabilités, du dossier bilatéral franco-indien et en particulier du dossier pondichérien. Monsieur Rajiv Gandhi lui avait dit alors n’avoir pas suffisamment mesuré jusque là le potentiel de coopération entre la France et l’Inde reposant sur ce dossier et lui avait promis d’apporter un regard particulier lorsqu’il serait à nouveau en charge des affaires du pays. Sa disparition peu de temps après a donc constitué une grande perte pour le dossier de Pondichéry.

La seconde menace vient de notre propre pays, la France. En dépit des efforts de Monsieur Lewin et de ses prédécesseurs, en dépit de l’œuvre accomplie par un certain nombre d’associations s’intéressant à la question, en dépit de la sympathie que provoque toujours l’évocation du nom des cinq anciens comptoirs dans les esprits peut-être pas des jeunes écoliers d’aujourd’hui mais de ceux ayant passé l’adolescence, en dépit des films parfois critiques ou des articles qui sortent parfois dans la presse à ce sujet, le souvenir de Pondichéry et des anciens comptoirs se perd en France. Monsieur Lewin a essayé par différentes méthodes de réveiller l’attention du gouvernement, de l’administration et des Français en général en rappelant en particulier que la population franco-pondichérienne avait l’importance d’une ville comme celle de Vendôme et que cette population était en train de se paupériser et de se marginaliser risquant à terme de provoquer des problèmes politiques entre la France et l’Inde sans parler des problèmes internes à la France que cela pourrait poser. La France se doit donc de définir une fois pour toute une politique vis-à-vis de Pondichéry.

Si la France décide de larguer totalement Pondichéry lorsqu’il n’y aura plus de retraités ou de pensionnés, soit d’ici environ une quinzaine d’années, il faut le dire ouvertement et prendre dès aujourd’hui les mesures préparatoires qui permettront de pallier les situations individuelles qui se présenteront à ce moment-là. Il faudra rapatrier en France tous ceux qui le souhaitent, préparer leur insertion, etc. Dans le cas contraire, la France peut décider de s’en tenir aux dispositions du traité de 1954 et de vouloir bâtir sur ce qui existe à Pondichéry une présence française en faisant de Pondichéry une tête de pont de la politique de coopération sinon avec toute l’Inde, tout au moins avec le sud de l’Inde et à partir de là d’autres pays de la région comme Sri Lanka. La France n’a pas su saisir quelques opportunités qui se sont déjà présentées comme l’établissement du relais hertzien de R.F.I., elle en a utilisé quelques unes mais dans les années qui viennent notre pays doit se décider en faveur d’une politique ou de l’autre. La France donne pour l’heure l’impression de pratiquer une politique au jour le jour. Les entreprises françaises ont surtout investi dans le nord de l’Inde tandis que le gouvernement français a dépensé beaucoup plus de crédits dans le sud et en particulier à Pondichéry. La France devrait essayer d’attirer des entreprises françaises, francophones ou européennes vers Pondichéry de manière à assurer demain un avenir professionnel aux franco-pondichériens qui auront bénéficié là-bas d’un enseignement de qualité.

Le gros débouché que constituait l’armée est maintenant tari. Le niveau de technicité requis pour entreprendre une carrière militaire n’est plus à la portée de nombreux jeunes Pondichériens. La situation qui a prévalu pendant longtemps avec un très grand nombre de retraités et de pensionnés et une population active extrêmement réduite est destinée à disparaître actuellement. Le chiffre cité précédemment de 150 millions dépensés annuellement par le gouvernement français à Pondichéry comprend 40 millions de frais de subventions, de bourses et d’allocations diverses et 110 millions de pensions et de retraites. Lorsque les retraités et les pensionnés auront disparus, cette ressource très importante elle-même n’existera plus. Monsieur Lewin avait préconisé que l’on considère cette somme de 150 millions de Francs comme étant la somme minimale que la France s’engagerait à dépenser chaque année à Pondichéry pour y maintenir ou y développer une certaine présence française faute de quoi on se retrouverait d’ici quinze ou vingt ans avec une population qui n’aura plus de ressources régulières arrivant mensuellement de France.

Ces flux financiers provoquent il est vrai quelques critiques, un lieutenant-gouverneur ayant reproché il y a quelques années à la population franco-pondichérienne de ne pas du tout réinvestir sur place les pensions et les retraites qu’elle percevait. Cette population a il est vrai d’autres frais, elle veut envoyer ses enfants faire des études en France, elle veut placer parfois son argent en France et on voit mal comment on pourrait forcer les pensionnés et les retraités à utiliser leur argent d’une manière plutôt que d’une autre. La jeunesse de Pondichéry aura à faire face demain à des problèmes assez difficiles si on ne prend pas dès maintenant un certain nombre de mesures.

La troisième menace vient des Franco-Pondichériens eux-mêmes. On constate que cette population montre une certaine passivité par rapport à son avenir. Les retraités et les pensionnés assurent à leurs enfants une bonne formation mais très peu d’entre eux investissent dans le domaine économique, industriel, agricole, touristique sur place. Leurs enfants ne trouveront donc souvent pas de travail dans le territoire, leur nationalité française leur interdisant l’accès aux administrations et aux entreprises publiques indiennes. Les entreprises privées étrangères sont très rares dans le sud de l’Inde et ces jeunes Franco-Pondichériens seront donc contraints à s’expatrier pour trouver du travail.

On peut dire aussi que coexistent à Pondichéry trois communautés françaises d’origines et de mentalités assez différentes et qui ont du mal à se fréquenter et à se comprendre. L’administration, les fonctionnaires du Consulat Général, les professeurs expatriés du lycée, les professeurs d’université, les chercheurs des différents instituts, tous ceux qui viennent de métropole pour passer quelques années parfois de longues années dans ces établissements. D’autre part, on doit distinguer les Franco-Pondichériens, c’est-à-dire les Indiens descendants de ceux qui ayant été français pendant plusieurs siècles ou plusieurs décennies et qui ont en 1963, pendant les six mois où ce délai d’option leur était ouvert, opté pour la nationalité française. On doit y ajouter tous ceux qui ont essayé de rattraper ce train de la nationalité française par la suite. Ils sont sur place au nombre d’environ 10.000 auxquels il faut ajouter également leurs parents vivant en France ou à l’étranger. Un troisième groupe d’importance variable est constitué par les Aurovilliens, c’est-à-dire les 200 et quelques Français établis parfois depuis 1968. Ils travaillent sur place, ont l’intention d’y vivre et ont des contacts plus ou moins étroits avec le Consulat en fonction de la personnalité des titulaires du poste. Une bonne partie des activités s’effectue en français à Auroville qui constitue donc un instrument assez positif pour la France.

A ne pas confondre avec Auroville, on doit distinguer l’Ashram de Sri Aurobindo et de la Mère situé dans la ville de Pondichéry et autour duquel s’organise un tourisme bénéfique pour Pondichéry. L’Ashram est largement francisé, le français se trouvant en bonne place dans le programme d’enseignement de ses écoles. Le tourisme à Pondichéry est cependant pour l’heure limité, les installations hôtelières étant peu nombreuses et ne se prêtant pas à un tourisme organisé à partir de la France ou dans un cadre européen puisque, mis à part le Royaume Uni, la France, le Portugal, les Pays-Bas et le Danemark ont été présents en Inde à un titre ou à un autre dans le passé. Un circuit axé autour des anciennes possessions de ces différents pays pourrait voir le jour à partir de l’Europe avec l’appui de la communauté économique européenne.

En conclusion, Monsieur Lewin mentionne qu’une région française, la Franche-Comté, a attiré l’attention d’un certain nombre de nos compatriotes sur Pondichéry. Une mission d’études s’est rendue sur place il y a maintenant un an et demi et elle a repéré un certain nombre de projets de nature économique, touristique voire culturel et technique.

La région de Franche Comté sans se jumeler formellement s’est donc intéressée à Pondichéry dans le domaine de l’industrie et de la mécanique de précision, de la laiterie et de la fromagerie, dans le domaine du tourisme et de l’hôtellerie, dans le domaine de la radio, de la presse écrite et de la télévision. Trois conditions sont nécessaires pour le développement de ces projets :

- Faire comprendre au Gouvernement Indien qu’il est de son propre intérêt qu’à Pondichéry se perpétue et se développe un pôle de contact et de coopération avec un pays comme la France et qu’à partir de Pondichéry la coopération entre l’Inde et la France puisse rayonner dans d’autres régions du pays, le sud de l’Inde prioritairement mais aussi dans d’autres régions.

- Faire comprendre au Gouvernement Français l’acuité de ce problème afin qu’il détermine une politique cohérente dans les plus brefs délais.

- Faire en sorte que les Franco-Pondichériens, qui se montrent en ce sens parfaitement tamouls et tout à fait français, fassent preuve d’une plus grande cohésion en laissant de côté les divisions, les querelles, les conflits de tendances et de nuances entre leurs quarante et quelques associations. Ceci a valu à Pondichéry d’être qualifié par un ancien consul de Clochemerle-sur-Coromandel. Monsieur Lewin affirme qu’il a hélas souvent l’impression que les Franco-Pondichériens tout en poursuivant le même but le poursuivent par des voies tout-à-fait séparées les uns de autres. Il rappelle qu’il avait lancé un appel à l’union aux différentes associations il y a quelques mois et qu’il n’a vu pour l’heure que peu de résultats. Les Franco-Pondichériens doivent donc prendre conscience que leur avenir est entre leurs mains.