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Chers adhérents et amis,

Comme l’écrit Guillaume de Vaudrey, l’Etat de Pondichéry, qui fait partie de cette Inde francophone que nous souhaitons explorer, est au centre de nombreuses initiatives en France et ailleurs depuis quelques mois, le passé expliquant le présent.

Tout d’abord, un article de Jacques Weber paraît en août 1990 dans la Quinzaine littéraire, “Les Français de Pondichéry, une identité”.

En octobre de la même année Jacques Weber présente une communication à Saint Pierre de la Réunion :

“La politique républicaine d’assimilation dans les comptoirs de l’Inde. Droits de l’homme et suffrage universel au pays des castes (xixème siècle)”.

Paraît en mai de cette année, un numéro spécial de la Revue Française d’Histoire d’Outre-Mer (tome LXXVII, n° 290, 1er trimestre 1991)

Je laisse à Guillaume de Vaudrey le soin de présenter les trois expositions dans son introduction au compte rendu de la conférence du 15 mars, organisée en collaboration avec le Forum des comptoirs[1] : Ce jour là, Christophe Guilmoto démographe de l’O.R.S.T.O.M., sollicité par Claude Marius, traitait de “l’avenir des jeunes Pondichériens”. A l’issue de cet exposé, M. André Lewin, onzième ambassadeur de France en Inde, a annoncé différents points concernant “l’avenir de la communauté française de Pondichéry”.

Le ler juin, l’ambassadeur André Lewin a développé ces différents points dans le cadre d’une réunion organisée en collaboration avec les “Amitiés Franco-indiennes” (A.F.I.)[2]. Vous trouverez dans ce numéro la reproduction de son intervention.

Dans le même temps, nous recevions le mémoire de D.E.A. de Paul Michalon, sociologue[3]. Claude Marius, directeur de recherche à l’O.R.S.T.O.M. en a préparé un compte rendu succinct, citant essentiellement l’auteur, avec son accord. Ce document est beaucoup plus qu’un mémoire donnant lieu à un diplôme. C’est un événement car il apporte bien des réponses à des questions que chacun se pose depuis fort longtemps.

Il faut aussi souligner ici que Jacques Weber comme Christophe Guilmoto et Paul Michalon ont répondu, directement ou indirectement, à tous ces articles de presse particulièrement déplaisants pour les Franco Pondichériens. Celui de Patrice Claude[4] avait notamment soulevé l’indignation de tous, par ses accusations non circonstanciées. Le dernier en date, celui du Nouvel Observateur, se contente de plaquer quelques renseignements d’ordre pratique sur des clichés éculés comme celui du joueur de pétanque pondichérien.

Au fil de votre lecture, vous vous demanderez pourquoi la France, malgré toutes les difficultés rencontrées dans un pays aux traditions millénaires, a inlassablement poursuivi sa politique d’intégration et de francisation qui débouche d’abord sur la citoyenneté française avec le statut de renonciation et ensuite sur la nationalité française.

L’article[5] d’Edgar Morin, philosophe, vient à point nommé pour expliquer que la France a toujours pratiqué une politique de “francisation”, au sein même de l’hexagone.

« La France s’est faite »,

A partir des rois capétiens,

« En francisant des populations non franciennes.... » Elle « s’est constituée par francisation de peuples et d’ethnies extrêmement divers...Il y a eu brassages et intégration dans la grande nation, sans que se perdent toutefois des identités devenues provinciales. »

Avec la Révolution française,

« C’est le peuple devenu souverain, qui s’accomplit volontairement lui-même en se proclamant “grande nation”. »

Lors de la fête de la Fédération du 14 juillet 1790,

« Les représentants de toutes les provinces déclarent solennellement et symboliquement leur volonté d’être français.

Dès lors, la France incorpore, en sa nature même, un esprit et une volonté. La France, sans cesser de demeurer un être terrestre, devient un être spirituel, et cela d’autant plus qu’avec le message de la Déclaration des droits de l’homme l’idée de France est une idée qui comporte désormais, dans sa singularité même, l’idée d’universalité... »

Edgar Morin rappelle que la IIIème république a repris cette idée d’universalité et fait sienne cette politique de francisation.

« “C’est bien l’idée volontariste et spiritualiste de la France que la IIIème République fait triompher sur les idées de race, de sang, de sol... L’identité française n’a pas impliqué la dissolution de l’identité provinciale, elle a effectué sa subordination, et elle comporte en elle l’identité de la province intégrée, c’est-à-dire la double identité.

L’instauration...de l’école primaire laïque, gratuite et obligatoire permet d’accompagner l’intégration juridique par une intégration de l’esprit et de l’âme. J’en témoigne : fils d’immigré, c’est à l’école et à travers l’histoire de France que s’est effectué en moi un processus d’identification mentale. Je me suis identifié à la personne France, j’ai souffert de ses souffrances historiques, j’ai joui de ses victoires, j’ai adoré ses héros, j’ai assimilé cette substance qui me permettait d’être en elle, à elle, parce qu’elle intégrait à soi non seulement ce qui est divers et étranger mais ce qui est universel. Dans ce sens le “nos ancêtres les Gaulois” que l’on a fait ânonner aux petits Africains ne doit pas être vu seulement dans sa stupidité. Ces Gaulois mythiques sont des hommes libres qui résistent à l’invasion romaine, mais qui acceptent la culturisation dans un Empire devenu universaliste après l’édit de Caracalla. Dans la francisation, les enfants reçoivent de bons ancêtres, qui leur parlent de liberté et d’intégration, c’est-à-dire de leur devenir de citoyens français. »

L’article d’Edgar Morin qui actualise la conférence de Renan, prononcée en 1881[6], mérite d’être lu et médité pour mieux comprendre une constante sur trois siècles d’histoire commune, avec des résultats divers.

Malgré ce dossier volumineux qui ne fait qu’introduire une volonté d’action en direction des Franco-Pondichériens, action dont nous ne manquerons pas de nous faire l’écho puisque notre objectif premier est d’informer, je n’ai cependant pas remis à plus tard le compte rendu de notre assemblée générale, qui va nous permettre d’actualiser les formalités administratives nécessaires à la vie de notre association.

Me permettrai-je de rappeler que notre association ne peut vivre que grâce à vos cotisations ? Il nous sera difficile de poursuivre l’envoi de notre lettre à ceux qui ne s’en seront pas acquittés.

A tous, bonnes vacances.

Jacqueline Lernie Bouchet

 



[1] Association loi 1901.

[2] Association loi 1901.

[3] Paul Michalon, “Des Indes françaises aux Indiens français ou comment peut-on être franco-pondichérien ?” Mémoire de D.E.A.

[4] Cet article est donné en annexe.

[5] Le Monde du 5 juillet 1991 : “La francisation à l’épreuve”.

[6] “Qu’est-ce qu’une nation ?”, La Revue des cours littéraires, 11 (janvier-juin 1882)