Blue Flower

(La Lettre du CIDIF n° 38 novembre 2008-  page 124)

 

        Insurrections et terrorisme en Asie du Sud, par Alain Lamballe, 2008,  

Éditions Es-Stratégies, collection des chercheurs militaires, 
10 passage Ronsin, 77 300 Fontainebleau (téléphone 01 60 70 70 04)

 

[Ouvrage référencé dans Electre, base de données des libraires et 
disponible en librairie (notamment Julliard, boulevard Saint-Germain) et sur le site internet Amazon.fr]

Depuis le départ des Britanniques en 1947, des insurrections ont en quasi-permanence agité l’Asie du Sud. Elles ont eu recours à toutes les formes de combat, y compris et largement la guérilla et le terrorisme. Cette étude analyse ces insurrections et les modes d’action terroristes dans leur évolution mais surtout à l’époque actuelle. Elle présente une image instantanée en dégageant quelques synthèses pour comprendre les dangers que les insurrections représentent pour les États sud asiatiques, pour la région, pour l’Asie et pour le monde.

Dès son indépendance, l’Inde a été confrontée à des insurrections sur ses marges, au nord-est avec le Nagaland et au nord-ouest avec le Cachemire. Elles n’ont pratiquement jamais cessé. En plus de celle du Nagaland, de nombreuses insurrections, revendiquant l’autonomie ou même l’indépendance, et recourant au terrorisme, sont nées dans les zones de collines du nord-est, peuplées de tribus diverses, au Manipur, au Mizoram, au Meghalaya, au Tripura et même dans la vallée du Brahmapoutre, en Assam, l’État le plus important de la région. L’insurrection cachemirie, conduite par plusieurs mouvements, revendique le rattachement du Jammu et Cachemire au Pakistan ou l’indépendance pure et simple. Les mouvements les plus durs, islamistes, fomentent des attentats terroristes au Cachemire mais aussi dans le reste de l’Inde, en association ou non avec des mouvements extrémistes locaux, là où les communautés musulmanes sont importantes, y compris dans le nord-est. De plus, une insurrection maoïste s’est déclenchée vingt ans après l’indépendance, en 1967, au Bengale occidental et s’est répandue dans plusieurs États du centre de l’Inde dans les années 1990 et 2000. Elle vise à déstabiliser puis à renverser l’État pour imposer son idéologie. Elle ouvre un nouveau front pour les forces de sécurité. C’est donc à une série de défis majeurs que l’Inde est confrontée.

Le Pakistan doit faire face à une montée de l’islamisme sur l’ensemble de son territoire, dû à la renaissance du mouvement des talibans, en symbiose avec Al Qaïda, dans la Province Frontière du Nord-Ouest, au Baloutchistan et dans les zones tribales administrées par le pouvoir central, situées à la frontière afghane. De plus, un mouvement sécessionniste se développe au Baloutchistan. Les mouvements cachemiris continuent par ailleurs de bénéficier d’une large liberté d’action pour opérer dans la partie indienne du Cachemire. Enfin sunnites et chiites s’opposent dans des violences sectaires souvent sanglantes. C’est probablement au Pakistan que le risque d’acquisition d’armes de destruction massive, y compris nucléaires, par des mouvements extrémistes, en l’occurrence islamistes, est le plus grand. L’autre grand pays musulman du sous-continent, le Bangladesh, est lui aussi secoué par la montée en puissance d’organisations maoïstes et de mouvements islamistes extrémistes.

Le Sri Lanka est déchiré depuis les années 1980 par l’insurrection tamoule des Tigres libérateurs de l’Eelam Tamoul (TLET – ou en anglais Liberation Tigers of Tamil Eelam, LTTE) qui revendique l’indépendance des régions à majorité tamoule du nord et de l’est de l’île. Cette insurrection a conquis des territoires et les administre. C’est peut-être le mouvement insurrectionnel le mieux organisé et le plus redoutable du monde. Il pratique la guérilla et commet des actes terroristes mais se montre aussi capable de conduire des actions de combat conventionnel.

Le Népal est en proie depuis 1996 à une insurrection maoïste qui a pris le contrôle d’une bonne partie du territoire et cherche à conquérir le pouvoir, si possible par des élections démocratiques, mais en s’appuyant sur la force des armes qu’elle refuse de rendre et dont elle est prête à se servir si elle n’arrive pas à ses fins pacifiquement.

Ces insurrections nécessitent la mise sur pied et l’entretien de forces de sécurité considérables qui coûtent cher. Les forces armées elles-mêmes doivent apporter leur concours aux forces paramilitaires nombreuses mais pourtant dépassées. Les actions insurrectionnelles et les opérations pour les combattre contrarient le développement économique. Il n’existe à vrai dire pas de solutions militaires, mais la recherche de solutions politiques est rendue plus difficile par le fanatisme des mouvements insurrectionnels, leur émiettement en factions qui parfois se combattent entre elles, le manque de volonté politique des gouvernements parfois gênés par des oppositions non désireuses de trouver un consensus, et par des ingérences extérieures.

Ces insurrections ne se développent en effet pas en circuit fermé. Elles entretiennent parfois des relations entre elles au sein d’un même pays et même par-delà les frontières, pour se procurer des armes et des munitions, pour s’entraîner et pour échanger des renseignements. Bien que poursuivant des buts différents, elles cherchent toutes à affaiblir les structures étatiques. C’est un point commun qu’elles partagent. Les insurgés tamouls du Sri Lanka disposent d’appuis sérieux dans la province tamoule du sud de l’Inde, le Tamil Nadu. Les maoïstes népalais entretiennent d’étroites relations avec leurs homologues indiens. Les États parfois s’en mêlent en soutenant dans les pays voisins des insurrections déstabilisantes. Ainsi, l’Inde et le Pakistan, l’Inde et le Bangladesh, le Pakistan et l’Afghanistan s’accusent mutuellement de soutenir les mouvements insurrectionnels, sécessionnistes ou non et de conduire de véritables conflits par procuration. La Chine, quant à elle, a joué un rôle trouble et le joue peut-être encore. Mais quelques formes de coopération existent aussi, notamment entre l’Inde et le Bhoutan, entre l’Inde et la Birmanie, entre l’Inde et l’Afghanistan.

Ces insurrections concernent aussi le monde. Les mouvements islamistes ont des ramifications internationales. Al Qaïda, à vocation mondiale, trouve avec le mouvement des talibans un allié stratégique, pour recruter de nouveaux membres et se procurer d’une certaine manière une base arrière aux confins afghano-pakistanais éminemment volatiles. Des émigrés sud asiatiques, aux États-Unis et au Royaume-Uni surtout mais aussi ailleurs, ont été endoctrinés politiquement et idéologiquement dans certaines madrassahs et formés militairement au Pakistan dont ils sont parfois originaires. Un autre mouvement, certes moins menaçant pour les intérêts occidentaux mais néanmoins préoccupant, possède des ramifications dans tous les pays occidentaux pour se procurer des fonds et des armes, au besoin avec l’aide d’organisations mafieuses locales. Il s’agit des Tigres libérateurs de l’Eelam Tamoul. Même si elles sont interdites, ces organisations, islamistes ou non, continuent d’opérer sur nos territoires.

Voilà quelques problématiques, parmi d’autres, que développe cet ouvrage qui vient à point nommé pour nous permettre de mieux comprendre les insurrections qui déchirent l’Asie du Sud dans un enchevêtrement complexe, changeant, et de mieux mesurer leur impact dans les pays occidentaux.