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L’AVENIR DE LA COMMUNAUTE FRANCAISE DE PONDICHERY

Propositions présentées par André Lewin Ambassadeur de France en Inde durant ces trois dernières années

 

Nous avons volontairement supprimé tout ce qui n’était pas l’intervention proprement dite de M. Lewin qui souhaitait une véritable discussion et n’a obtenu qu’un banal échange de questions et réponses, tant les organisateurs eux -mêmes de cette manifestation sont peu habitués à un mode de réflexion qui demande beaucoup de qualités et une certaine habitude. Nous savons à présent que M. Lewin présentera une nouvelle fois ses propositions en janvier 1992, et sommes persuadés qu’il trouvera alors des interlocuteurs mieux préparés.

 

“Je suis heureux de me trouver parmi vous et heureux aussi de constater que ce sujet peut un samedi après-midi mobiliser un certain nombre d’énergies et de préoccupations au service d’une cause à laquelle, j’en suis sûr, nous croyons tous et à laquelle nous portons intérêt.

Il est exact, comme Mme Bouchet l’a dit il y a quelques instants, que l’idée de cette réunion est venue d’une proposition que j’ai lancée un peu à la cantonade lors d’une conférence faite par un démographe français sur l’avenir des jeunes Français de Pondichéry, une réunion qui avait lieu deux ou trois jours après mon retour de l’Inde au début du mois de mars, et qui était organisée par l’autre association, il y a beaucoup d’associations, qui se préoccupent de l’Inde et de Pondichéry : c’était le Forum des comptoirs et ceci m’amène à....”

ici intervient Jacqueline Bouchet pour rappeler que le CIDIF était à l’origine de cette manifestation. M. Lewin reprend ensuite la parole.

“Ceci et votre réflexion incidente m’amènent à une première réflexion que l’on constate lorsque, comme moi totalement étranger au départ, à l’Inde et à Pondichéry, on se rend pour la première fois à Pondichéry : c’est le grand nombre d’associations qui réunissent là-bas les catégories les plus diverses qu’il s’agissent des anciens combattants, des pensionnés, des retraités et beaucoup d’associations sur toutes sortes d’autres sujets. Ce trait qui consiste à se mettre au service de tel ou tel secteur d’intérêt est bien français. Je crois que lorsque les problèmes deviennent véritablement cruciaux les associations doivent travailler ensemble, et tirer dans la même direction et un certain nombre de préoccupations individuelles ou collectives doivent laisser place à l’intérêt général. Il ne s’agit pas bien entendu, cela ne nous regarde pas de lancer un appel à l’hara-kiri des associations, loin de là, mais plutôt de lancer un appel à la concertation, à la collaboration, à la coopération, pour un but qui dépasse chacun d’entre nous et qui est celui de la survie et du renouveau du développement de la communauté des Franco-Pondichériens.

Je voudrais dire aussi qu’on parle toujours de Franco-pondichériens mais j’ai eu le privilège pendant les trois années et demie que j’ai passées comme ambassadeur de France en Inde, de me rendre une dizaine de fois à Pondichéry, faire la connaissance d’un certain nombre d’amis que je vois avec plaisir présents ici, mais je suis allé également à Karikal, je suis allé à Chandernagor, je suis allé à Mahé. J’étais le 1er ambassadeur de France à me rendre à Mahé. Il n’y a que Yanaon où malheureusement les circonstances n’ont pas permis que je me rende et par conséquent lorsqu’on dit Franco-Pondichériens, il s’agit bien entendu de prendre en compte aussi les intérêts de nos compatriotes qui se trouvent dans d’autres parties du Territoire de Pondichéry, et de ne pas les oublier même si Pondichéry pour des raisons évidentes doit être le pôle essentiel de nos efforts.

Pour réfléchir ensemble sur l’avenir de la communauté des Français de Pondichéry, sont réunis ici Madame Morazé, la présidente de l’association France-Union indienne, son secrétaire général, aussi, M. Vallette, M. Baroun Tagore, le secrétaire général de la chambre de commerce franco-indienne de Pondichéry et beaucoup d’autres personnalités et amis et également des représentants du secteur privé, je crois que l’un des responsables de Babcock Entreprise est parmi nous, ce qui prouve que le secteur industriel français prête l’oreille aux potentialités de l’Inde et plus précisément de Pondichéry. Donc j’espère que cette conjonction de personnalités aujourd’hui montre qu’il est peut-être temps que l’on se réveille pour réfléchir et plus encore pour agir dans le sens que nous disions tout à l’heure.

Une génération a passé depuis ce qu’on appelle le rattachement. Comme le soulignait M. Guilmoto, le démographe dont je parlais tout à l’heure, les perspectives démographiques sont claires et inéluctables. On sait à peu près exactement ce que sur le plan démographique la communauté française de Pondichéry va devenir à terme et l’on sait également que, à l’heure actuelle, une bonne partie des ressources des Français de Pondichéry proviennent des pensions et retraites qui sont versées par le gouvernement français à ses pensionnés et à ses retraités. Le gouvernement indien, d’ailleurs, le sait aussi ; il demande chaque année à l’ambassade de lui fournir des chiffres précis sur le montant de ces retraites et pensions pour des raisons évidemment non seulement statistiques mais fiscales tout à fait claires et comme d’ailleurs nous pensons y être autorisés par le texte même du traité de cession, la partie française ne communique pas les chiffres de pensions aux autorités indiennes.

Chaque année le gouvernement français transfère aux Franco-Pondichériens à peu près 130 millions de francs, plus de 10 millions de francs par mois. Toutes ces pensions ne sont évidemment pas versées à Pondichéry. Une grande partie même est versée en France puisque nos titulaires se trouvent en France, mais cela vous donne quand même une idée.

Mais les perspectives démographiques font aussi qu’inévitablement, année après année, ces sommes vont diminuer et que dans vingt ans, vingt-cinq ans, trente ans, il n’y aura plus de pensionnés ni de retraités à Pondichéry et que cette ressource sera totalement tarie, que les enfants, les petits-enfants de ces retraités et pensionnés qui vivaient indirectement de ces pensions et retraites n’auront plus rien, n’auront plus grand-chose, et le problème à ce moment là sera posé. La survie de la communauté française à Pondichéry sera posée avec une grande acuité. Elle sera posée avec tellement d’acuité que d’abord il y aura un problème tout à fait tragique pour la communauté des Français eux-mêmes.

D’autre part, certainement par l’intermédiaire de ses représentants au conseil supérieur des Français de l’étranger, par les sénateurs, par les députés et par toutes sortes de canaux, cette communauté agitera la vie politique française puisque dans 20 ans, dans 25 ans un gouvernement français aura brusquement à faire face aux problèmes de l’existence à 8 000 kilomètres de Paris, d’une communauté d’à peu près 15 000 personnes, c’est à dire d’une ville de l’importance de Vendôme, qui risque d’être marginalisée, paupérisée, peut-être en rébellion morale contre la France, en accusant la France de laisser tomber cette communauté et il y aura donc un problème politique interne à la France sur ce sujet là. Et de même l’existence de cette communauté au sein de la ville de Pondichéry et en Inde risque de peser sur l’Inde et sur les relations entre la France et l’Inde. Et c’est parce que j’ai eu conscience de manière très aiguë de ce problème qui va se poser en fait à nos successeurs ou à nos enfants et petits-enfants et que je sais par ailleurs que la vie politique consiste trop souvent à ne traiter que des problèmes au lieu d’essayer de prévoir les choses longtemps à l’avance que je me suis dit : il faut dès maintenant mobiliser, réveiller l’opinion sur ce sujet et essayer de trouver dès maintenant des solutions à long terme.

Je l’ai dit à un certain nombre de responsables français, membres du gouvernement, ou administration, et je dois avouer que je n’ai pas rencontré une compréhension immédiate très grande. Je crois que maintenant après quelques années d’efforts un certain nombre de gens sont davantage mobilisés. Je sais que mon successeur, Philippe Petit, qui a rejoint son poste à New Delhi au mois de mars est parti avec des instructions beaucoup plus précises que n’étaient les miennes il y a 4 ans pour s’occuper de ce sujet.

Et je crois aussi que d’ici quelques semaines une commission à laquelle d’ailleurs je souhaite personnellement que les associations de Franco-Pondichériens et des personnalités franco-pondichériennes soient associées, une commission donc se mettra à travailler sur des solutions à long terme sur ce problème.

J’ai parlé aussi de ce problème au gouvernement indien sachant bien que rien ne pourrait se faire qui ait une certaine importance sur place sans que les autorités indiennes soient informées. Il faudrait qu’elles soient d’accord avec nos orientations et si possible même qu’elles nous aident à les mettre en pratique, ceci sans renégocier le traité de cession dans ses principales dispositions.

J’en avais parlé aux “chief ministers” successifs du territoire de Pondichéry et j’avais, je dois le dire, une oreille particulièrement attentive du côté de M. Farouk que nous avions d’ailleurs invité à venir en France et qui, à la suite des élections, a été remplacé, et nous avons pour le moment un chief minister qui lui-même est actuellement fragile pour le moins et risque d’être à son tour remplacé lors du processus de renouvellement qui va avoir lieu dans quelques jours. Mais j’en ai parlé à différents gouverneurs, aux lieutenant-gouverneurs avec des succès divers suivant la personnalité de ces gouverneurs, et le premier avec lequel j’en avais parlé Dayal était un militaire à la fois énergique et parfois un peu brutal dans sa formulation mais très convaincu que la France devait participer et très activement à l’effort de développement de Pondichéry et c’était pour la France un rôle privilégié à jouer et je crois savoir que le lieutenant-gouverneur actuel est également dans les mêmes dispositions.

Mais bien entendu ni le lieutenant gouverneur ni le chief minister ne feront rien s’ils n’ont pas l’appui du gouvernement central, celui de Delhi. Et je dis aujourd’hui avec une certaine tristesse, que lorsque j’ai vu Radjiv Gandhi, la veille de mon départ, le 1er mars, pour un long entretien dans sa résidence, avec Sonia Gandhi, ce fut pratiquement le dernier sujet de nos propos. J’avais déjà parlé avec lui de Pondichéry, il y a deux ans lorsqu’il est venu en France à l’occasion des manifestations du bicentenaire. Il avait rencontré Michel Rocard, le premier ministre français. Je lui ai dit en le saluant sur le bas de la porte :

“M. Le Premier ministre, j’ai une dernière recommandation à faire. Vous allez très certainement revenir au pouvoir” (chose qu’il ne niait pas, au contraire, il en était lui même tout à fait convaincu) “vous vous souvenez qu’il y a deux ans je vous ai parlé de Pondichéry, vous m’avez répondu textuellement à ce moment là :

yes I know the indian government has not done his homework on that subject” Oui le gouvernement indien n’a pas bien “potassé” sa leçon sur ce sujet mais je vous promets que je sais ce qu’avait dit mon grand-père à ce sujet là ; je peux vous dire que nous allons travailler sur ce sujet, et si la France nous approche pour que nous parlions ensemble de solutions positives, nous serons prêts à y travailler.”

Et l’assassinat tout à fait tragique il y a dix jours me rend évidemment tout à fait triste et nostalgique sur le sujet qui nous intéresse aujourd’hui parce que je sais qu’avec le gouvernement de Radjiv Gandhi nous aurions eu un interlocuteur déjà bien averti de ce problème.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement indien, j’en suis sûr, a lui-même intérêt à faire de Pondichéry une zone privilégiée de coopération avec la France ou peut-être même avec la Communauté économique européenne. Je pense qu’il faut lancer quelque chose et ce sera l’objet de notre discussion de tout à l’heure.

Le moment est venu pour que maintenant les milieux franco-pondichériens eux-mêmes, c’est-à-dire que ce n’est pas aux ambassadeurs ou aux hommes politiques ou aux représentants de l’extérieur, je crois que c’est véritablement aux Franco-Pondichériens, individuellement ou collectivement, de saisir les idées qui peuvent passer, de prendre les initiatives et de se démener pour faire du lobbying auprès des deux gouvernements et auprès du secteur privé pour qu’il se passe quelque chose à Pondichéry.

Ceci n’est pas pour dire que rien n’a été fait à Pondichéry au cours de ces dernières décennies. La présence ici des représentants de l’AFPA (l’Association pour la formation professionnelle des adultes) aussi bien à l’échelon central qu’à Pondichéry même est un exemple ; j’ai eu l’honneur d’inaugurer le centre de formation professionnelle de Pondichéry aux côtés du secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères en décembre 1987.

Sur le plan culturel, sur le plan scientifique, sur le plan archéologique, sur le plan social, sur le plan humanitaire, sur le plan de la formation professionnelle beaucoup d’actions ont été entreprises et les choses se sont améliorées ; sur le plan scolaire, bien entendu, qui est très important.

Mais c’est sur les plans économique, industriel, agricole et touristique, c’est-à-dire sur les secteurs qui peuvent entrainer tous les autres qu’il y a probablement aujourd’hui le plus à faire.

Il y a quelques mois, en novembre, j’ai eu la chance d’intéresser au problème de Pondichéry l’une des importantes régions françaises, la Franche-Comté et une délégation du Conseil régional de Franche-Comté est venue passer une semaine en Inde et à Pondichéry. Cette délégation a notamment beaucoup travaillé avec M. Baroun Tagore et a rencontré aussi le Chief Minister, le lieutenant gouverneur, les autorités du Territoire de Pondichéry. Un certain nombre d’idées de coopération économique et industrielle sont nées à la suite d’une réunion de travail qui avait été organisée au Consulat général. De nombreux projets ont d’ailleurs été présentés : une trentaine de propositions ont été faites.

Les représentants du Conseil régional de la Franche-Comté en ont sélectionné à peu près une demi-douzaine qui leur paraissait intéresser des entreprises de la région de Franche Comté, la région de Besançon. Je sais, pour avoir été moi-même à Besançon il y a une quinzaine de jours, et leur en avoir parlé, je sais par M. Tagore qui est ici pour pousser ces projets, que, dans le secteur du tourisme, dans le secteur du lait et du fromage, dans le secteur de la production et de la transformation des œufs, dans le domaine des eaux minérales (probablement le savez-vous maintenant, depuis à peu près deux ans existe une excellente eau minérale de Pondichéry, que je me fais un point d’honneur de servir à tous mes invités indiens et français à l’ambassade ; c’est une eau minérale qui est embouteillée et distribuée par le gouvernement de Pondichéry, que l’on trouve par chance également à Delhi et c’est ainsi qu’une eau de table excellente par ailleurs comme le prouvent les analyses, avec une étiquette en anglais et en français, permettait à mes invités à chaque fois de s’étonner, parce que c’était une surprise..

Voilà donc un certain nombre de secteurs pour lesquels, j’espère, dans les mois qui viennent, une coopération concrète va pouvoir s’établir entre Pondichéry et une région française. Mais il y a plus de vingt régions en France et des Franco-Pondichériens dans la plupart. Les régions, à cause des textes sur la décentralisation, ont la possibilité d’intervenir en dehors du territoire français, dans des proportions qui sont faibles, mais pour vous donner une idée de leur budget annuel, celui de la Région Franche-Comté est de 800 millions de francs. C’est donc tout à fait considérable. Si seulement 1 ou 2% de ce budget était consacré à des opérations de préfinancement, d’investissements, de financement de formation professionnelle, ce pourrait être une somme tout à fait importante et qui inciterait peut-être des entreprises françaises à aller s’installer dans une ville dont ils considèrent probablement en regardant la carte de l’Inde que c’est très excentrique par rapport au centre géographique du pays.

Dans mon rapport de fin de mission c’est un peu là-dessus que j’avais axé mon intervention au mois de mars lorsque j’étais venu faire une brève remarque auprès de la conférence de géographie. J’avais dit que je soumettrai un certain nombre d’idées concrètes sur lesquelles individuellement ou collectivement les franco-pondichériens pourraient travailler ou essayer de nous suivre à ce sujet.

Certaines de ces idées ne pourront être mises en œuvre qu’avec l’accord des gouvernements et même parfois le soutien financier des gouvernements français et indien et du territoire de Pondichéry lui-même.

D’autres dépendent presque exclusivement de la volonté d’un certain nombre d’entreprises ou d’un certain nombre de personnes qui veulent faire quelque chose. Et je vais vous citer quelques unes des idées que j’ai exposées et dont j’espère que certaines seront reprises par le gouvernement français et mises en œuvre par mes successeurs à Delhi.

Formation professionnelle

Intensification de la formation professionnelle et meilleure liaison de la formation professionnelle déjà implantée à Pondichéry avec des entreprises françaises, cherchant à s’installer en Inde, et qui pourraient trouver un personnel formé et parlant à la fois les langues utilisées à Pondichéry, le tamoul, l’anglais, parfois d’autres langues utilisées en Inde et le français.

Recherche scientifique et technique

L’activité commune de recherche scientifique et technique entre des organismes français, des organismes indiens, et des institutions déjà implantées à Pondichéry comme l’Institut français de Pondichéry et l’Ecole Française d’Extrême Orient, en y associant des chercheurs appartenant à des institutions nationales de l’Inde. J’ai constaté très souvent qu’à Delhi, on était très mal informé de ce que les Etablissements culturels et scientifiques de Pondichéry, notamment français ou franco-pondichériens ou franco-indien faisaient à Pondichéry.

Du coup, les personnalités de Delhi les ignorent et les minimisent et ne comprennent pas l’importance des travaux par exemple scientifiques et techniques faits à l’Institut français de Pondichéry. C’est pour le moment réservé à une petite élite de chercheurs et de savants ou d’ingénieurs et la connaissance n’en est pas diffusée à l’extérieur.*

Installation à Pondichéry d’une filiale d’une banque française

Ceci est évidemment lié à tout un système de demandes d’autorisation mais la plupart des banques françaises demandent l’autorisation d’ouvrir des filiales dans le Nord. Il y a plusieurs filiales ou succursales ou établissements de banques françaises à Delhi, à Bombay, à Calcutta. Aucune demande pour Madras ou Pondichéry alors qu’il est clair qu’une banque française qui serait installée à Pondichéry permettrait également sur le plan du financement des opérations industrielles ou autres d’avoir un contact immédiat sur place au lieu de passer par Delhi.

Extension aux Français de Pondichéry de la législation indienne

Extension aux Français de Pondichéry de la législation indienne sur les “Non Resident Indians” qui est une réglementation qui favorise effectivement l’arrivée en Inde de capitaux tout à fait importants dont disposent les Indiens ne résidant pas en Inde, avec des circuits financiers privilégiés et des garanties de taux d’intérêt ... Il est évident que les Français de Pondichéry ne sont pas de Non Resident Indians ; ce serait presque plutôt l’inverse. Ce sont des “Resident French” mais on pourrait s’inspirer en tous cas de formules du genre des N.R.I. pour les adapter au cas des Français.

Création d’une zone franche

Zone franche qui a existé autrefois à Pondichéry et qui a été supprimée et qu’il est possible de rétablir puisque actuellement plusieurs zones franches sont créées par le gouvernement indien dans d’autres régions du pays pour y attirer des entreprises étrangères et pour faciliter à partir de là des transactions commerciales et la coopération industrielle.

Développement du tourisme français et européen

Développement du tourisme français et européen et des activités de loisirs connexes, hôtellerie, cuisine, camps de vacances, pêche etc. en profitant notamment de l’ouverture de l’aéroport qui dessert la ville de Pondichéry même si peu d’avions y atterrissent pour le moment. La desserte aéronautique de Pondichéry est désormais possible.

Ajustement plus poussé des systèmes d’enseignement

Systèmes d’enseignement dispensés dans les Etablissements français de Pondichéry depuis le primaire jusqu’au supérieur et recherche de liens plus poussés avec le système indien d’enseignement des écoles du territoire de Pondichéry ainsi qu’avec la nouvelle université centrale de Pondichéry qui a été créée il y a quelques années et qui progresse aux portes de Pondichéry et qui souhaite d’ailleurs avoir un département de français très développé.

On m’avait dit que l’ancien proviseur du lycée de Pondichéry serait peut-être parmi nous, cet après-midi, ... mais son successeur, l’actuel proviseur, a formulé des propositions tout à fait précises et d’ailleurs malheureusement très coûteuses pour essayer d’amener une meilleure parité entre les écoles indiennes et les établissements français de Pondichéry, de manière à ce que les enfants qui sortent de l’un et de l’autre système puissent se trouver sur le même plan et qu’ enfin il n’y ait pas d’inégalités criantes en ce qui concerne la formation entre les deux catégories d’enfants.

Etudes de mesures pour inciter les entreprises françaises ou des joint-ventures franco-indiennes à s’installer dans le territoire de Pondichéry.

Et là, je reviens sur la somme de 130 millions de francs dont je parlais tout à l’heure, actuellement versée chaque année, qui existe donc dans le budget français au bénéfice des pensions et retraites versées è Pondichéry.

Mon idée serait que la contre valeur des sommes qui ne sont plus versées par disparition des titulaires soit versée à un fond pour le développement économique et industriel de Pondichéry qui recevrait donc à la limite, ultérieurement, 130 millions de francs chaque année pour inciter donc les industries françaises ou les joint-ventures franco-indiennes à s’implanter à Pondichéry.

J’avais même l’espoir que si le gouvernement français, il faudrait connaître M. Charrasse, évidemment, ce n’est pas toujours une tâche facile, si le gouvernement français décidait de ne jamais consacrer moins de 130 millions de francs au développement des activités économiques de Pondichéry, le gouvernement indien pourrait mettre la contre valeur. Le système du matching comme on dit quelquefois. C’est à dire que ce pot pourrait disposer de l’équivalent de 260 millions de francs, chaque année, la moitié en devises en francs, l’autre moitié en monnaie indienne pour y faciliter de telles opérations

Tourisme

Il y a évidemment en Inde la possibilité d’organiser des circuits touristiques français sur les souvenirs historiques français dans les anciens comptoirs et quelques autres lieux où des Français se sont illustrés ou distingués à travers l’histoire. Mais le Portugal, le Danemark, les Pays-Bas, je laisse de côté l’Angleterre qui pose évidemment un problème particulier, aux côtés de la France, ces pays et un tout petit peu l’Allemagne ont la possibilité de s’associer et de créer des circuits touristiques qui iraient visiter Goa, Pondichéry ; près de Chandernagor, sur l’Hooghly, il y a d’anciens comptoirs hollandais, des églises hollandaises, près de Karikal, l’ancien port danois de Tranquebar qui a été visité par le prince héritier danois. Donc il y a la possibilité de faire des circuits européens, pas seulement français ; On m’a dit d’ailleurs, il y a quelques semaines, qu’une compagnie d’aviation portugaise organisait de tels circuits, maintenant que le gouvernement portugais et le gouvernement indien ont pratiquement réglé tout leur contentieux, politique, financier et culturel, à la suite de la visite que le président de l’Union indienne a faite au Portugal il y a un an ; donc des accords ont été signés ; le Portugal va pouvoir monter un centre culturel à Goa et implanter un consulat général ; il s’inspire d’ailleurs beaucoup de ce qui a été fait pour la France à Pondichéry. Mon collègue portugais m’a demandé de lui communiquer le texte du traité de cession parce qu’il voudrait bénéficier en quelque sorte de notre expérience préalable dans ce domaine. Donc on peut très bien prévoir ou imaginer des circuits touristiques qui partiraient de Paris, iraient à Lisbonne, feraient des escales à Goa, à Pondichéry pour remonter vers le nord etc.. et amèneraient des touristes de ces différentes villes qui seraient heureux de retrouver les traces portugaises, françaises, hollandaises, danoises, en Inde.

Autre proposition, qui intéresse je sais beaucoup de personnes, à preuve l’exposition qui a été organisée à la mairie du 6ème arrondissement, il y a quelques semaines et qui permettait de voir qu’il y a beaucoup de bâtiments de Pondichéry datant de l’époque française, donc coopération dans la restauration du patrimoine culturel aussi bien architectural que dans d’autres secteurs surtout à Pondichéry et éventuellement ailleurs. Nous sommes entrain d’ailleurs de faire quelque chose à Chandernagor restaurant là bas l’ancien institut français, mais personnellement je pense que le même argent aurait mieux été dépensé à Pondichéry plutôt qu’à Chandernagor ; Enfin il parait qu’il ne faut pas le dire.

Jumelages plus nombreux entre institutions françaises et Pondichériennes.

Et je pense en cela en particulier à la mission du conseil régional de la Franche-Comté et si cette coopération démarre bien, la région Franche-Comté s’est engagée à faire la promotion de Pondichéry auprès des autres régions de France et d’être un peu une région pilote, d’assurer en quelque sorte le secrétariat pour amener d’autres régions françaises à envoyer des missions industrielles à Pondichéry.

Je sais que M. Tagore a aussi pensé un moment à un jumelage entre la ville de Saintes et de Pondichéry et je sais que la ville de Rézé (Loire Atlantique) qui a joué un rôle important dans le domaine des relations maritimes entre la France et l’Inde..., il y a un projet de jumelage entre Rézé et Chandernagor qui est actuellement à l’étude.

On pourrait aussi concevoir d’associer Pondichéry aux différentes institutions qu’a fait naître la francophonie et qui sont pour le moment souvent des institutions culturelles mais qui peuvent intervenir en matière de radio, de télévision, d’organisation de festivals, de tournées artistiques, d’échanges de jeunes etc. Donc je crois que, avec l’accord évidemment des deux gouvernements, parce qu’il faudrait que Paris et Delhi soient d’accord là-dessus, le Territoire de Pondichéry, ou la communauté française de Pondichéry, pourrait être associé au moins comme observateur aux grandes conférences francophones qui se tiennent dans le monde et cela lui permettrait notamment à la francophonie en Inde d’apparaître d’une manière institutionnelle. Pour le moment, beaucoup de gens l’ignorent. Et elle n’a aucun statut international. Si la communauté française comme le sont d’ailleurs d’autres communautés françaises, celle de Wallonie, la plus importante en Belgique mais aussi les francophones du Val d’Aoste, le Québec, et autres groupes francophones qui ne constituent pas la totalité d’un Etat sont représentés dans les institutions francophones,. Pondichéry pourrait être l’une d’entre elles.

Il est important de ne pas être oublié parce qu’il y a quelques mois, Radio France international, les organismes techniques qui supportent la diffusion des émissions de Radio France International, recherchaient un nouveau relais vers l’Asie du Sud Est et avec l’absence totale de sens politique qui caractérise parfois certains de ces organismes techniques ils ont dit que le Sri Lanka serait probablement un endroit idéal pour s’installer. Peu après, des troubles sérieux ont éclaté au Sri Lanka et en plus c’était très exactement dans les régions les plus controversées de Sri Lanka. Donc on a renoncé au Sri Lanka et comme on ne voyait pas très bien où aller, alors pourquoi pas aller à Bangkok et des discussions ont été engagées avec le gouvernement thaïlandais.

Je ne sais pas actuellement où elles en sont mais dès que j’ai appris que ces discussions avaient commencé, j’ai dit “l y a un endroit qui est fort bien placé sur le plan géographique, c’est Pondichéry ; installer un relais de radio puis ultérieurement de télévision par satellite français à Pondichéry en acceptant bien entendu en échange, par réciprocité que la radio indienne puisse se servir de Radio France International pour diffuser notamment en Afrique, par exemple, des informations sur l’Inde, ce serait certainement des discussions que moi en tant qu’ambassadeur, je suis prêt à mener. Ah oui on n’avait pas pensé à Pondichéry, c’est vrai ; maintenant on discute avec Bangkok ; si la discussion avec la Thaïlande n’aboutit pas je suis tout à fait déterminé, en accord avec mon successeur à Delhi, à essayer de soumettre à Radio-France International qu’à Pondichéry il trouverait un environnement tout à fait favorable pour implanter des stations de radio émettant en français et même d’assurer à partir de là des programmes autonomes pour la communauté française de Pondichéry.

Voilà donc quelques idées lancées comme cela un peu au hasard dont quelques unes sont faciles à réaliser, d’autres beaucoup moins. Je suis sûr que parmi vous, il y a d’autres idées de choses à faire et surtout ce que j’espère parce que certains d’entre vous savent que je suis maintenant ambassadeur de France en Autriche, et je vais donc quitter Paris pour Vienne dans le courant de l’été, je viendrai occasionnellement à Paris et c’est donc malheureusement d’un peu loin que je suivrai le développement de ce qui va se faire entre vous. Mais rien ne me comblerait davantage si à la suite de la réunion d’aujourd’hui, un certain nombre d’entre vous et je le répète individuellement ou associations, cela n’a pas d’importance, décidez de se réunir, de coucher sur le papier quelques idées, d’y intégrer quelques unes des miennes et d’en avoir d’autres, et puis ensuite de commencer véritablement une action de lobbying auprès des institutions françaises, institutions parlementaires, institutions politiques, institutions administratives, et d’abord en faisant un effort parallèle sur place à Pondichéry même où vous avez tous évidemment vos amis et relations.

Mon rôle s’arrête ici. Vous trouverez évidemment parmi les Français qui n’ont pas de liens personnels avec Pondichéry, beaucoup de gens désireux de vous aider. J’en vois déjà ici. Mais je pense par exemple à certains anciens consuls généraux. J’ai eu une communication téléphonique avec Marcel Fleury qui a été consul général jusqu’il y a deux ans à peu près ; il pensait être à Paris aujourd’hui. Malheureusement il n’est pas parmi nous. Mais il fait partie de ceux qui m’ont dit qu’on pouvait compter sur lui pour faire partie de groupes de travail pour faire des démarches auprès des administrations françaises etc. Donc je suis sûr que tous ensemble nous ne manquerons pas de têtes et de mains pour travailler sur ce sujet. Et je pense que maintenant il faut entamer une discussion entre nous. C’est la meilleure manière de faire.

Je vous remercie

 



* N.D.L.R.

C’est l’une des raisons qui ont présidé à la création du C.I.D.I.F. : faire connaître l’existence de ce noyau de recherche scientifique et technique