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CHRONIQUE  POLITIQUE  DE L’INDE  - ANNEE 2008 par David Annoussamy


I- Elections dans les Etats


A-  Analyse sommaire par Etats

1-  Karnataka.

Les élections qui devaient normalement avoir lieu en 2009 ont pris place dès 2008 en raison de la crise ministérielle qui a entraîné la dissolution de l’assemblée législative avant terme. Les résultats pour un total de 224 sièges se présentent comme suit :

 
                                                 2004                        2008

          Parti hindouiste                   79                            110
          Congrès                              65                             80
          Janata Dal (S)                     56                             28
          Indépendants                      22                               6

Les deux partis principaux ont amélioré leur performance par rapport aux élections précédentes aux dépens des partis mineurs et du parti Janata  Dal qui est un avatar  du grand parti Janata qui a détrôné Indira Gandhi en 1977. Il a perdu son importance nationale  et survit encore dans certains Etats.

 

Le verdict de l’électorat  s’explique en partie par le désir de stabilité gouvernementale en raison des crises ministérielles répétées qui ont marqué la précédente législature.  Le parti hindouiste qui était le plus fort a bénéficié de cette aspiration et le parti Janata Dal qui est responsable de la dernière crise ministérielle a été censuré.  Le parti hindouiste a pu former le gouvernement avec le soutien de quelques Indépendants dont deux rebelles du parti. L’événement est important car c’est pour la première fois que le parti hindouiste forme à lui tout seul un gouvernement dans un Etat du sud.

C’est quand même un gouvernement fragile dans cet Etat habitué aux coalitions ; le Congrès et le Janata Dal réunis sont presque aussi importants que  le parti hindouiste ; ils pourraient atteindre la majorité s’ils arrivaient à  attirer dans leur camp 5 des 6 indépendants, dont quatre sont des rebelles du Congrès.

 
 
2-  Rajasthan

Dans une assemblée comptant 200 sièges, le Congrès a obtenu 96 sièges et  le parti hindouiste 78. Le reste des sièges a été gagné par les petits partis et les indépendants. Ceux-ci sont des rebelles des grands partis, qui n’ont pas obtenu l’investiture de leur parti respectif.  Six d’entre eux ont appartenu au Congrès et sept au parti hindouiste. Le congrès n’a pas eu de la peine à former le gouvernement avec l’aide des indépendants et des rebelles qui ont rallié les rangs.


L’évolution des résultats se présente comme suit :


                                         1998                     2003                        2008

           Congrès                   153                         56                            96
           Parti hindouiste          33                       120                            78
 
Ces résultats  montrent que les deux partis se disputent  les voix des électeurs et saisissent alternativement le pouvoir. L’alternance semble être le trait caractéristique de cet Etat où les deux partis majeurs sont bien implantés.
 

3- Madhya Pradesh
 
Le parti hindouiste se maintient au pouvoir en emportant  144 sièges dans une assemblée de 230 membres laissant loin derrière lui son rival, le Congrès  avec 70 sièges. L’évolution des résultats se présente comme suit :


                                         1998                       2003                     2008

            Congrès                  124                          39                         70
            Parti hindouiste         83                         171                       144

Dans cet Etat où les deux partis majeurs sont bien implantés aussi, l’alternance n’a pas joué cette fois. Il y a à cela plusieurs raisons. Le parti a prudemment retiré  le tiers des candidats sortants qui étaient devenus impopulaires par leurs actes individuels. Le Premier ministre sortant qui a été reconduit avait donné l’impression d’avoir fait de son mieux au cours de la législature précédente. Il a bien senti les aspirations de l’électorat. Pendant la campagne, il a annoncé des mesures au profit  de toutes les couches de la population. Il s’est distancé des thèmes nationaux comme le terrorisme et la hausse des prix brandie par les leaders nationaux de son propre parti.

 
4-Chattisgarh

 

 Dans cet Etat détaché du Madhya Pradesh, le parti hindouiste s’est maintenu au pouvoir. Sur 90 sièges, les voix se sont réparties comme suit :


                                                             2003         2008

              Parti hindouiste                            50             50
              Congrès                                       38             37

Le parti hindouiste se maintient au pouvoir.  L’écart quant au nombre de sièges est important. En réalité les deux partis sont presque à égalité quant au nombre de voix : Parti hindouiste- 40, 46% et  Congrès-39,05.  L’écart dans le nombre de sièges est dû à l’effet amplificateur du mode de scrutin (majoritaire, uninominal et à un tour).


5-Delhi

Le Congrès a obtenu pour  trois fois de suite le mandat populaire. L’évolution des voix des deux grands partis, sur un total de 70 voix  se présente comme suit :


                                             1998                       2003                     2008

               Congrès                     52                          47                         42
               Parti hindouiste          15                          20                         23

L’Etat-capitale reste fidèle au Congrès bien que l’attachement diminue au fil des ans. Le parti hindouiste semblait confiant de remporter la victoire cette fois en comptant sur l’effet de lassitude d’un gouvernement du Congrès et en pensant que  l’impuissance du Congrès à contenir le terrorisme aurait un grand impact dans la capitale. Mais le Premier ministre sortant (une femme à forte personnalité) jouissait de la confiance de l’électorat par sa performance et son dévouement pour la chose publique universellement reconnu. Tout le monde s’accorde à dire que  c’est un succès personnel de la dame citoyenne et non celui du parti du Congrès. La  satisfaction résultant du relèvement substantiel de salaires récemment décidé par le gouvernement du Congrès de l’Union n’a pas été indifférente dans le partage des voix dans cet Etat où la proportion des fonctionnaires est élevée.

 
6- Mizoram

On a enregistré une victoire éclatante du Congrès dans ce petit Etat du Nord-Est. Sur un total de 40 sièges, l’évolution des voix s’établit comme suit :


                                              1998                     2003                     2008

           Congrès                           6                         12                         32
           Front national mizo         21                         21                          3

Ce revirement de l’électorat a surpris les observateurs. La population étant très jalouse de son identité mizo, pour qu’elle reporte sa faveur sur un parti pan-indien comme le Congrès, il a fallu qu’elle ait été très déçue par le gouvernement continu du parti mizo qui n’a pas pris soin du développement de l’Etat.  C’est la planque que le parti du Congrès a choisie  pour sa propagande.

 

Plus que le résultat, c’est la campagne électorale de cet Etat qui mérite attention. Dans cet Etat christianisé, l’église presbytérienne a édicté un code de conduite pour les fidèles en matière d’élections. Ce code a été propagé par les ONG d’obédience religieuse et il a  été suivi. Le code a strictement limité la propagande électorale aux émissions de  télévision et aux appels téléphoniques. Miracle de civilisation civique dans un Etat qualifié de tribal ! Exemple à imiter pour réduire les énormes dépenses électorales, source de toutes les corruptions.


7- Le Cachemire

Les élections dans cet Etat particulier  sont riches d’enseignement sur les aspirations de la population de cet Etat au sujet de leur statut qui est en litige depuis l’indépendance, causant des pertes humaines journalières et d’énormes dépenses pour l’Inde.  Aux dernières élections, les militants indépendantistes avaient conjuré la population de s’abstenir, disant que ces élections pour la gérance de l’Etat étaient sans objet tant que le statut de l’Etat n’était pas réglé. L’électorat leur a appris qu’il fallait séparer la lutte pour l’indépendance du développement économique. Aussi les militants n’ont pas lancé un tel appel cette fois ; la campagne électorale a pu se dérouler normalement, il y a eu un plus grand nombre de candidats. La participation a atteint le taux de 1987 date à partir de laquelle la situation politique s’était détériorée.

Les résultats s’établissent comme suit pour une assemblée de 87 sièges :


                                                               2002                     2008

           Conférence nationale                     28                          28
           Parti démocratique populaire          16                          21
           Congrès                                          20                          17
           Parti hindouiste                                 1                          11

Le Congrès, qui s’était allié au Parti démocratique populaire en 2002 pour déloger du pouvoir la Conférence nationale qui a toujours régné dans cet Etat, s‘est écarté cette fois du PDP pour s’allier avec la Conférence nationale. Leur alliance a formé le gouvernement.
 
Bien que les voix  semblent éparpillées, un examen approfondi dévoile que les circonscriptions  de la plaine de Jammu à majorité hindoue et la partie bouddhiste du Ladak ont voté pour le Congrès et le parti hindouiste tous les deux partisans de l’intégration dans la fédération indienne et que celles de la vallée du Cachemire à majorité musulmane et la partie musulmane du Ladak  ont voté pour la Conférence nationale ou le PDP, tous les deux partisans convaincus de l’autonomie. La population musulmane de la vallée a donc exprimé  une fois de plus son désir de récupérer son autonomie en conformité avec le traité d’accession à l’Union indienne.

 
B- Analyse d’ensemble

Commentaires sur les résultats

Bien que le pays soit bien habitué au système des partis, ceux-ci n’ont pas acquis la solidité requise. Manque soit d’idéologie convaincante soit de leader qui inspire. La discipline ne s’est pas encore implantée ; les membres ne sont pas prêts à accepter les décisions du parti.  Pour eux le parti n’est qu’un moyen de se faire élire. Être candidat d’un parti sert beaucoup à cet effet. Aussi les candidats sont-ils prêts à payer des fortes sommes pour obtenir l’investiture des partis. Mais avec le système de scrutin majoritaire uninominal, la personnalité du candidat compte également. De ce fait certains de ceux qui n’ont pas obtenu l’investiture de leur parti se sont rebellés et se sont présentés comme indépendants. Quelques-uns d’entre eux ont réussi à se faire élire ; les autres ont nui à leur rival qui a obtenu l’investiture  du parti. Comme ce phénomène s’est produit dans tous les grands partis, le résultat global n’a pas changé. Mais on se retrouve avec des membres indépendants qui pourraient jouer le rôle d’arbitres quand la majorité est ténue, ce qui nuit à l’autorité et à l’efficience du gouvernement.
 
On a pu constater au cours de ces élections le succès grandissant du parti universel, lancé par les intouchables et dirigé par une femme qui connaît bien le comportement de la masse et dont l’ambition est de saisir les rênes du gouvernement de l’Union.  En faisant place dans son sein aux hautes castes, le parti a emporté un succès éclatant l’an dernier en Uttar Pradesh, l’Etat le plus peuplé de l’inde. Encouragé par ce résultat Il a présenté cette fois des candidats dans toutes les circonscriptions des Etats du Madhya Pradesh, du Rajasthan, de Chattisgarh et de Delhi.  Bien qu’il n’ait pas emporté le même succès qu’à Uttar Pradesh, il a sensiblement amélioré sa performance par rapport aux élections de 2004.  On peut dire que ce parti est en pleine ascension ; les partis existants auront à compter avec lui.
 
Dans presque tous les Etats, le succès n’est pas dû aux leaders nationaux mais aux chefs locaux. Le Congrès qui a flairé la tendance a préféré laisser le choix des candidats  et la stratégie électorale aux chefs locaux. Quant au parti hindouiste, le discours des leaders nationaux n’était pas en harmonie avec celui des chefs locaux.  Ce sont ces derniers qui ont su décrypter la pensée du peuple et ses aspirations quant à l’immédiat. Les chefs locaux contrairement à la pratique traditionnelle ont compté plus sur eux-mêmes que sur les leaders nationaux dont l’image s’est de ce fait estompée du moins provisoirement. Reste à voir si cette tendance va se consolider.
 
L’électorat a montré son intérêt pour les questions d’intérêt local et immédiat comme l’eau, l’électricité, les routes et le prix du riz. La question de sécurité ne semble pas avoir eu beaucoup d’impact malgré les attaques terroristes récentes de Bombay. Il a également  montré qu’il ne désirait pas le changement  pour le changement. Il a su apprécier les réalisations concrètes quand elles ont eu lieu et préféré reconduire les gouvernements en place qui ont fait preuve d’une bonne gestion de la chose publique plutôt que de se fier à des promesses mirobolantes de leurs adversaires.


 Indications pour l’avenir ?

Au cours de la campagne électorale et même après on a qualifié ces élections comme les primaires des élections générales prévues pour 2009 ou comme une demi-finale ou une répétition générale. À ce titre les observateurs lui ont prêté beaucoup d’intérêt. Les résultats ont  été plutôt  mitigés pour pouvoir en tirer une conclusion rapide et sure. Il est nécessaire de scanner l’électorat et les partis pour pouvoir déceler quelques indications.
 
Les électeurs avisés ne votent pas de la même manière dans les élections générales que dans les élections pour l’assemblée législative de l’Etat. D’autre part les circonscriptions pour les élections générales comprennent chacune 5  circonscriptions des élections locales. Avec le scrutin majoritaire uninominal, la majorité pour un parti dans trois circonscriptions locales ne signifiera pas nécessairement la majorité pour le même parti dans l’ensemble, si les voix sont inégalement réparties dans les cinq circonscriptions.
 
Dans une élection  pour l’assemblée législative où le nombre d’électeurs est réduit, le candidat compte. Il est connu d’eux. C’est l’intermédiaire entre le pouvoir et le citoyen. Pour une élection au Parlement le nombre d’électeurs est cinq fois plus, le candidat ne peut pas être connu des électeurs qui par conséquent votent pour le parti ou le leader selon l’importance respective des deux.
Les élections récentes ont montré que les partis nationaux ne peuvent survivre qu’avec une forte polarisation politique au niveau des Etats. Les leaders nationaux vont avoir à compter sur les satrapes régionaux pour les élections générales. À ce point de vue,  ces élections indiqueraient une tendance vers une forme de fédéralisme plus poussée. Si l’un des partis nationaux acceptait d’avance cette orientation, il pourrait conclure des alliances solides avec les partis régionaux et emporter la majorité.
 Aucun des deux grands partis nationaux n’a un leader de stature nationale. Ils sont en perte de vitesse. Le Congrès n’a pas eu plus de 150 sièges au Parlement depuis 1996. Le nationalisme hindou du parti hindouiste n’a d’obédience que dans les Etats de langue hindie. Le parti est pratiquement absent dans sept grands Etats. En revanche les partis autres que ces deux grands partis gagnent régulièrement du terrain. Aux dernières élections générales ils ont recueilli plus de voix que les deux partis nationaux réunis, mais ils n’ont pas pu les convertir en nombre de sièges correspondant à cause du mode de scrutin qui négligent les voix dispersées. Donc un syndicat des partis régionaux pourrait recueillir la majorité s’ils arrivaient à s’allier. Cela ne semble pas possible à cause de leurs aspirations disparates et même de dissensions entre certaines d’entre elles. Dans tous les cas ils n’ont pas un  leader commun incontesté. Ils ont été déjà au pouvoir, il y a 30, ans mais ce fut  de courte durée car leur gouvernement était minoritaire.
La majorité qui se dégagera des urnes va en définitive dépendre du jeu des alliances au sujet desquelles les accords sont en voie de conclusion. Quel que soit le résultat, la différence ne sera pas grande pour la communauté internationale et le citoyen moyen. Seuls les élus et leur coterie vont en profiter. Pour ce qui est des grandes lignes de politique tous les partis ont à peu près les mêmes vues. Quant aux questions ponctuelles ce sont les lobbys financiers, intellectuels, les groupes d’intérêt qui vont forcer les décisions ou faire échouer les projets du gouvernement en place.

 


II Les retombées de l’accord nucléaire
 
Le premier ministre de l’Inde a conclu un accord avec les Etats-unis pour la coopération en vue de l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Cet  accord a mis en évidence l’existence de deux problèmes d’ordre constitutionnel. Le premier  c’est le rôle du Parlement en matière des traités, le second c’est l’immunité des parlementaires taxés de corruption.
 
A-Mode de ratification des traités
 
La Constitution est silencieuse sur le rôle du Parlement en matière de traités. Il n’y a pas de disposition expresse comme dans la Constitution française, exigeant l’approbation du Parlement sous forme de loi. La seule référence à ce sujet dans la Constitution se trouve dans la liste No I de l’annexe VII de la Constitution énumérant les matières du ressort du gouvernement de l’Union dans la répartition des pouvoirs entre l’Union et les Etats fédérés. Dans  cette liste sous les numéros 13 et 14  le droit de participer aux conférences internationales et de conclure des traités et la responsabilité  de les mettre en application reviennent à l’Union. Il n’est précisé nulle part quel est l’organe de l’Union qui est investi du pouvoir en ce domaine. Aussi l’Inde suit-elle la tradition anglaise selon laquelle l’Exécutif a pleins pouvoirs pour conclure  les traités et ratifier les conventions internationales.
 
Les conflits entre l’Inde et les autres Etats ou les  organismes internationaux  relèvent des instances internationales. Pour ce qui est de l’application des traités et conventions dans le pays, selon la position prise par les tribunaux,  il fallait une loi reprenant les termes des conventions. En attendant les citoyens ne pouvaient pas en exiger l’application. L’Exécutif faisait voter une loi quand le besoin se faisait sentir ou si l’application entraînait des dépenses publiques. Le Parlement n’intervenait qu’à ce stade. En votant la loi il approuvait implicitement la convention.
 
Le gouvernement met ainsi le Parlement devant un fait accompli. Celui-ci n’a que deux options : ou il  accepte de plein gré la convention et tout rentre dans l’ordre ; ou le Parlement n’est pas d’accord avec la convention.  Dans ce cas, le gouvernement est contraint de démissionner, mais le pays n’en sera pas moins lié par la convention. Ainsi, avec l’arrangement actuel, la volonté générale du peuple n’est pas prise en considération en la matière ; c’est le gouvernement du jour, peut être un gouvernement minoritaire qui aura lié le pays vis-à-vis de la communauté internationale.
 
Un nouveau phénomène a modifié le paysage  juridique dans ce domaine, c’est l’intervention de la Cour Suprême en la matière. Elle a déclaré dans l’arrêt Vishaka (1997, 6 SCC  241)  que les citoyens pouvaient exiger directement l’application des conventions internationales devant les tribunaux du pays dans toutes leurs dispositions qui ne sont pas contraires à la Constitution. Signalons en passant que si le gouvernement avait fait voter une loi mettant en application une convention les dispositions de cette loi contraires  à  la Constitution seraient  annulables.
 
Le problème se complique  quand l’objet de la convention relève de la compétence des Etats et ne peut être appliqué que par eux.  S’ils n’ont pas été consultés avant la signature, l’application rencontrera des difficultés, elle peut même être refusée. La signature de la convention relative à l’Organisation Mondiale du Commerce a été attaquée  devant la Cour Suprême par deux Etats, le Bengale et le Tamil-Nadu.
 
Avant la guerre le nombre des traités et conventions était faible et leur portée restreinte. Leur nombre a considérablement augmenté et certains d’entre eux affectent la sécurité du pays, son économie et les droits des citoyens. Il devient de plus en plus évident qu’il y a une lacune importante qui mérite d’être comblée par une révision constitutionnelle ou une loi précisant la manière dont les traités et conventions doivent être ratifiés
 
B- Immunité parlementaire en cas de corruption
 
L’accord nucléaire a fait rebondir ce problème. L’opposition dont la grande partie était en principe favorable à un tel accord voulait quand même un débat à ce sujet au Parlement. Le Premier ministre évitait l’examen de l’accord par le Parlement disant qu’il y avait encore des détails à régler et  déclarait qu’il soumettrait l’accord complet au Parlement pour son approbation. Les partis de gauche qui soutenaient le gouvernement sans en faire partie ont exprimé depuis le début leur hostilité à cet accord. Comme le gouvernement poursuivait ses démarches pour la finalisation de l’accord, ils ont retiré leur soutien au gouvernement le 9 juillet 2008. Le Premier ministre qui prévoyait la tournure des événements avait au préalable pris des contacts avec le Parti  Populaire (Samajwadi) lequel a exprimé son soutien au gouvernement le même jour.
 
Pour éviter une motion de non-confiance par les partis de gauche, le Premier ministre les a devancés en posant la question de confiance.  Avec le soutien du parti populaire, le gouvernement était assuré de la majorité. Au cours des débats sur la question de confiance qui ont eu lieu les 21 et 22 du même mois trois membres du parti hindouiste ont  brandi des paquets de grosses coupures d’un montant de 10 millions de roupies qui d’après eux  constituaient une avance sur 30 millions qui ont été promis à chacun pour voter en faveur de question de confiance. Le vote n’a pas été renvoyé pour tirer au clair cette question, aucun parti n’ayant sollicité le renvoi. La confiance a été acquise par 275 voix contre 250. Le relevé des résultats a montré que 29   membres ont voté contre les directives de leurs partis respectifs : 1 3 membres de l’opposition ont voté en faveur du gouvernement, 7 membres de la majorité ont voté contre le gouvernement et 8 se sont abstenus. Ces votes sont valides et ont produit effet.
 
Tous ceux qui ont bravé les directives du parti ont été exclus de leurs partis respectifs ; cela leur importait peu, car ils étaient disposés à changer de parti à la veille des nouvelles élections qui s’annonçaient. Ce qui peut arriver de plus aux membres rebelles c’est d’être déclarés déchus de leur mandat. Ils avaient allègrement pris ce risque car la législature touchait à sa fin. Cependant une plainte avait été déposée auprès du Président de la Chambre contre eux. Celui-ci a institué une enquête et constitué à cet effet un comité de 7 membres appartenant à différents partis. Deux membres ont été exonérés faute de preuve, deux membres ont été déclarés déchus  de leur mandat. Quant aux autres, le comité enquêteur a opiné  qu’une investigation plus approfondie serait nécessaire et que cela relèverait de la justice pénale.
 
Cela conduit à une impasse, car la Cour suprême avait décidé dans une affaire antérieure que les parlementaires qui recevraient des présents illicites pour voter d’une certaine manière étaient protégés par l’article  105 de la Constitution qui prévoit qu’aucun membre du Parlement ne peut être mis en cause devant un tribunal pour un discours ou un vote quelconque dans l’enceinte du Parlement.
 
La Cour Suprême a décidé que cette immunité parlementaire prévue pour le vote s’étendait aux transactions qui ont précédé le vote parce qu’il y avait un lien entre les deux. Cette décision a soulevé l’indignation de la presse qui a été unanime à la critiquer. Les juristes s’accordent à dire que la cour a mal interprété la Constitution, car l’immunité prévue par la Constitution s’applique au  vote et non à une transaction illégale qui aurait précédé le vote. En raison de cette décision de la cour qui fait loi, l’appareil de répression pourrait hésiter à entamer une poursuite contre les nouveaux délinquants. Alors ce serait la voie ouverte à la corruption au grand jour par les parlementaires à l’occasion des votes sur des sujets importants et par voie de conséquence à la floraison  de la corruption à tous les niveaux, ce qui deviendrait intolérable. Si en revanche une poursuite est lancée, peut être sur la demande du président de la Chambre Basse, les accusés voudront naturellement se prévaloir de la décision de la Cour Suprême qui les couvre et  l’action publique aboutira à la Cour Suprême qui aura l’occasion de modifier sa décision.

 David Annoussamy, La Lettre du CIDIF n° 39 (à paraître)