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Est-ce un tournant ?

 

Année 2014. Comme prévu les élections générales quinquennales sont annoncées dans l’Inde. Les pronostics vont bon train. On ressasse comme au début des élections précédentes : « Aucun parti  à lui tout seul n’aura la majorité absolue, ce sont les alliances qui vont déterminer le résultat final .»

On prédit toutefois que le Congrès perdra du terrain à cause de la non gouvernance du tandem des malades Sonia-Manmohan. Qui va profiter de ce report de suffrages ? Evidemment le BJP et les partis régionalistes. On a même parlé à certains moments d’un troisième front fait de partis régionalistes. Mais cela n’a pas pris forme à cause de défaut d’entente entre ces partis et leur incapacité de nommer un leader commun.

Dans le camp BJP après deux défaites successives les responsables du parti voulaient absolument gagner cette fois. Ils ont pensé au prestigieux  Narendra Modi pour changer la fortune du parti. Ils ont eu raison ; dès le début de la compagne  on a parlé de l’effet Modi. En effet il galvanisait les masses partout où il allait. Il n’a pas plaint sa peine. Il a voyagé 300.000 kilomètres, pris la parole dans 5800 meetings et s’est fait ainsi entendre directement par 100 millions d’électeurs.

Il ne faisait pas des discours avec de grandes envolées oratoires. Il parlait lentement avec des phrases brèves et des pauses. Mais ses paroles avaient un accent de sincérité. Il n’a pas évoqué de grands principes politiques. Ses maîtres mots étaient : gouvernance efficace et développement du pays. Il a répété cela avec conviction et de façon convaincante. Il faisait certes campagne pour le BJP et ses candidats mais il demandait aux électeurs de voter pour lui.

Les élections ont constitué une opération gigantesque avec 814 millions d’électeurs, soit 100 millions d’électeurs de plus que pour les dernières élections générales de 2009. Elles se sont déroulées en neuf phases s’étalant sur un période de 5 semaines, pour des raisons de sécurité. Ce qui a été nouveau dans cette campagne, c’est l’utilisation  des moyens électroniques pour la propagande  en vue de toucher les jeunes électeurs au nombre de 148 millions. Le mode de vote a été également électronique. Il suffisait  à l’électeur d’appuyer le bouton de son choix.

Les résultats ont été au-delà de toute attente. Le BJP à lui tout seul a recueilli la majorité absolue avec 282 sièges sur 543. Avec ses alliés il a obtenu une majorité des deux tiers. Le Congrès qui détenait  le pouvoir n‘a obtenu que 44 sièges.  Les autres partis ont recueilli le reste sauf trois sièges qui ont été conquis par les indépendants qui étaient au nombre de 500 candidats à briguer un mandat. Option a été donné aux électeurs de rejeter tous les candidats. 1,1% d’électeurs  se sont déplacés au bureau de vote pour choisir cette option.

Le corridor de l’est du pays soit le Bengale, l’Orissa, le Seemandra (la partie orientale de l’Andhra Pradesh divisé), le Tamil nadu et le Kérala a échappé à l’effet Modi et constitue l’essentiel de l’opposition. En effet on avait de tout temps observé une divergence  entre le nord et le sud. Pour être plus exact Il faut plutôt se placer à la passe de Khyber et tracer des zones concentriques sur la carte de !’Inde à partir de ce centre. Des différences se constatent entre ces zones plus particulièrement entre la zone extrême et le reste. Dans cette zone la pénétration du flux migratoire à travers la passe de Khyber a été la moindre et le taux de la population aborigène est  le plus important.

Même pour le reste de l’Inde on ne doit pas se laisser impressionner outre mesure par le nombre des sièges obtenus. Quand on jette un coup d’œil  au pourcentage de voix obtenues on s’aperçoit que le BJP n’a recueilli que de 31,2% de voix, le Congrès 19,4%. Les autres partis et les indépendants ont obtenu un total impressionnant de 49,4%. La divergence entre le nombre de voix et le nombre de sièges est dû au mode de scrutin rudimentaire  adopté dans l’Inde, soit le scrutin majoritaire à un tour ; il amplifie les résultats au profit du parti qui a le vent en poupe. Il ne faudra pas s’étonner si dans les élections prochaines pour les Assemblées des Etats, les partis régionaux reprennent le dessus en termes de sièges obtenus. 

Quoi qu’il en soit, le pouvoir est pour l’instant entre les mains de Modi.  Les députés de la majorité lui doivent  leur mandat. Sa prestation de serment a été marquée par une cérémonie grandiose dont les préparatifs ont pris une semaine. Les premiers ministres des Etats ont été invités. Les premiers ministres des pays du Saarc l’ont été également et ont répondu. C’est devant une nombreuse assistance que Modi et les membres de son gouvernement ont prêté serment dans la salle d’apparat du palais présidentiel. Cela avait pris l’allure d’un sacre impérial.

Il semble que Modi ait voulu indiquer au peuple indien et aux pays voisins que son avènement au pouvoir était un événement important, annonciateur de changements. Quant à lui  il s’est présenté habillé comme à l’ordinaire avec un gilet. Il a voulu affirmer qu’il reste un homme du peuple. En effet il appartient à une famille humble. Dans ses jeunes années il a servi du thé dans l’échoppe de son père tout en poursuivant ses études. Quand ses adversaires ont essayé de l’humilier en l’appelant garçon de thé, il s’en est  glorifié et en a fait même un thème de sa propagande. Il voulait que son ascension soit le signal de la montée des  pauvres.

Modi a fait preuve d’une grande capacité administrative  à la tête du gouvernement de l’Etat du Gujerat pendant12 ans de manière continue. Il s’est montré à l’aise à l’échelle indienne lors de sa campagne  qui a duré plus de deux mois. D’ailleurs il s’est fait une âme de premier ministre à partir du moment où il a été pressenti pour cette fonction par son parti en Septembre 2013.

C’est un bourreau de travail. Il travaille 15  heures par jour et fait du yoga une heure. Il veut donner à l’Inde le meilleur de lui-même soit un gouvernement qui œuvre pour le développement de tous et plus particulièrement des plus démunis. Pour augmenter  l’efficacité du gouvernement il  a réduit le nombre de ministres de 67 à 46. Seulement il ‘a pas la majorité dans la Chambre Haute. Il aura à négocier avec  les autres partis pour faire passer ses lois réformatrices.

La campagne électrisante de Modi, le changement de profil de l’électorat, la débâcle du parti du Congrès,  le retour du gouvernement de l’Inde par un seul parti  sont des indicateurs d’un tournant de la vie politique indienne. Tout semble augurer des meilleurs jours pour l’Inde sauf en cas de déraillement par des événements externes ou des actes de terrorisme et de contre terrorisme à l’intérieur du pays.

 

David Annoussamy, La Lettre du CIDIF le 31 mai 2014.

 

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L'Association sud-asiatique pour la coopération régionale — ou ASACR — (en anglais, South Asian Association for Regional Co-Operation, SAARC) est une association régionale initiée par le président bangladais de l'époque, Ziaur Rahman, fondée le 2 août 1983 à New Delhi et établie par une charte signée le 8 décembre 1985.

 

En vert foncé, les pays membres de la SAARC : Afghanistan, Pakistan, Inde, Nepal, Bhoutan, Bangladesh, Maldives, Sri-Lanka.

En vert clair, les pays observateurs : Etats-Unis, Union européenne, Iran, Chine, Corée du Sud, Japon, Australie