Blue Flower


Chers adhérents et amis,

Vous avez été nombreux à vous joindre au C.I.D.I.F., et ce n’est qu’un commencement. Nos objectifs sont ambitieux, certes. L’ambition qui consiste à susciter des initiatives par le biais de l’émulation et de l’information, cette ambition est réalisable et peut porter ses fruits.

Dans la lettre n°1, je soulignais que les initiatives étaient non seulement les bienvenues mais souhaitées, chacun de nous, dans son domaine et selon ses possibilités, pouvant s’employer à faire connaître le C.I.D.I.F., aussi bien auprès des médias qu’auprès de relations ou de personnes proches des organismes officiels. C’est avec intérêt que nous attendons vos critiques constructives. Nous comptons sur tous.

Même si nous ne sommes plus tout à fait au stade du noyau de cerise planté par le vieillard de la fable nous devons nous souvenir que ce dernier n’accomplissait pas ce geste pour lui. Il faut beaucoup d’abnégation et peut-être un peu d’inconscience ou d’innocence pour entreprendre une oeuvre qui semble utopique et dont on sait qu’on ne verra peut-être pas la réalisation. Nous nous contenterons seulement de poser une pierre au dessus de l’autre sans vouloir brûler les étapes. C’est ainsi que nous avons commencé par ce qui est à notre portée.

Toute action, modeste ou ambitieuse, commence la plupart du temps par une initiative individuelle, souvent mal perçue et peut-être même dénigrée. Qu’importe ! Il n’est pas nécessaire de réussir pour entreprendre. Il est cependant rare d’entreprendre sans une lueur d’espoir.

La constitution d’un fonds de documentation ayant trait à la francophonie en rapport avec l’Inde, la centralisation de ce fonds sous la forme d’une synthèse dans le cadre d’un bulletin que nous espérons (j’avais bien écrit “que nous espérons”) trimestriel, tout cela dépend de tous les adhérents, des informations, et des articles à publier que je recevrai.

Il est frappant de constater que des documents de valeur ont été écrits ou sont en cours d’achèvement. Il est aussi frappant de découvrir qu’ils sont éparpillés dans les revues prestigieuses les plus diverses. Que ces revues poursuivent la publication de ces documents pour notre plus grand intérêt ! Mais où allons nous trouver ne serait-ce que l’information qu’ils existent ? Sont-ils condamnés à n’être lus que par quelques privilégiés ? Claude Marius nous donne, par exemple, en page 22, un compte-rendu d’une table ronde qui s’est tenue, il y a quelques jours, à l’occasion de la sortie d’un numéro de la revue Tiers Monde, consacré à l’Inde. Vous trouverez également un exemple de ce foisonnement en page 30.

En admettant que nous puissions rassembler tous ces documents, le local qui nous permettrait de les réunir matériellement en France est toujours à trouver. Nous savons que cela ne sera pas facile. Mais le découragement n’est pas une solution d’autant plus qu’aucune démarche officielle n’a encore été véritablement entreprise, faute de temps pour la poignée de responsables. Y aura-t-il quelque part une bonne fée qui se penchera sur le berceau du C.I.D.I.F ?

La bibliothèque peut apparaître comme une utopie. Mais cela n’est pas certain car un “sponsor” peut très bien être trouvé. Aucune hypothèse n’est à rejeter. Le fait même de recenser tous les ouvrages et documents, relatifs aux trois siècles d’histoire commune entre la France et l’Inde constitue déjà un embryon de bibliothèque spécialisée. En cela, nous sommes bien placés puisque M. Jacques Weber est notre secrétaire général.

La banque de données n’est pas une utopie. Elle est réalisable avec un micro ordinateur. Elle sera mise en place très rapidement puisque les ouvrages répertoriés dans le cadre de la lettre du C.I.D.I.F. sont déjà et seront au fur et à mesure enregistrés sur micro ordinateur.

Les recherches en vue de l’obtention de ces ouvrages ne dépendent que de nous tous. Je ne vois plus les bouquinistes du même œil. Ma quête est à présent systématique. C’est ainsi que nous avons trouvé à la librairie Gibert, dans un tas de livres, pêle-mêle, un ouvrage épuisé que j’aurais certes accepté de payer cher car il s’agit de Sites urbains et sites funéraires des environs de Pondichéry, par Jean-Marie et Geneviève Casal (P.U.F. 1956). En lisant l’introduction, j’ai découvert des noms de personnes qui demeurent peut-être toujours à Pondichéry et qui ont participé aux travaux exécutés sur le site de Virampatnam, Arikemedu et Souttoukeny en 1947-1948 par la Mission archéologique. Ce sont MM. Pierre Antoine et Antoine Gnanadicon. Pour ceux qui résident à Pondichéry, il devrait être aisé de les interviewer, eux ou leurs proches, et de leur demander de nous faire part de leurs souvenirs.

Il n’en serait peut-être pas de même, en France, si nous cherchions à retrouver la trace de M. et Mme Casal, cependant mentionnés par les différents conférenciers qui ont participé aux journées organisées lors de l’exposition, au musée Guimet, sur “les cités oubliées de l’Indus”, ou celle de MM. Marc Le Berre et A. Hilmi qui étaient membres de la Délégation Archéologique Française en Afghanistan. Avoir le temps de partir à leur recherche ! Avoir le temps d’aller interroger les bibliothèques pour savoir déjà si d’autres documents existent !

Trouverons-nous un jeune chercheur pondichérien (dans son sens le plus large) curieux de faire connaître plus en détail les origines de la vieille Podoukê ? Elle fait partie de notre patrimoine culturel et témoigne d’un passé d’ouverture vers la jeune Europe dignement représentée par la civilisation romaine. D’autres s’accrocheraient à des vestiges moins tangibles.

Il y aurait également un travail de recherche à effectuer dans les documents de “l’Archaeological Survey of India”. Parviendrons-nous à susciter des vocations pour entreprendre toutes ces recherches ou suffisamment d’intérêt pour que des personnes qui ont des connaissances ou des documents en leur possession nous en informent ?

Grâce aux prêts de M. et Mme Ménard, de M. André Franz et de plusieurs membres (Mme Carole Lefaucheur, M. Claude Sandjivy, M. Claude Marius, Melle Catherine Bouchet, M. Jean-Paul Valiavittil), nous avons, depuis 1986, réuni photos et diapos qui ont été en partie reproduites et dupliquées à l’I.N.A.L.C.O dans la perspective d’un montage audio-visuel qui doit se matérialiser par des modules de treize minutes, chacun d’entre eux étant consacré à un thème précis.

Faute de moyens, de temps et de mise en place d’une organisation tenant compte de nos vies professionnelles, les modules prévus sont toujours en attente. Les synopsis ne sont toujours pas réalisés.

l’INALCO (l’Institut national des langues et civilisations orientales) est cependant toujours décidé à assurer la production d’un montage audio-visuel même si la conception du synopsis n’est pas l’œuvre de l’équipe prévue. Sous la condition que l’Institut bénéficiera, comme prévu avec nous, d’une copie de la production, le Directeur du service audio-visuel de l’INALCO nous a donné son accord pour permettre à Mr. Toshak Patel, membre de l’INTACH, de réaliser un premier module. Nous vous l’avions annoncé dans notre lettre n°1. Il nous arrive tout droit de Pondichéry avec, sous le bras, une thèse qui ressemble à celle de M. Claude Sandjivy. A bien y regarder, ces deux thèses qui peuvent être consultées au siège du C.I.D.I.F., sont complémentaires. Mr. Toshak Patel est plus particulièrement intéressé par la restauration du vieux Pondichéry, objectif cher à nos cœurs et qui se trouve être partagé par les Indiens, sur place. Il est également concerné, avec toute l’équipe du Town planning de Pondichéry, par l’aménagement d’un Pondy qui risque autrement de croître d’une manière anarchique.

L’Histoire demeure tout de même chez Mr. Toshak Patel un sujet qu’il possède bien. Dans la mesure où il veut faire passer son message à travers ce diaporama, il va réduire la partie historique, laissant à M. Claude Sandjivy le soin de réaliser un module plus particulièrement consacré à l’Histoire de l’architecture du Pondichéry du xviiième siècle.

Mr. Toshak Patel va présenter dans le détail tout ce qui mérite d’être restauré à Pondichéry, les maisons françaises comme celles, caractéristiques du Sud de l’Inde. Le module vidéo de Mr. Toshak Patel, ainsi produit par l’I.N.A.L.C.O. pourrait l’être en français et en anglais. M. Jean-Paul Valiavittil qui est responsable de l’opération pour le C.I.D.I.F. est chargé de traduire le script en français. La date d’avril 1990 a été avancée. Nantis d’un tel viatique, il sera plus aisé de faire comprendre autour de nous l’intérêt de la restauration de ces maisons de Pondichéry. “Patience et longueur de temps…”

La forme de ce qui restera à produire sous forme de diaporama et de vidéo dépendra alors de ce qui sera fait par Mr. Toshak Patel puisque nous donnons la priorité à son projet qui est prêt et débouche sur une action concrète, menée par l’INTACH. Elle dépendra aussi des disponibilités de l’Equipe du service audio-visuel de l’INALCO.

M. Charles Hubert de Brantes nous écrivait “Enfin l’aboutissement d’une tendance que j’espérais depuis longtemps”. D’autres que lui (et que nous) souhaitent aussi “la restauration des maisons privées françaises de Pondichéry et de Chandernagor”. Tant mieux. Mr. Toshak Patel nous a également appris que la maison de Dupleix ou un bâtiment lui ayant appartenu avait été restauré à Chandernagor grâce à des dons effectués par une personnalité privée française.

Par ailleurs, même si notre travail n’est pas transformé rapidement en un (ou des) module (s) vidéo, nos diapos ne sont pas perdues puisque nous souhaitons constituer une photothèque en vue de sauvegarder un patrimoine. Tout ce qui peut être fait avant les vacances d’été 1990 consistera à terminer la reproduction des documents qui nous ont été confiés et de les rendre à leurs propriétaires. Nous vous demanderons alors de bien vouloir nous confier d’autres documents en votre possession (gravures, vieilles cartes postales etc..), le temps (plus ou moins long – n’oubliez pas que nous sommes tous des bénévoles) de les photographier sous forme de diapos. Ils vous seront bien entendu restitués.

Quoiqu’il en soit, le C.I.D.I.F ne pourra vivre que si vous y participez activement et si vous y croyez. C’est un bénévolat dont l’objectif principal est de sauver de l’oubli un passé qui nous est propre et qui intéresse des hommes et des femmes qui ne sont pas forcément liés par la famille, la race, la caste, la religion, la langue ou la nationalité. C’est d’ailleurs une des caractéristiques, qui a poussé un chercheur américain, Mr. William J.S. Miles, à s’y consacrer.

Mr. William J. S. Miles nous a fait part de la naissance d’un petit garçon. Toute la famille se trouve actuellement en Martinique mais nous n’avons pas leurs coordonnées pour les féliciter directement.

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès de deux de nos membres.

Madame Anna Legay était la mère d’Anne-Marie Legay. Le chagrin est encore trop proche pour que nous puissions en parler raisonnablement. Avec elle disparaît une grande dame créole qui connaissait très bien Pondichéry et son histoire. Nous espérons bien que sa famille réunira tous les documents susceptibles de nous intéresser.

Quant à M. Henry Sandjivy, père de Claude notre architecte et de Luc qui lui a consacré un poème (pp.20 et 21), il faisait partie de cette génération de Pondichériens qu’on ne peut autrement désigner que sous le terme de pionnier. Ils se comptent sur les doigts de la main. Ils sont venus en France à la fin de la guerre, directement d’Indochine où leurs parents se trouvaient établis ou retenus à cause de la guerre. Ils s’y sont mariés, y ont fait souche, non sans difficultés. Ils étaient de citoyenneté et de culture françaises, attirés par trois mots simples qui pourtant sont toujours porteurs d’espérance : liberté, égalité, fraternité.

M. Emile Divien, père de Emmanuel Divien qui est le co-auteur d’une bibliographie des Français dans l’Inde (voir la lettre n°1), est également décédé, à l’âge de 92 ans, à Madras où il a toute sa vie œuvré pour la francophonie. Il était l’un des fondateurs et le premier président de l’Alliance Française de Madras.

Avec une introduction de M. Annoussamy David, j’ai eu l’occasion de rencontrer le Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences d’Outre-mer (rue Lapérouse), auquel j’ai remis la lettre n°1. Cette académie comporte une bibliothèque intéressante.

La page de garde de ce numéro comporte l’une des deux gravures tirées de la page 4 d’une revue du Monde illustré. La seconde ainsi que le texte qui les accompagne sont en pages 14 et 15. Nos remerciements à Martine Van Woerkens.

Nous remercions également M. Michel Bédat qui nous a fait parvenir par l’intermédiaire de M. Jacques Weber la photocopie d’une lettre manuscrite de Lally fils (p. 25).

Merci aux amis de M. Weber qui ont trouvé des bandes dessinées ayant trait aux Comptoirs. La première planche (p.26) est une page de Zig et Puce. Les deux suivantes (pp. 27 et 28) sont dessinées par Robert Rigot et tirées de la revue Ames vaillantes (1953). La quatrième (p.29) est extraite de La Famille Fenouillard par Christophe (1883-1893) : “les Fenouillard sont à Pondichéry”.

La feuille décrivant nos objectifs est renouvelée en annexe 1. Pensez à la distribuer autour de vous ou à l’utiliser personnellement si vous n’avez pas encore adhéré. Notre première assemblée générale aura lieu le 5 mars. Une convocation a dû parvenir à nos adhérents.

J.L.B.