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(Lettre du CIDIF n° 38 novembre 2008-  page 3)

 
  

 

Le 24 août 1988 naissait notre association et vous n’imaginez pas, chers adhérents et amis, le bonheur que j’ai eu, tout au long de ces vingt années, à venir vous présenter le résultat de toutes nos recherches, partager avec vous la richesse des documents que nous avons collationnés, et publier des textes que nous avons reçus, œuvres  de jeunes universitaires, pour la plupart. Cette diversité se manifeste encore cette fois-ci.

J’ai été particulièrement sensible aux lettres de Ramesh, un ami indien aussi totalement indien que français, dont le pays d’habitation et d’élection était la France. De l’Inde, où il se rendait chaque année avant de s’y fixer au moment de la retraite, il adressait à ses amis demeurés en France une correspondance vivante et percutante que certains d’entre eux ont conservée. Ramesh est certainement l’un des parfaits représentants de l’Inde francophone : totalement indien, il portait sur son propre pays un regard d’amour profond avec un esprit critique exigeant.

On ne conserve pas toujours des lettres qui s’ajoutent à une quantité de papiers déjà importante que nous avons à trier chaque jour et dont nous nous séparons souvent avec regret, faute de classement organisé. Et puis, on ne pense pas à la disparition, à la mort qui nous sépare de tous ceux que nous avons appréciés et aimés. Nous remercions tout particulièrement les destinataires qui nous ont transmis cette partie du  courrier de notre ami Ramesh.

Nous retrouvons dans ce numéro la chronique indienne que M. David Annoussamy reprend chaque année avec sa méthode originale qui consiste à décrire d’une part les événements politiques et même politiciens d’une année de l’Inde  et de reprendre pour la même période les décisions fortes de la Cour Suprême comme indicateurs des changements de la société indienne. Le même auteur nous initie par ailleurs à l’histoire de la littérature populaire tamoule si riche et toujours vivante et marque son évolution, depuis la généralisation de l’impression et de la lecture, vers un rapprochement avec la littérature savante.

Les travaux universitaires présentés témoignent de la variété et de la qualité des recherches que nous fait régulièrement parvenir Jacques Weber. Une présentation d’Auroville par Juliette Delqueux constitue sans doute un des premiers essais d’étude sur le projet lancé, il y a maintenant plus de 40 ans, d’une communauté utopique, mais ouverte, et toujours vivante avec ses difficultés et ses succès.

Michèle Marimoutou Oberlé, qui a déjà publié un essai sur Les engagés du sucre, a produit un travail de recherche sur l’engagisme et le contrôle sanitaire dans les lazarets de quarantaine dans les îles du Sud-ouest de l’Océan indien. Le compte rendu de Jacques Weber en fait ressortir le sérieux et l’intérêt.

Magali Grolleau poursuit ses recherches sur la politique arabo-musulmane du Pandit Nehru (1947-1962) par une étude  sur l’Inde et la crise du Moyen-Orient (1966-1969). De son côté, Raphaël Malangin, en rappelant le développement du quartier portuaire de Pondichéry dans ses « incertitudes » historiques, lance un appel pour que l’historicité du quartier  soit reconnue par les acteurs de l’urbanisme actuel de façon que toute innovation se fasse en connaissance de cause. Il y a là un travail de longue haleine qui n’est pas gagné d’avance.

Enfin, l’histoire de l’Alliance française de New Delhi que nous présente Rachel Échappé nous apporte des vues intéressantes sur un aspect des relations culturelles franco-indiennes. Il est à la fois surprenant et important  d’avoir à tenir compte du sentiment  souvent soupçonneux des Indiens à l’égard d’une présentation culturelle occidentale qui risque d’être quelquefois ressentie comme une attitude « néocoloniale ». Les Alliances françaises, en tant qu’association de droit local, constituent des lieux où ces attitudes peuvent être observées, mais aussi où les comportements de chacun des acteurs permet de faciliter les relations.

J.B.P. More a retrouvé au VietNam des documents d’archives concernant son grand-père qui, à la fin du XIXe siècle, avait créé une compagnie de navigation à vapeur en Indochine.  C’est un bel exemple de l’esprit d’entreprise indien tellement répandu dans le monde aujourd’hui et dont faisait déjà preuve un Pondichérien dans les années 1890.

Les livres d’auteurs indiens contemporains sont toujours nombreux et de qualité. Raj Kamal Jha, dans son Et les morts nous abandonnent nous conduit dans un voyage initiatique à la suite des attentats de 2002 au Gujerat avec une utilisation sans doute inédite en littérature des nouvelles techniques de communication des internautes. Noëlle Deler nous rend compte de ce récit bouleversant et terrible. Le livre de Mira Kamdar, Planet India, a eu, lui aussi, une audience internationale et le compte rendu qui en est donné ici incitera à la lecture ceux qui ne le connaissent pas encore. Les événements tragiques qui se déroulent à Mumbay au moment où ce numéro est prêt à sortir donnent une actualité particulière au livre que vient de publier Alain Lamballe, Insurrections et terrorisme en Asie du Sud.

 La revue de presse sera brève, cette fois. En effet, la plupart de nos adhérents qui nous ont communiqué leurs adresses électroniques reçoivent maintenant quotidiennement des extraits de divers journaux, quelques fois pittoresques, souvent très sérieux et, malheureusement, ces derniers jours, dramatiques. Notre attention a été retenue par une publication sur le microcrédit parue dans une revue de chercheurs. Il s’agit d’un article un peu iconoclaste, mais qui pose de bonnes questions. Pour ces raisons, nous l’avons reproduit ici.

Enfin, la section “Documents“ essaie de sauver de l’oubli des  textes anciens. Un article paru dans Le Semeur en 1952 nous permet de relever la pertinence et la capacité d’analyse d’un Pondichérien alors jeune étudiant en France. À 56 ans de distance, il est difficile d’y trouver une erreur d’appréciation.

 

Avant de vous laisser à la lecture de cette Lettre, j’aimerais vous faire part du projet de filière scientifique d'excellence du Lycée français de Pondichéry dont l’avancement tient son calendrier puisque le première promotion sera lancée à la rentrée de juillet 2009. La responsable du projet sur place, nommée par l’Agence française de l’enseignement du français à l’étranger (AEFE) a déployé une activité intense de promotion auprès des meilleurs établissements secondaires indiens et à travers les médias (journaux et télévision). L’information sur la sélection a été diffusée depuis le mois de septembre et la sélection devrait avoir lieu dans les deux premiers mois de l’année 2009. Cette action est très liée à une recherche de mécénat pour pouvoir proposer des bourses, recherche d’autant plus délicate que la crise économique internationale ne facilite pas l’opération. On peut cependant espérer un démarrage dans des conditions favorables d’autant plus que l’un des plus prestigieux des établissements français, le Lycée Louis-le-Grand, s’est associé au projet. Il s’agit là d’un appui considérable ; une réunion récente à Paris a permis d’entrevoir des collaborations avec de jeunes doctorants. Le Lycée français de Pondichéry manifeste une forte motivation pour participer à cette fenêtre ouverte sur la France, comme l’avait souhaité en son temps le pandit Nehru et qui, par l’évolution des choses, sera ouvert esur l’Europe.

 Dans ce contexte, les résultats du baccalauréat de cette année ont apporté au Lycée de Pondichéry son meilleur label de qualité puisqu’il y a eu100% de reçus dans les série scientifique (S) et économique et sociale avec de nombreuses mentions : une mention Très Bien, et une mention Bien dans chacune des séries, 12 mentions  AB en (S) et 3 mentions AB en (ES), ; ainsi,  sur 21 reçus, 67% des candidats l’ont été avec mention. Pour la série STG-CFE 90% des candidats ont été reçus au baccalauréat (18 candidats reçus sur 20 inscrits) avec 3 mentions Bien et 6 mentions Assez Bien

Enfin, c’est un refrain que je reprends souvent ici, il faut songer à une relève aussi bien dans le fonctionnement de notre association que dans la confection de cette Lettre. Mes appels n’ont pas jusqu’à ce jour reçu de retour. Je ne désespère pas de trouver une solution avant notre prochaine assemblée générale. En ce qui concerne la Lettre du CIDIF, il faut peut-être envisager une solution plus tournée vers les techniques modernes du site électronique. Là aussi, une réflexion est en cours.

En espérant que pour cette vingtième année, amis fidèles, vous allez encore trouver ici des éléments nouveaux pour notre connaissance des liens qui unissent l’Inde et la France, je vous souhaite de bonnes fêtes et une année nouvelle moins éprouvante que celle que nous terminons.

 

 

                                                                   Jacqueline Lernie Bouchet