Blue Flower

(Lettre du CIDIF n° 38 novembre 2008-  page 73)

 

Les Lettres de Ramesh

UNE PASSION DE L’INDE

 

Ramesh est un ami très cher qui nous a quitté cette année. Né dans une famille de Gujératis installée en France, il a fait toutes ses études dans notre pays sans cesser d’être totalement indien et “naturellementt“ de religion jaïn qu’il qualifiait comme un mélange de protestantisme et de jansénisme. C’était cependant un homme délicieux, heureux dans les discussions passionnées sur tous les sujets et surtout sur les problèmes qui agitent l’humanité. Intensément français par sa culture et ses amitiés, il était totalement indien dans toutes ses fibres. Il avait cependant été fortement déçu au moment de l’indépendance indienne de n’avoir pu se mettre au service de son pays, car on lui avait fait valoir que ses diplômes ne pouvaient être reconnus dans le nouvel Etat. Il est donc resté en France où il reprit l’affaire familiale. Mais il n’est jamais resté éloigné de son pays : à l’âge de 7 ans, il assistait au départ de la marche du sel de Gandhi, et, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il a pratiquement fait un voyage dans “son“ pays chaque année, avant de s’y installer au moment de la retraite. Et une fois à la retraite, il n’a pas passé une année sans revenir dans “son“ autre pays, la France, où il retrouvait avec plaisir ses amis qu’il avait nombreux. C’est avec eux qu’il échangeait des lettres où il ouvrait son cœur sur “son“ Inde pour laquelle il avait l’indulgence de l’amour et puis, peu à peu, la critique chagrine. Il gardait cependant son sens de l’humour ; sa description des inconvénients dûs à des erreurs de construction dans son appartement de Bombay sont pittoresques, mais ont une valeur symbolique pour la situation même de l’Inde. Ce qui le navrait le plus, c’était le manque d’intérêt manifesté par son entourage pour entrer en discussion sur les problèmes de la région et notamment sur les émeutes et les massacres du Gujerat. Comme il dit quelque part : il est irritant de ne pas trouver de réponse à des questions que personne ne se pose jamais. Pour lui, l’Inde aura été une passion dans toue l’acception du terme.

Nous remercions vivement les amis de Ramesh qui nous permettent de le lire et d’entendre encore sa voix.

 

 

 


Bombay, ce 24 décembre 1984

Très chers amis,

Nous avons retrouvé, il y a 4 semaines, une Inde calme, administrée, gouvernée, se préparant en bon ordre aux élections d’aujourd’hui, qui sans doute ramèneront Rajiv Gandhi comme successeur incontesté d’Indira.

Sans doute les problèmes demeurent, ceux du quotidien et ceux, plus graves, qui pourraient mettre en danger l’unité et l’intégrité même de la nation. Mais le temps coule ici autrement qu’ailleurs, il faut apprendre à vivre avec le provisoire avec les difficultés et les incertitudes et malgré tout l’Inde poursuit son chemin, continue à développer son économie. L’Inde survit et survivra par ses qualités propres évidemment, mais peut-être aussi par ce qui nous semblerait ses handicaps, son immensité, sa masse qui amortit les chocs, sa force d’inertie, ses divisions même qui parfois s’équilibrent. Les différents Etats sont devenus bon gré mal gré solidaires ; les Indiens, malgré tous les extrémismes, se savent bien condamnés à vivre ensemble. La presse est libre, l’armée reste pour le moment au-dessus de tout soupçon, la démocratie subsiste, pour l’affermir encore plus laissons sa chance, o paradoxe ! au dernier de la dynastie Nehru. Après tout, même en Europe, n’avait-il pas fallu un général charismatique ou un roi héritier d’une dictature pour sauver la liberté ?

Mais oublions tout cela. L’hiver à Bombay a la langueur d’un chaud juin ensoleillé en Ile-de-France ; la brise du large vient doucement faire frissonner les verts feuillages et nos rideaux sur la hauteur dominant la baie où je réside. Mais c’est aussi la saison des mariages et, les premières semaines, nous sommes allés de visites en réceptions et de cérémonies en célébrations, ronde contraignante et lassante. Mais nous sommes plus libres maintenant ; nous partirons le 12 janvier pour un circuit touristique au Rajasthan, reviendrons le 28 pour rentrer à Paris le 11 février.

Sarala se joint à moi pour vous souhaiter une calme, prospère et heureuse année 1985 et succès pour Eric et Gilles.

Ramesh

 

Bombay ce 4 janvier 1986

Mon cher Jean, Ma chère Edith,

Après le retour de Sheila à Baltimore, à quelques jours de notre départ par avion vers Madras pour un circuit touristique dans le sud de l’Inde, il serait quand même temps de vous souhaiter ainsi qu’à ceux qui vous sont chers, malgré les crises, les guerres, les terrorismes de tout bord et le désordre des esprits, une bonne, heureuse et prospère année 1986. Bien que n’ayant en théorie pas grand chose à faire, je me sens débordé et bousculé, avec en plus le sentiment de toujours avancer sans pour autant rien terminer.

Mais cela n’enlèvera rien à la joie d’accueillir fin novembre ou plutôt d’arracher en pleine nuit après 2 ou 3 heures d’attente et d’incertitude, Nikhil, Sheila et Sohini à la cohue indescriptible et au désordre organisé qui président parfois à l’arrivée des passagers quand plusieurs gros avions ont la malchance d’atterrir en même temps, ceux en provenance des Emirats du Golfe Persique amenant les modernes trésors d’Ali Baba fort suspects aux yeux de nos Cerbères, et bloquant tout le reste. Le lent passage à travers le filtre de la police et de la douane peut être un véritable calvaire pour ces voyageurs abrutis par 24 heures d’avion et 11 heures de décalage horaire (avec les USA), empêtrés dans leurs bagages et leurs enfants endormis, poussant à pas de tortue leurs lourdes valises en d’interminables labyrinthes vers d’impavides et distants douaniers. Les miracles sont parfois possibles, car Sarala et moi-même eûmes la chance de sortir en moins de quarante minutes.

Après 5 à 6 jours avec eux à Bombay, nous avons gardé Sohini pendant leur rapide circuit dans le Rajasthan, puis nous les avons rejoints à Ahmedabad, où nous venons de passer une douzaine de jours, heureux d’être tous réunis dans la famille de Nikhil et celle de Sarala. Ce fut pour nous, tantôt ensemble, tantôt séparés, une ronde incessante de brunchs, de lunchs, de thés et de dîners sans parler des visites surprises et des retrouvailles imprévues. Malgré le bonheur de revoir frère, sœurs, parents, cousins et amis, on se sent un peu las à la fin. Mais la fête est maintenant terminée, ils ont repris l’avion dans la nuit du 26 décembre et nous ont confirmé par téléphone leur retour sans encombre.

Mais j’en arrive, comme le président Reagan, à mon “message sur l’état de l’Union“ : au bout d’un an, nous avons retrouvé notre pays relativement plus uni, plus fort et plus prospère, dans une assez large mesure les fruits ont tenu les promesses des fleurs, et si, après les élections de déc. 1984, le temps des triomphes est bel et bien terminé, du moins Rajiv a la situation tout à fait en main et, mettant le plus souvent les intérêts supérieurs de l’Inde au-dessus de ceux de son parti (qui le lui reproche parfois), semble résoudre les problèmes les plus intraitables comme ceux du Pendjab (les Sikhs) ou de l’Assam, essaie de desserrer le carcan administratif qui, jusqu’à ces derniers temps, gênait l’essor économique sans pour autant empêcher les abus, diminue le taux des impôts pour en augmenter le rendement de façon spectaculaire, attire par des concessions fiscales ou la simplification des procédures les capitaux des Indiens de l’étranger, bref assure la continuité en prenant parfois le contre-pied de la politique d’antan. Il est vrai que certaines mesures, même envisagées par Indira, ne pouvaient venir qu’à leurs heures et qu’il a fallu le choc de l’assassinat et le charisme vierge d’un chef nouveau pour qu’elles soient acceptées de part et d’autre.

Au niveau local cependant, malgré d’indéniables progrès, les frustrations demeurent pour un esprit un tant soit peu cartésien qui n’a pas encore maîtrisé l’art de vivre sereinement et de travailler efficacement (mais oui !) dans le désordre, la contradiction, l’illogisme et le laisser-aller.

A Ahmedabad, forteresse du nationalisme, siège de l’Ashram d’où le Mahatma lança sa fameuse marche du sel en 1930 et bien d’autres campagnes, la vieille ville, où se dressent encore nos demeures ancestrales plus ou moins branlantes, n’est souvent qu’un amas de taudis, fort pittoresques d’ailleurs pour ceux qui n’y habitent pas ; à la périphérie, la ville moderne se développe sans plan d’ensemble apparent, certains quartiers préfigurent déjà les taudis de demain ; son artère principale et commerçante est devenue par la force des choses et le manque de prévision une sorte de large boulevard périphérique difficile à traverser pour les piétons, où les camions et les essaims de tricycles (les taxis de la ville) vous polluent et vous agressent autant par leurs fumées nauséabondes que par le bruit de leurs moteurs mal réglés.

Mais je dois arrêter ce discours que le distingué PDG et homme d’affaires n’aura peut-être pas le temps de lire jusqu’au bout (Edith sera plus indulgente, je l’espère).

Nous partons donc le 16 janvier pour rentrer le 22, et notre retour à Paris reste fixé au 10 février.

Sarala et Ramesh

 

***

           

Bombay 3 janvier 1988

Chère Edith et cher Jean,

L’hiver indien ni la douceur de vivre ne sont au rendez-vous cette année à Bombay et la brise marine ne rafraîchit guère cet automne qui n’en finit pas, encore lourd des moiteurs d’un été où la mousson fut défaillante … ni la détente des vacances et la tranquillité d’esprit, car les retards et les négligences du syndicat des copropriétaires ont permis aux infiltrations de l’extérieur de transformer l’appartement en taudis 5 étoiles habitable, sans doute, mais dont les murs lépreux nécessiteront de rudes et coûteux travaux lors de nos prochains séjours. Et pour comble de (petit) malheur, une crise de sciatique, la première de ma vie, me gêne et me retient plus ou moins au lit depuis dix jours, m’empêchant de vous écrire plus tôt.

Ce ne sont pourtant là que plaintes futiles d’un privilégié si l’on songe aux ravages de la sécheresse dans certaines régions, où l’eau qui y manque déjà pour les hommes et les animaux, et qui sera encore plus rare pour affronter dans quelques mois les chaleurs torrides d’avril mai. À Ahmedabad, métropole d’une province touchée, où nous avons passé quelques jours au berceau de notre famille, des pelouses et des jardins en friche, un désert de sable là où coulait le fleuve, vont porter au citadin même fortuné et indifférent le message d’une nature en colère.

Et si les saisons sont cruelles aux peines et aux travaux des hommes, que dire des princes, ou plutôt des rajahs et des émirs qui nous gouvernent ? À l’enthousiasme de décembre 1984 pour un Rajiv vierge, charismatique et triomphant, succéda un an plus tard l’espoir raisonnable et la confiance raisonnée en un chef courageux qui saurait surmonter nos difficultés. Aujourd’hui, on peut se demander, avec une tristesse à la mesure de nos déceptions, si notre premier ministre, encore irremplaçable certes, n’est pas après tout qu’un politicien comme un autre, parfois querelleur et inconséquent, sans l’idéalisme de Nehru ou la froide résolution d’Indira, dépassé par sa tâche et compensant par un autoritarisme d’enfant gâté et mal élevé une autorité morale qui lui échappe. Avait-il l’étoffe d’un grand homme d’Etat ? En tout cas la pesante bureaucratie indienne, la lourde machinerie du parti du Congrès, qu’il ne pût dominer qu’un moment, la médiocrité actuelle de son entourage et ses propres faiblesses auront fini par avoir raison de ses nobles ambitions.

Du moins au cours des dernières années, l’économie est-elle devenue assez forte, le pays assez développé dans son ensemble, pour que, malgré une grave calamité naturelle, il ne soit plus question de disette ou de sérieuses restrictions alimentaires. Car comme “la mer toujours recommencée“ l’Inde continue et assurément progresse, alors qu’elle peut sembler “immobile à grands pas“. Mais il me faut la prendre telle qu’elle est, telle qu’elle ne peut encore changer, tour à tour mère aimante et marâtre hystérique, capable de tolérances angéliques et de déchirements sanglants, puzzle toujours debout et jamais achevé, tissu serré d’illogismes et de paradoxes où le Moyen Age côtoie le 21e siècle, lieu géométrique de tensions contradictoires qui l’empêchent de se défaire ; il faut aussi participer au cynisme ambiant et inconscient, supporter un certain degré de corruption comme un mal chronique et très lentement guérissable, comme un antidote occasionnel et dangereux à des lois et réglementations parfois dépassées, absurdes ou simplement ubuesques, dictées par une démagogie soi-disant populiste qui souvent gêne les riches sans jamais profiter aux pauvres, et qu’on ose modifier par inertie ou par crainte de faire écrouler un système administratif, juridique et fiscal incroyablement complexe et confus. Et à l’échelle de ce continent immense où, malgré les apparences, les craintes des uns ou les espoirs des autres, l’ordre, l’unité, le pouvoir civil et la démocratie ne sont pas fondamentalement et globalement en question, il n’est pas si grave après tout que, dans un coin perdu du Rajasthan, la police arrive trop tard pour empêcher l’immolation rituelle d’une jeune veuve sur le bûcher de son défunt mari, incident qui réveillera l’opinion et permettra un renforcement de la loi, ou que le terrorisme ne soit encore très mal contrôlé au Pendjab et ailleurs. En Occident aussi, dans ces pays dix fois mieux policés, nous devons maintenant apprendre à vivre avec l’absurde et incompréhensible terrorisme irlandais, basque, arabe et autre, avec la drogue de la Mafia, les extrémistes de tous bords, avec ceux qui nient l’holocauste des Juifs ou l’existence des chambres à gaz.

À part mes petits ennuis, nous allons bien, téléphonons souvent à Sheila et Sohini, espérons encore partir pour un petit voyage vers la mi-janvier si Dieu, l’agence de voyages et les médecins le permettent avant notre retour à Paris le 9 février.

Après 2 semaines à Ahmedabad dans sa famille, Nikhil vient de passer 2 jours à Bombay avant de repartir le 27 décembre, emportant dans ses bagages la cargaison de victuailles que Sarala et ses sœurs avaient fiévreusement préparée pour le congélateur de Sheila.

Avec tous nos vœux de santé, de bonheur et de réussite pour vous, pour Eric et Gilles, et nos affectueuses pensées.

Sarala et Ramesh

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Bombay 27 décembre 1988

Très chère Edith, un peu moins cher Jean

Pardonnez-moi si j’arrive tard, mais toujours fidèle, à ce rendez-vous pour déposer mes hommages et mes vœux aux pieds d’Edith.

À notre arrivée, des échafaudages de bambou grimpant le long des étages et des feuilles de contre-plaqué fixées à nos fenêtres nous laissent espérer, mais seulement après le long purgatoire des réparations extérieures et des travaux intérieurs, au bout du tunnel enfin la lumière du jour et le paradis du confort retrouvé. Les façades seront terminées avant juin, mais il faudra attendre l’épreuve de la mousson pour envisager en novembre de commencer à refaire l’intérieur. Travaux d’hercule qui rendront nos prochains voyages peu réjouissants.

Mais dès les premiers jours, c’est la valse des festivités. Après des noces déjà fastueuses chez un capitaine d’industrie de Bombay, à Jaïpur, capitale encore un peu féodale du Rajasthan, terre des rajahs et des coutumes ancestrales, le mariage du fils d’un des rois de l’émeraude nous fait revivre pendant 5 ou 6 jours les gloires d’un autre siècle. Deux cents invités de tous les coins du monde, de Bombay à Calcutta, de Paris et Londres à New York, de Los Angeles à Tokyo, royalement accueillis dans les plus grands hôtels, une armada de 30 à 40 voitures pour répondre à nos moindres désirs et nous mener des banquets de midi aux dîners de gala du soir avec 1.000 à 2.000 convives dans un incessant ballet de réjouissances et de réceptions.

Dans les jardins des résidences privées et sur les vastes pelouses d’un palais transformé en hôtel se dressent, comme par enchantement, d’aériennes et diaphanes structures de bois et de tissus multicolores, tantôt théâtre de danses folkloriques, tantôt salons en enfilade, aux sols recouverts de tapis et aux murs décorés de milliers de guirlandes de fleurs, illuminés de dizaines et dizaines de lustres et d’appliques, tandis que les serviteurs en livrée font circuler boisons exotiques et friandises rares. La splendeur des saris de soie, d’or et d’argent, l’éclat des diamants et des émeraudes n’ont d’égal que la beauté et la grâce de ces femmes de l’Inde du Nord …

Précédés d’un éléphant, de deux chameaux et de huit chevaux caparaçonnés de brocards et de tissus précieux, aux accents d’une fanfare quasi-militaire, nous avons en long cortège accompagné le marié, longue tunique crème et turban de soie rouge orné d’une aigrette de diamants, de lourds colliers de perles et d’émeraudes tombant sur la poitrine, pâle jeune homme tout ému sur sa grande jument blanche. Tandis que la timide fiancée s’avance pour l’accueillir et lui passer une guirlande de fleurs autourdu cou, d’un balcon quatre gracieuses créatures font tomber sur nous une pluie de pétales de roses …Enfin, la cérémonie des adieux dans la plus pure et constante tradition quand la nouvelle mariée, avant de partir en grande pompe pour la maison de son époux, vient sangloter dans les bras de son père et de sa mère, qui ne peuvent et ne veulent retenir leurs larmes …

Mais une grève partielle des lignes aériennes vient gâcher la suite de notre programme et, au lieu de poursuivre sur Agra, Khajuraho, Bénarès, nous rentrons à Bombay pour apprendre la mort subite le lendemain d’un ami foudroyé en pleine rue par une crise cardiaque. Ah ! la tristesse des piles funéraires quand les flammes et la fumée montent vers le ciel, dans ces sinistres champs crématoires où tout semble à l’abandon et sans entretien.

Plus d’un mois déjà, le temps de vider ma querelle, à chaque voyage recommencée, avec cette Inde dont je suis fier et dont, parfois, j’ai honte, que j’aime toujours et déteste souvent, le temps d’accéder à ces hautes sphères de l’indifférence et de la résignation, de me faire à tant de frustrations, d’absurdités et d’inutiles contraintes pour les privilégiés, tant d’injustices et de misère pour les plus pauvres.

Quant à la politique, le grand progrès, c’est que rien ne va plus mal. On s’habitue au terrorisme qui chaque semaine prend ses morts comme vos hécatombes du week-end sur les routes. L’opposition, très divisée, ne semble être qu’un ramassis de politiciens médiocres et mal élevés qui se battent entre eux autant que contre le Congrès. Les Messieurs Propres ont les mains bien sales à force de lancer de la boue. C’est toujours Rajiv ou le Néant ! Ah, il faudrait qu’ici aussi souffle un vent de Glasnost et de Perestroïka, sur ces structures rigides et ces bureaucraties paralysantes qui, malgré un régime indéniable de démocratie et de liberté, nous font souffrir des mêmes maux qu’en Union Soviétique. Mais je me fais vieux, peut-être que je répète la même chose que l’an dernier.

Nous avons de bonnes nouvelles de Sheila, nous allons bien, malgré les énervements quotidiens, nous préparons un voyage de huit jours au Népal vers la fin janvier, avant notre retour à Paris, le 13 février en principe

En souhaitant une heureuse année à toute la famille et succès pour Gilles et Eric, nous vous embrassons affectueusement.

Sarala et Ramesh

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Bombay 29 décembre 1989

Chère Edith, cher Jean,

Tel César, je suis venu, j’ai voté, j’ai vaincu, sinon dans ma circonscription, conquise par Rajiv, du moins à Delhi, où l’homme vers lequel allaient notre raison et notre suffrage est devenu 1er ministre. En effet, électeurs sans le savoir, inscrits d’office sur renseignements recueillis en notre absence par des équipes faisant du porte-à-porte (mais oubliant parfois des immeubles entiers), informés de notre N° d’inscription et du bureau de vote par des cartons émanant des partis qui se disputent nos suffrages, étonnés, mais ravis, nous avons participé pour la 1ère fois de notre vie à une consultation électorale. Dans notre circonscription de Bombay Sud, la plus riche de toute l’Inde, s’il vous plaît, avec un scrutin uninominal à un tour nous avions le choix entre 3 candidats sérieux et 22 indépendants totalement inconnus, au point sans doute de ne pas pouvoir fausser les résultats, la plupart de doux fantaisistes émules de Ferdinand Lop, tout contents de perdre 500 roupies de garantie pour faire acte de candidature et choisir comme symbole, suivant leur goût ou leur humeur, un tigre ou une voiture de course, un aigle ou un avion, un éléphant ou un camion, une colombe pour le pacifique, une fleur pour le poète. En échange d’une marque d’encre indélébile sur l’index gauche à la naissance de l’ongle, on recevait la liste des 25 candidats, à tamponner sur la case du candidat choisi et à glisser pliée dans l’urne. Hélas, ce ne fut pas partout aussi ordonné et aussi folklorique. Le système a fonctionné, certes, mais la démocratie indienne, telle la déesse Kali portant un collier de crânes humains, a réclamé plus de cent morts, dont un ministre. Inadmissible, déshonorant, qui plus est dans le pays du Mahatma Gandhi, bien oublié aujourd’hui, et pourtant est-ce trop cher payer par rapport aux millions de morts des dictatures, aux milliers de victimes de la place Tien An Men ? Rien n’a manqué cette fois-ci, ni la violence, ni la boue, ni l’intimidation les armes à la main, ni le bourrage des urnes, travail à façon consciencieusement exécuté par des équipes spécialisées, comme l’a montré un extraordinaire reportage à la télévision, ni les mesquines querelles de clocher, ni les heurts entre castes, communautés, groupes religieux, et cependant, à l’échelle immense des 500 millions d’électeurs, les résultats, je le dis sans paradoxe, n’ont pas été faussés, car la fraude, malgré tout limitée dans l’ensemble, n’est pas, comme on pourrait le croire, l’apanage du seul parti au pouvoir, et dans la pratique le droit à la tricherie semble démocratiquement reconnu à tous. Les irrégularités se compensent ou sont corrigées, d’autant plus que la commission électorale a fait procéder à un nouveau vote dans les bureaux aux comptes trop contestés, en particulier dans la circonscription de Rajiv Gandhi, dont les directeurs de campagne ne semblent pas au-dessus de tout soupçon.

« Mon cœur bat pour l’Inde » disait un de ses slogans. Mais le cœur de l’Inde ne battait plus pour Rajiv, et celui qui, il y 5 ans, portait nos espérances, nous laisse, par son arrogance, son incompétence, son indécision, son manque de courage, par sa politique opportuniste, qui s’est finalement retournée contre lui, de n’oser dire non aux intégristes musulmans comme aux extrémistes hindous, une Inde encore plus divisée, meurtrie et soumise à la corruption. Au Pendjab, toujours en proie au terrorisme, s’ajoute maintenant le Kashmir où l’anarchie se développe, l’île de Ceylan, où l’armée indienne n’en finit pas d’arbitrer les luttes entre les diverses factions extrémistes, et les sanglantes émeutes entre hindous et musulmans, où deux fondamentalismes jamais aussi exacerbés depuis l’indépendance s’opposent pour une sombre histoire de mosquée construite au 16e siècle sur l’emplacement de ce qui serait le lieu de naissance de Rama. Je ne sais ce que sera l’avenir du nouveau gouvernement, laïque et centriste, mais majoritaire seulement avec le soutien sans participation d’un parti hindouiste à droite et d’un parti marxisant à gauche. Du moins, notre nouveau chef, ancien ministre de Rajiv, tombé en disgrâce pour n’avoir pas voulu étouffer certains scandales, semble courageux et compétent, comme l’a montré la nomination au poste clef de ministre de l’intérieur d’un musulman, qui plus est originaire du Kashmir. Et comme toujours, l’Inde a la capacité de survivre et de prospérer malgré tous les malheurs et tous les problèmes. La situation économique est meilleure qu’il y a 5 ans, malgré ou peut-être à cause d’une dette extérieure qui atteint maintenant les limites du raisonnable.

Quant à nous, la reconstruction de notre appartement est en cours, travail d’Hercule entrepris par impérieuse nécessité dans un moment de douce inconscience. Il est vrai que le ciel risquait de nous tomber sur la tête, mais que dire de ces jets d’eau et de ciment sec dans notre intérieur ? En dehors des plafonds renforcés par des tiges et des treillis de fer sur lesquels est déposé le ciment sous haute pression, il faut refaire (ou presque) certaines cloisons, creuser les sols des 2 salles de bain jusqu’à la dalle de béton, et mettre un carrelage neuf dans toutes les pièces. Heureusement, un ami entrepreneur s’occupe de tout. Nous couchons chez ma belle-sœur, mais sommes sur le chantier de 9H du matin à 6H30 ou 7 heures du soir, tous les jours, même le dimanche ou Noël. Aucun autre projet pour le moment, sinon l’espoir d’aller quelques jours à Ahmedabad dans la famille et de rentrer à Paris à la mi-février. Nous savons par le téléphone que tout va bien chez Sheila, que Nina babille de plus en plus, mais nous avons à peine le temps de penser à elle, ou à vous, tant nous sommes pris par les problèmes journaliers, imprévus, stupides ou dérisoires. Nous arrivons quand même à suivre les extraordinaires événements de l’Est, avec enfin le dernier domino qui s’écroule, mais dans le sang, la Roumanie.

Avec, du fond du cœur, nos vœux de bonheur, prospérité et réussite pour vous deux, pour Eric et pour Gilles, qui nous fera peut-être l’honneur de déchiffrer ce grimoire, puisqu’il s’intéresse à l’Inde.

Et nos baisers tendres et respectueux.

Ramesh – Sarala

 

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Bombay, le 25 décembre 1990

Très chers Edith et Jean,

 La chaleur moite de l’après-mousson s’attarde cette année, une tempête a déraciné avant notre arrivée cet arbre du jardin d’en face qui, par dessus la rue, venait jadis apporter son ombre et sa verdure jusqu’à notre vaste balcon du 3è étage, la fraîcheur habituelle de décembre se fait attendre, pourtant voici le temps des cartes et des vœux, et pour moi l’ardente obligation de vous écrire puisque j’ai la faiblesse de penser que mon affection pourrait vous manquer et mon silence vous décevoir.

Le feuilleton de nos travaux se termine, le dernier épisode concerne la peinture, la menuiserie, les portes à changer, les meubles jusqu’à début janvier. Assez occupés, parfois préoccupés dans la journée, nous pouvons nous détendre le soir, dîner en ville, voir des amis. Mais chaque matin, la lecture des journaux nous remplit de tristesse et d’inquiétude. Jamais un gouvernement aussi faible n’a eu à faire face à une situation aussi grave. Alors qu’aux frontières d‘un Pakistan hostile le Pendjab est toujours en proie à un terrorisme de plus en plus conquérant, et que le Cachemire, musulman à 90%, s’achemine à la sécession, tandis qu’une partie de l’Assam est en rébellion et que certains gouvernements provinciaux vacillent sur leur base, une vague puissante de fondamentalisme hindouiste, indifférente à tout sauf à son idée fixe, favorisée par les dissensions et l’opportunisme des partis politiques ou se disant tels, balaye la partie nord de l’Inde, laissant sur son passage, avec des morts par dizaines, les ruines fumantes et les traces sanglantes des affrontements entre hindous et musulmans. Prétexte dérisoire, le sort de l’Inde semblerait dépendre d’une mosquée moitié ruinée, dont personne n’avait entendu parler, il y a encore 5 ans, mais que les intégristes des deux bords se disputent aujourd’hui, les hindous y voyant, sur la foi de textes obscurs et de données archéologiques contestées, le site d’un ancien temple soi-disant construit sur le lieu même de la naissance du Dieu Rama, héros mythique de l’épopée du Ramayana.

Certes, les exactions des envahisseurs musulmans au cours de siècles, les conversions forcées, les temples détruits, tout le poids d’une histoire tourmentée, malgré une tradition de coexistence pacifique, semble peser sur la conscience collective des hindous, mais on ne peut effacer le passé sans sacrifier l’avenir. Hélas, tout cela n’importe guère à ces princes qui nous gouvernent même comme au 18e siècle les héritiers du dernier grand empereur moghol, en cette année 1990, un quarteron de politiciens sans principes se disputent le trône croulant de Delhi. L’actuel premier ministre n’est que le chef transfuge d’une fraction dissidente maintenue vaille que vaille au pouvoir depuis novembre avec le soutien sans participation de son adversaire de toujours, le parti de Radjiv Gandhi, qui attend son heure mais veut éviter à tout prix des élections anticipées …

À l’échelon fédéral comme à l’échelon provincial, impossible de se retrouver dans ce lacis d’intrigues florentines, dans ce torrent de démagogies, de compromissions, de corruptions, de défections et de trahisons, laissant la voie libre aux éléments les plus troubles et aux instincts les plus bas de la populace, démoralisant la police et l’administration, exacerbant les rivalités de castes, de communautés, de régions et de religions dans un pays qui se fragmente de plus en plus. Gandhi, Nehru et d’autres avaient su nous donner l’unité dans la diversité et la démocratie. Mais, 43 ans après, ayant dilapidé l’héritage, l’Inde retourne-t-elle à ses anciens démons, glisse-t-elle sur la pente naturelle des états pluralistes et composites comme éclate aujourd’hui l’empire soviétique ? Peut-être suis-je trop pessimiste, ayant le triste privilège de voir les choses de l’intérieur, comme un indien, mais avec l’esprit logique et la sensibilité d’un français sans doute me manque le détachement, le fatalisme, l’inconscience, le cynisme parfois dont savent faire preuve les gens qui m’entourent. Car l’ordre règne à Bombay, métropole industrielle, commerciale et financière, la bourse n’est en baisse qu’après avoir atteint des sommets himalayens en octobre, l’argent noir circule, l’économie parallèle se porte bien, le whisky écossais coule à flots, la bouteille de Chivas Regal coûte à peine plus cher que le salaire mensuel d’un serviteur, nourri et logé il est vrai, et ce n’est que tard dans le nuit qu’il faut parfois enjamber les corps des gens couchant sur le trottoir, comme les vagues d’un océan de pauvreté venant mourir jusque sur nos rivages privilégiés. Mais entre ceux qui veulent construire un temple à Rama et ceux qui adorent le Veau d’Or, entre ceux qui veulent rester ministres et ceux qui aspirent à le devenir, qui a le loisir de penser aux 57% d’adultes illettrés, aux 50% de gens au-dessous du seuil de pauvreté, sur 850 millions, chiffres à donner le vertige ?

Malgré tout, je veux croire que l’Inde passera ce cap des tempêtes grâce à l’armature robuste de son armée encore fidèle, et apolitique, et de sa haute administration encore compétente, grâce aussi au développement et à l’intégration d’une économie de plus en plus moderne, qui rend les régions solidaires les unes des autres. Mais restera-t-elle l’Inde de mes rêves, même les plus sages, et de mes espoirs, même les plus raisonnables ? Pardonnez-moi, je ne sais plus si j’écris une lettre, une confession ou une dissertation !

Nous pensons à vous assez. Je pense à Edith beaucoup.

Avec nos vœux affectueux pour vous et les vôtres.

Ramesh et Sarala

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Bombay, ce 9 janvier 1992

Très chère Edith et très cher Jean,

Pour la première fois j’ai laissé passer le Nouvel An sans vous écrire malgré une petite voix intérieure qui me parvenait à travers le tumulte de l’arrivée de Sheila et Nikhil en pleine nuit sur un aéroport sinistre et sombre, harassés et fourbus après 24 h d’avion et 2 h de queue, traînant valises, sacs et enfants. Puis le tourbillon des visites, sorties, dîners et autres retrouvailles avant leur départ pour Ahmedabad. Une semaine de répit, mais juste le temps de commencer à soigner une crise d’urticaire avant de prendre tant bien que mal le train de nuit pour les rejoindre dans cette ville, berceau de nos ancêtres. Réunion de famille, le frère et les 3 sœurs de Sarala, des cousins, neveux, nièces, enfants et petits-enfants pour partir à 25 dans un bus spécial vers Palitana, haut lieu de pèlerinage pour ces Jaïns croyants ou moins croyants que nous sommes. Après une nuit passée dans un caravansérail confortable, nous voici donc de bon matin au pied d’un escalier en pente douce pour nous lancer à l’assaut de nos péchés passés et des 650 m de la sainte colline de Shatrunjaya. À l’intention des moins valides sont prévus des “dolis“, nacelles suspendues à un brancard porté par 2 hommes, où l’on se tient assis en tailleur. Pour moi, vu l’état de mes pieds rouges et enflés, on a commandé une chaise à porteurs, en fait un fauteuil fixé à 2 brancards et porté par 4 hommes. Me voilà donc parti tel un marquis du grand siècle, regardant de haut la foule des manants cheminant autour de moi. Mais au bout de 100 m, n’en pouvant plus de honte et d’amour-propre blessé, je descends de mon piédestal ambulant, et O miracle, avec les jeunes et Sarala, mes pieds ne me faisant plus souffrir, je grimpe allégrement –tandis que les enfants se relayent sur ma chaise- les 3.500 marches intelligemment espacées pour arriver en moins de 2 heures à l’entrée de cette vaste cité religieuse, véritable labyrinthe de 9 enceintes, 863 temples et 7.000 statues. Visite rapide avec guide, arrêt au temple érigé par notre illustre aïeul, richissime marchand d’opium des années 1840, fournisseur des firmes britanniques alors établies en Chine, avant d’arriver au sanctuaire principal, le plus vénéré. Après les ablutions d’usage, vêtus de piété candide et de soie blanche, les plus sérieux d’entre nous, ayant sauté une queue de plusieurs centaines de fidèles par le moyen d’une offrande en espèces, se précipitent dans les Saint des saints pour la cérémonie rituelle de l’adoration, oignant certains points de la statue du Tirthankar (celui qui montre le chemin) d’un mélange précieux de safran et de santal, et la décorant de fleurs. Je me contente de prier dans la nef tandis que, finement ciselées sur les murs et les plafonds, les statues des héros, des dieux et des danseuses semblent se joindre à la ferveur de la foule qui se bouscule autour de moi, dans les fumées d’encens et le bruit des cymbales. O combien surprenant que cette religion hautaine et austère, sans Dieu Créateur, ni Rédempteur, où chaque âme est orgueilleusement et immédiatement seule pour faire son salut par la force de sa seule action, puisse pousser à tout ce rituel idolâtre autour de la représentation d’un saint ou d’un guide ! Et par quel paradoxe, Celui qui a tout abandonné, femme, enfants, richesses et royaume, pour ouvrir le chemin abrupt de la connaissance et de la libération, est-il couvert, les jours de fête, de ces joyaux rutilants que nous avons –faveur toute spéciale- admirés le lendemain dans une chambre forte, couronnes, colliers, pectoraux et bracelets en or massif par dizaines de kgs, en roses et diamants par milliers de carats, sans parler des émeraudes, des perles et des rubis …

Retour à Ahmedabad, puis à Bombay, et la ronde des visites, des achats, des réceptions avant le départ de Sarala le 30 décembre. La fête est finie, les lampions sont éteints et, privilégié entre les privilégiés, me voici pourtant de nouveau poursuivant un vain monologue avec cette Inde qui me devient d’autant plus étrangère que, comme Indien, je la connais trop bien de l’intérieur. Car, après 45 ans, est venue l’heure de la révision déchirante de nos rêves, de nos illusions, de nos valeurs et finalement de nos jugements sur des chefs jadis tant respectés. Avec les meilleurs intentions –mais l’enfer indien est pavé des bonnes intentions de nos dirigeants- l’idéal socialisant de Nehru nous a enfermé dans un dirigisme bureaucratique et centralisateur, autarcique et protectionniste, peut-être justifié au début, mais se figeant ensuite dans la perpétuation des pouvoirs exercés et des avantages acquis, sans plus aucune finalité économique raisonnable, favorisant la tricherie, le cynisme, l’hypocrisie et l’irresponsabilité à tous les échelons, provoquant une véritable explosion de l’économie parallèle sans foi ni loi ni fiscalité, pour aboutir, sous le règne d’Indira et de Radjiv, à cette nomenklatura de capitalistes corrupteurs, de bureaucrates corrompus et de politiciens véreux qui dirigent le pays. De plus, avec la fin cataclysmique de l’Union Soviétique, s’écroule le pilier principal de notre politique étrangère, se tarit la source privilégiée de nos armements, disparaît la commode référence à des mythes gauchisants et s’évanouit l’illusion d’un soi-disant grand pays chef de file du tiers-monde, dont la voix pourrait se faire entendre dans le concert des nations. L’Inde se sent aujourd’hui orpheline et ses dirigeants, ravalant leurs larmes, leurs préjugés, leurs idéologies périmées et leur anti-américanisme aussi gratuit que populiste et primaire, se tournent vers l’Amérique triomphante sans doute, mais toujours indulgente et bonne fille, et vers le Fonds Monétaire. Toute honte bue, ils acceptent que ces gens auxquels nous faisons la faveur d’emprunter de milliards aient l’impudence de nous demander de ne pas jeter leur argent par nos fenêtres. En fait, le gouvernement actuel, minoritaire au parlement mais profitant d’une opposition divisée et désorientée, a pu faire un virage à 180 degrés et semble libéraliser avec ardeur et sincérité. Mais les problèmes restent immenses, les rigidités demeurent, la violence ne désarme pas dans le pays du Mahatma Gandhi, les heurts entre communautés se multiplient, il est difficile même d’espérer …

Avec, pour vous et les vôtres, nos vœux de santé et de bonheur un peu tardifs, mais toujours pleins d’affection en espérant vous revoir après notre retour le 12 février.

Ramesh – Sarala