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(Lettre du CIDIF n° 38 novembre 2008-  page 142)

 

 L’expatriation en famille à New Delhi, mode d’emploi

Partir vivre en Inde en famille est une aventure. Recherche du logement, adaptation à la mentalité indienne, peur de la confrontation à la misère… Des expatriés de New Delhi livrent leurs conseils et leurs impressions pour une installation réussie.

Estelle. "Sauf gros coup de chance, on visite une cinquantaine de maisons et d'appartements avant de se décider. Si vous êtes en RDC, vous aurez probablement un jardinet, mais vous aurez une maison sombre. Si vous choisissez un 2ème étage, ce sera lumineux mais très chaud 6 mois de l'année. Il faut faire des concessions".

Virginie. "Garder un esprit ouvert et tolérant, apprendre la patience, devenir ferme mais respectueux, sont les clefs pour apprécier cette expatriation et la vivre pleinement. La saleté, le manque d'hygiène et la gestion de la maison au quotidien (appareils en panne, panne d'eau, d'électricité, attente et retards constants des multiples réparateurs, gestion du personnel de maison) peuvent "user" sur le long terme. Après la phase de découverte et d'émerveillement, tout expatrié tombe dans une phase d'énervement voire de révolte : sachez passer outre et vous adapter pour économiser votre énergie et continuez de découvrir ce pays incroyable".

Estelle. "En Inde, il y a plein de problèmes et plein de solutions. Avant de s'installer il faut savoir si on est prêt à les supporter et à les accepter. Il y a de nombreuses coupures de courant, mais il y a les générateurs. Il n'y a pas l'eau courante, mais de grandes réserves sur le toit. L'eau du robinet n'est pas potable, mais on installe facilement des filtres et des fontaines à eau ".

Amélie. "Attention à la tendance très expat quand on arrive dans un pays très différent de ce que l'on connaît d'idéaliser son pays d'origine et de finir par croire que là-bas tout fonctionnait. Certes, cela fonctionnait mieux, c'était plus facile car c'était notre pays, avec nos repères, nos valeurs, mais on passait aussi notre temps à nous plaindre…"

Julien. "Ce que redoutent les grands-parents et inquiètent les mamans : le manque d'hygiène. Cela fait finalement plus peur avant de partir qu'une fois sur place. Les médecins français ont souvent une méconnaissance de l'Inde d'aujourd'hui. Il y a ici de bons docteurs et les médicaments ne sont pas tous des contrefaçons. Certes, il y a des règles élémentaires d'hygiène, à respecter plus scrupuleusement qu'en France, mais les enfants ne sont pas plus malades ici qu'ailleurs".

Estelle. "Pour les enfants, tout dépend de l'âge, mais en général ils s'adaptent très bien, pourvu que leurs parents soient heureux de leur nouvelle vie…"

Amélie. "Mon fils adore sa vie ici, ses dessins animés en hindi , ses copines indiennes, ses chapatis… L'Incredible India, nous remet beaucoup en question, elle nous fait pleurer, elle nous choque mais qu'est ce qu'on l'aime et qu'est ce qu'on s'y sent bien..."

Julien. "Il n'y a pas de supermarchés à New Delhi mais les épiceries livrent sur un simple coup de fil. Il n'y a pas de crèches mais il y a des nounous qui viennent à la maison. Il n'y a pas encore de vrai métro mais on a les moyens d'avoir une voiture avec chauffeur".

Amélie. "Le choc de la pauvreté, de la sollicitation aux feux rouges par des enfants mal nourris. C'est un exercice de longue haleine pour trouver le juste milieu entre se protéger et ne pas tomber dans l'indifférence. C'est difficile d'expliquer à ses enfants pourquoi ces enfants de leurs âges frappent à la fenêtre… Une fois installés, il y a plein d'opportunités de s'investir dans une ONG indienne ou internationale comme volontaire".

Juliette Tissot, Aujourd’hui l’Inde, le 13 octobre 2008