Blue Flower


Chers adhérents et amis,

Il est un événement qu’il est impossible de passer sous silence parce que nous faisons partie de cette race unique qui habite la planète Terre : l’inqualifiable profanation du cimetière de Carpentras et d’autres actes odieux, également commis dans d’autres pays, ont suscité une très vive émotion dans toute la France et donné lieu à une manifestation durant laquelle le coude à coude de tous les Français a démontré combien ils sont tous attachés aux vraies valeurs démocratiques et humaines. La mémoire du passé ne peut que les nourrir en vue d’un avenir meilleur. Elle contribue à la vigilance car, comme l’écrivait Sainte-Beuve,

“La civilisation, la vie est une chose apprise et inventée, qu’on le sache bien”... “Les hommes après quelques années de paix oublient trop cette vérité : ils arrivent à croire que la culture est chose innée, qu’elle est la même chose que la nature. La sauvagerie est toujours là à deux pas, et, dès qu’on lâche pied, elle recommence”*

Un de nos objectifs est de rendre accessible cette mémoire du passé à des hommes et des femmes qui ont vécu à côte à côte durant trois siècles dans les comptoirs de l’Inde et qui, à présent, se retrouvent dans leur pays d’origine pour les uns, dans un pays qui est à présent le leur par le fait de l’histoire pour d’autres, et dont l’unique point commun incontesté pour tous est la nationalité française. C’est la prise de conscience qu’au delà de toutes les différences, il y a un sentiment profond d’appartenance à des éléments divers qu’il est impossible de classer et qui nous conduisent ou peuvent nous conduire vers des destins diversifiés. Cela ne veut pas dire qu’avant et pendant ces trois siècles, les Français, originaires des comptoirs, n’existaient pas autrement. C’est aussi leur rappeler qu’ils ne sont pas des immigrés ici et maintenant, même s’ils ont l’impression ou la certitude que “l’autre” les perçoit comme tels. Il est vrai que le nationalisme étroit fait des ravages partout et aussi en Europe, que les mots tels que “nation, national, nationalisme” sont gorgés de sous-entendus, exaltants pour les uns, douloureux pour les autres mais rarement innocents. A nous de les exorciser. A nous d’en analyser le contenu. A nous de leur donner un sens viable et de nous y attacher ou de nous en détacher.

Un livre vient de paraître, dont les coordonnées figurent dans la rubrique “Bibliographie en liberté”. C’est une étude approfondie du rôle de l’Etat-nation qui s’est créé après la Révolution française et qui a remplacé l’Etat monarchique. Jusqu’au xviiième siècle, la nation française était une réalité dynastique, territoriale, ethnique et culturelle. L’auteur, Jean-Yves Guiomar, développe une conception originale de la nation sur laquelle il serait peut-être intéressant de s’arrêter.

Régis Debray, dans un ouvrage consacré au Général de Gaulle, rappelle une définition de la nation, conforme à nos aspirations. Elle nous a fait adopter la France définitivement, malgré des périodes sombres, passées ou, peut-être, à venir.

Il ne m’est pas non plus possible de passer sous silence une nouvelle traduction du texte fondateur du sionisme, Der Judenstaat (1886). A chacun d’en tirer ses propres conclusions. Un livre également sur la dérive fasciste des mouvements autonomistes et indépendantistes au xxème siècle, par Francis Arzalier.

Ces ouvrages donneront peut-être quelques réponses aux questions que se posent certains de nos adhérents. Je vous propose également de relever toute une bibliographie sur ces thèmes et d’en faire un jour l’objet d’un débat, si vous le souhaitez.

A la suite de la journée sur la diaspora indienne, organisée par l’Association France-Union Indienne et l’Association des amis de l’Orient, l’un des orateurs, M. Jean Benoist, nous a fait parvenir, pour notre bibliothèque, différents articles dont vous retrouverez plus loin la liste.

M. Jacques Weber a préparé pour nous un compte rendu de son intervention à cette même journée, que nous publierons dans notre numéro 4 (septembre). A sa demande, Melle Françoise Crochard raconte un voyage par les comptoirs. Vous trouverez également un aperçu de l’ouvrage de George Tailleur, Chandernagor ou le lit de Dupleix, envoyé par M. Bertrand.

L’Association France- Union indienne a organisé un débat à l’occasion de la parution en Inde du livre The French in India dont le maître d’oeuvre est Mme Rose Vincent. Cette dernière nous signale la parution d’un roman d’Annie Krieger “consacré au règne d’Aurangzeb et avec une documentation historique remarquable”.

M. Sylvain Leblanc nous a confié un numéro spécial d’ Historama qui comporte un article sur Dupleix. Nous avons également reçu de Pondichéry des opuscules de M. Jaganou Diagou qui figurent dans notre page “Bibliothèque”. M. Dêva Koumarane nous a remis un recueil de poèmes dont l’un est consacré à Pondichéry.

Dans un ouvrage de Me Gnanou Ambroise, j’ai eu la surprise de retrouver la moitié d’une page qui donnait la liste des ouvrages du Dr. Paramananda Mariadassou (p.17). Nous espérons que M. Guy Mazars, spécialiste de la médecine ayurvédique, qui se rend à Pondichéry cet été avec M. Claude Marius, prendra contact avec M. Henri P. Mariadassou pour savoir si ces ouvrages ont été réédités.

Mme Béatrice Pélissier nous communique trois titres acquis par le Centre d’Etudes de l’Inde et de l’Asie du Sud (MSH, 54 bd Raspail, 75006 Paris). Les ouvrages de A. Ramasamy, P. Raja et Saroja Sundarajan, rédigés en anglais, mériteraient d’être traduits en français. Bien que ces livres soient mentionnés dans la bibliographie, vous trouverez en page 17 les intitulés bibliographiques complets, communiqués par Mme Pélissier.

Les pages 36 et 37 reproduisent les deux autres autographes que M. Michel Bedat avait fait parvenir à M. Jacques Weber. Il s’agit de lettres, l’une, d’Antoine de Sartine, datée du 8 septembre 1776, l’autre, du Bailli de Suffren. Le premier des trois documents avait trouvé sa place dans le n°1. de la lettre du C.I.D.I.F.

l’I.N.A.L.C.O. (les Langues-O) est prêt à monter le diaporama prévu.

M. Jean-Paul Valiavittil, responsable de la photothèque (45 32 95 75), a assuré tout le travail préliminaire nécessaire à sa réalisation. Nous n’attendons plus que Mr. Toshak Patel qui effectue actuellement un circuit des monuments architecturaux européens. Lorsqu’il sera là, il nous faudra peut-être à nouveau attendre que l’équipe des services audio-visuels de l’I.N.A.L.C.O soit de nouveau libre. Il serait bon de posséder au moins le matériel nécessaire à la duplication des documents et diapos. Trouverons-nous un mécène ?

J.P.V. me demande de transmettre le message suivant : les documents empruntés seront rendus à leurs propriétaires dans le courant du mois de juin. C’est à la rentrée que vous pourrez lui confier d’autres documents à dupliquer ou à photographier.

Il vous signale également l’existence de l’Institut National de l’Audiovisuel (l’I.N.A.) qui dispose de l’ensemble du fonds documentaire de l’ancien O.R.T.F. et des chaines de télévisions publiques actuelles. Ces documents comprennent des séquences sur les comptoirs français et pourront éventuellement être exploités dans le cadre des activités culturelles du CIDIF sous certaines conditions : présentation d’un projet précis, activités à but non lucratifs etc.

M. Bernard Mély nous transmet les coordonnées de l’A.F.R.A.S.E. que vous trouverez dans nos adresses. Cette association a été créée par des chercheurs désireux de réunir ceux qui travaillent sur l’Asie du Sud-Est. Elle « a pour but justement de réunir ceux qui travaillent sur cette région et de permettre ainsi l’échange d’idées” et faire le bilan de “l’état des travaux réalisés en France et à l’étranger. Cette liaison se fait notamment par le biais d’une lettre mensuelle : “La Lettre de l’AFRASE” ». Notre souhait de procéder de la même manière pour tout ce qui concerne l’Inde francophone devrait décider plus largement les chercheurs à nous aider également.

M. Charles H. de Brantes rappelle les raisons multiples, en dehors de celles dictées par la sensibilité ou la passion, qui devraient nous pousser à préserver l’acquis culturel des comptoirs.

Tout d’abord, le patrimoine architectural fait de Pondichéry une ville du xviiième siècle. Une parenthèse est ici nécessaire car, à la suite de la causerie restreinte de Mr. Toshak Patel, nous avons appris qu’une bonne partie de la ville indienne existait déjà avant l’arrivée des Français, avec des voies tracées à angle droit. Cette causerie lui a permis d’établir les grandes lignes du montage audiovisuel prévu.

Ensuite, ajoute M. de Brantes, Pondichéry semble imprégné d’un courant mystique, poétique et exceptionnel, qui la désigne comme un lieu de convergence privilégié pour différentes religions sans oublier l’ashram de Sri Aurobindo et Auroville. Comment oublier le Père Monchanin et le Père Lesault ? Ne devrions-nous pas demander à ce dernier de venir nous parler de leur expérience monachique en Inde depuis presque 50 ans ?

C’est à Pondichéry encore que se sont réfugiés des patriotes indiens, poursuivis par les Britanniques. Sri Aurobindo en était un.

Par ailleurs, l’Institut français a permis de découvrir les trésors de l’indologie avec MM. Filliozat, père et fils et de nombreux auteurs français qui ont produit depuis la fin de la dernière guerre mondiale des ouvrages qui demeurent des textes de référence.

L’ouverture et l’extension de l’université devraient permettre également un développement de cette ville, et au delà, de tous les comptoirs qui demeureront un lieu de visite pour des touristes mais aussi pour des Pondichériens, désireux de renouer avec leur passé.

M. de Brantes espère également que Pondichéry sera bientôt doté d’un aéroport.

Mme Georgette David rappelle que le courant mystique et intellectuel de la région de Pondichéry existait bien avant l’arrivée des Français.

Vous connaissez tous la thèse de M. Jacques Weber**

 qui en a tiré un ouvrage de cinq cents pages destiné à une plus grande diffusion. L’éditeur, Desjonquières, n’a pu obtenir du CNRS une participation au financement de cette publication. Un morceau d’histoire de France ne mérite-t-il pas un petit effort ? Jusqu’à présent mal connu, il permettrait à des hommes et des femmes, poussés sur le sol de l’Hexagone un peu malgré eux au moment du rattachement des comptoirs à l’Inde, de mieux comprendre les raisons historiques de leur présence en France. A qui s’adresser pour faire avancer cette publication ?

 

La feuille décrivant nos objectifs sera régulièrement renouvelée (voir p.39). Pensez à la distribuer autour de vous ou à l’utiliser personnellement si vous n’avez pas encore adhéré.

Jacqueline Lernie-Bouchet                   

 



* Cette phrase avait attiré l’attention de George Eliot (1819-1860), écrivain philosophe de l’époque victorienne, qui l’a notée sur un de ses carnets qui sont à présent publiés.

** Les Etablissements français en Inde au xixème siècle (1816-1914). Ed. : Librairie de l’Inde, Paris 1988.