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 (Lettre du CIDIF n° 32-33 -octobre 2005-  page 175

                        II. La situation particulière de Pondichéry

1.-.L’histoire d’un comptoir français

a.     Trois siècles de présence française

1673 - Arrivée des Français à Pondichéry.

1693 - La ville tombe entre les mains des Hollandais

1699    Elle revient à la France par le traité de Ryswick.  François Martin est alors nommé Administrateur. Il ramène la paix à Pondichéry et œuvre pour son développement. Dumas lui succèdera selon la même politique.

Durant environ 250 ans, il y a deux longues périodes de calme brisées par les guerres Carnatiques franco-anglaises menées par Dupleix et Clive.

1742    Joseph François Dupleix devient gouverneur de l’Inde Française. À peu près à la même période, la guerre éclate entre la France et l’Angleterre. La situation en Europe et les ambitions de Dupleix attisent le conflit Anglo-Français en Inde.

Pondichéry, pendant les 70 années suivantes, vit dans un état de troubles perpétuels alternativement contrôlée par les Français et les Anglais.

1814    Pondichéry revient finalement à la France pour y rester jusqu’en 1954 où elle rejoint l’Inde Indépendante

1940    A l’invitation pressante des Britanniques, l’Inde Française est l’une des premières colonies à soutenir le Général de Gaulle et à se rallier au mouvement de la France Libre.

1947    Au lendemain de la guerre, le mouvement de rattachement à l’Inde Indépendante se développe.

1949    Après une intense agitation et à l’issue d’un référendum, Chandernagor se détache de la France et se fond dans l’Etat du Bengale.

1954    31 octobre. Pour la première fois, à six heures du soir, comme le soleil se couche, le drapeau français est descendu du mât du pavillon.

1954    1er novembre. Après plusieurs mois de troubles et un blocus économique, suite à Dien Bien Phu, la France accepte de remettre à l’Inde ses quatre derniers territoires. Nehru, secrétaire Général des Affaires Etrangères, venu exprès de Delhi, hisse le drapeau indien sur le sol qui sera désormais Etat de Pondichéry.

1956    26 mai Le traité de cession est signé à Delhi, 8 ans après le transfert de facto. Lors de ce traité, les gouvernants des deux partis décident de consacrer une importance particulière au maintien à Pondichéry d’institutions culturelles et éducatives françaises. Cela concerne notamment le Collège français de Pondichéry, ancêtre de l’actuel lycée français dont le fonctionnement ( entretien des locaux, rémunération du personnel…) et l’organisation des études (programmes et examens restent sous la responsabilité du gouvernement français. D’autre part, l’article 23 de ce traité laisse à la France l’opportunité (avec l’accord du gouvernement indien) de créer « des organismes ou institutions destinés à des études préparant à des diplômes de langue et de civilisation françaises, à la recherche scientifique, ou à la diffusion de la culture française dans le domaine des sciences, des lettres et des arts. » Enfin, l’article 28 énonce que « le Français restera langue officielle des Etablissements aussi longtemps que les représentants élus de la population n’auront pas pris une décision différente. » (Cession de facto)

1963    Janvier. Plusieurs milliers de Pondichériens choisissent d’opter pour la nationalité française. (Cession de jure)

1963    1er juillet. Naissance du Territoire de Pondichéry qui englobe les villes de Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon.

 

b. Qui sont les « Franco-Pondichériens » ?

Pour cette étude, je reprends les propos de Paul Michalon qui, dans son article « L’aventure ambiguë : la communauté française de Pondichéry depuis 1962 » paru à l’occasion du quarantième anniversaire de la cession des Comptoirs à l’Inde[1], revient sur l’histoire, le fondement, et les caractéristiques de la communauté franco-pondichérienne, véritable originalité de Pondichéry.

Rappels historiques

En 1962, le Général de Gaulle se résout à ratifier le traité de cession de 1956. Le document comporte trois dispositions principales : le transfert intégral de souveraineté des comptoirs à l’Union Indienne, l’ouverture d’un droit d’option accordé aux « nationaux français nés et domiciliés sur le territoire des Etablissements » pour la conservation de la nationalité française, le maintien des institutions scientifiques et culturelles françaises et la possibilité de leur développement ultérieur. Les articles 4 et 8 consacrés au deuxième point vont donner naissance à la communauté des Franco-pondichériens. En effet, ces articles prévoient principalement que « les nationaux français nés sur le territoire des Etablissements et qui y sont domiciliés lors de l’entrée en vigueur du traité deviendront nationaux et citoyens de l’Union Indienne » à moins qu’ils n’optent pour la conservation de leur nationalité par déclaration écrite faite dans les six mois. Le consulat de France met alors à disposition un registre spécial à l’attention des intéressés. Au 15 février 1963, fin de la période convenue, on compte près de 5000 déclarations d’options d’adultes soit ,avec les enfants, un total de près de 7100 personnes, sur un total de 75000 « ayant droit ». Ainsi, les optants constituent le fondement historique de l’actuelle communauté franco-pondichérienne.

Les registres révèlent que 95% des optants de 1962-1963 sont des « renonçants ». Ce terme, propre aux Indes Françaises, désigne ceux qui, à partir de 1882 et sur proposition du colonisateur, acceptèrent de renoncer à leur statut civil coutumier (lié à la religion) pour se soumettre au Code civil français. Ils doivent alors adopter un patronyme et un prénom français ou franciser le leur. Les « renonçants » sont souvent des « harijan », personnes de basse caste, les « intouchables », qui accèdent ainsi à l’égalité sociale, et des Indiens catholiques. L’administration trouvera dans ces « renonçants » un véritable vivier de fonctionnaires dévoués, et l’armée des générations d’engagés.

Mais les Franco-Pondichériens actuels ne sont pas tous issus de l’option de 1962-1963. En effet, le traité de cession, si pointilleux sur le cas des natifs des ex-Etablissements Français en Inde, passe totalement sous silence ceux qui sont nés hors du territoire des Etablissements aux frontières imposées par les Anglais en 1814. Cette incroyable lacune juridique aura – et a toujours – d’importants prolongements : les personnes concernées seront considérées comme « non-saisies » par les dispositions du traité et conserveront, pour ainsi dire par hasard, leur nationalité. Aux optants, qui ont fait une démarche claire, s’ajoutent donc les milliers d’individus immatriculés sans l’avoir nécessairement recherché ; sans oublier ceux qui, ayant loupé l’occasion de 1962-63, s’ingénient et parviennent à « renaître » avant août 1962 en territoire indien.

 

Le nombre incertain des Franco-Pondichériens

À la question « combien de Français vivent aujourd’hui sur les ex-comptoirs devenus Territoires de Pondichéry ? », il est difficile de répondre malgré l’introduction récente de l’informatique au Consulat de France. Parmi les difficultés s’opposant à un recensement rigoureux, citons la liberté de mouvement accordée par le traité de cession à nos compatriotes, en Inde comme ailleurs. Restent donc immatriculés des gens qui ont gagné l’Europe. D’autre part, le propre fonctionnement de l’état civil consulaire autorise des décalages considérables entre les événements familiaux et leur transcription : il peut « naître » à tout moment des Français de tous âges… En 1993, la circonscription consulaire de Pondichéry, qui englobe également le Kerala (Mahé) et le Tamil Nadu (Karikal), comptait 8.724 ressortissants parmi lesquels 8054 Franco-Pondichériens. Aujourd’hui, ils seraient environ 7000. Il est bon de rappeler que le microcosme franco-pondichérien ne représente que 1 % de la population du territoire de Pondichéry, elle-même en plein essor. Mais cette communauté est marquée par le vieillissement et tend, depuis les années 70, à diminuer du fait d’un taux de naissance décroissant et surtout du départ des jeunes en France afin de poursuivre leurs études et d’échapper à la dégradation de la situation en Inde. Le nombre des Franco-Pondichériens installés en métropole est estimé à 70.000.

 

La situation économique et sociale des Franco-Pondichériens

 

Sur les quelque 8.700 ressortissants à peu près dénombrés, 830 sont retraités – en général de l’armée française – et 4.770 adultes inactifs. Si l’on tient compte des 2.376 enfants, on doit convenir qu’une très faible minorité de Franco-Pondichériens (10 à 15%) exerce une activité économique sur le territoire des ex-comptoirs. Quant aux sources de revenus, il faut relever en tout premier lieu les retraites militaires (surtout) et civiles que touchent 50 % des hommes. Ce pourcentage élevé et l’importance des sommes que représentent ces pensions – du fait de la chute très forte de la roupie par rapport à l’euro – tendent à assimiler, pour l’opinion publique indienne l’ensemble des Franco-Pondichériens à ces retraités privilégiés. La seconde source de revenus de la communauté provient du bureau d’aide sociale du Consulat, où l’affluence est grande, et dont la politique d’action n’a trouvé que récemment sa cohérence. Après des années d’assistance peu contrôlée – et de dérive des comportements que cela génère – les familles les plus dans le besoin peuvent envisager de bénéficier de toute une série d’allocations. Des centaines de familles sont ainsi soutenues par des prestations le plus souvent décidées en comité mais dont le niveau, fixé par Paris en euros, atteint en roupies des valeurs assez généreuses. L’existence d’une aide sociale conforme aux vœux et aux acquis de la société française, offre un tel contraste avec la précarité qui reste le lot de beaucoup d’Indiens qu’elle fausse probablement l’attitude des Franco-pondichériens vis-à-vis du travail. Cependant, derrière l’aisance des retraités, vit une population franco-pondichérienne dans la pauvreté et le dénuement.

2.-  L’action culturelle française

Pour cette étude, je me permets de reprendre en partie les propos de Pougajendy Bichat dans son mémoire intitulé « La Présence culturelle française à Pondichéry et sa mémoire » présenté en 1996.

Outre des traces de la présence française à travers le nom de certaines rues, de certains magasins et restaurants, de l’architecture de la « ville blanche », la culture française à Pondichéry reste dynamique grâce à l’action culturelle dispensée par les institutions françaises encore présentes et par divers médiateurs publics et privés.

a. Les médiateurs publics

Le Consulat

Le consulat représente auprès des Pondichériens l’Ambassade de France, et gère la communauté française installée à Pondichéry. Les services consulaires sont nombreux : immatriculation, visas, état civil, organisation des élections, services notariaux, action sociale, paiement des pensions, comité d’emploi, etc. Il est aussi en relation avec le Lycée français pour : les commissions locales de bourses, le comité d’emploi, l’aide et l’intervention sociales, la gestion du gîte des élèves et la participation au centre de loisirs, la délivrance de visas et autres actes administratifs.

Pour l’action culturelle proprement dite, le consulat dépend de l’Ambassade de France à New Delhi, et développe quatre principaux axes au titre de la politique culturelle française à Pondichéry :

-      Affectation d’un Attaché culturel représentant direct du Conseiller culturel de l’Ambassade

-      Améliorer la réception de Canal France International (au niveau des horaires et des programmes) et permettre à la population de capter les ondes de Radio France International

-      Accentuer la présence culturelle : développer le service de presse du Consulat, encourager la diffusion de films français dans les salles indiennes, etc.

-      Faire de Pondichéry un espace privilégié au service de la présence culturelle française dans la région. Pondichéry doit devenir, selon les termes de M.Boisméry, ancien Conseiller Culturel à l’Ambassade de France, « le porte-avion de la francophonie en Asie ».

Le B.C.L.E.

Crée en 1990, le B.C.L.E. de Pondichéry est l’un des trois relais du Bureau de Coopération Linguistique et Educative du Service Culturel de l’Ambassade de France en Inde. Son aire de compétence couvre le Territoire de Pondichéry, le Tamil Nadu, le Kerala, le Karnataka et l’Andhra Pradesh ainsi que le Sri Lanka. Sa mission est le développement, dans les établissements scolaires et universitaires indiens, de l’enseignement du français comme langue étrangère. Il propose des actions de formation, contribue à la définition de programmes, participe à l’organisation d’événements culturels (journée de la francophonie, French Nightingale) et cherche à développer les échanges entre établissements scolaires français et indiens. Depuis 1997, il participe également à la promotion de l’enseignement supérieur français auprès des étudiants indiens avec le programme Edufrance.

Le Musée de Pondichéry

Le musée de la rue Saint-Louis abrite des vestiges culturels et artistiques de l’époque antique, ainsi qu’un mobilier assez complet de la période française (dont le lit et le fauteuil personnels, dit-on, du Gouverneur Dupleix), et toute une panoplie d’autres objets et ustensiles français du XVIIIe et XIXe siècles.

L’Institut Français de Pondichéry (IFP)

Créé en 1955 par Jean-Filliozat dans le cadre des accords de cession à l'Inde des établissements français de Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon, l'IFP est un centre pluridisciplinaire de recherche et de formation dépendant de la sous-direction des sciences sociales, humaines et de l'archéologie du Ministère des Affaires étrangères. L'IFP comprend trois départements : écologie, indologie, sciences sociales et un laboratoire de géomantique. Les départements d'indologie et de sciences sociales sont associés à l'EFEO (L’Ecole Française d’Extrême-Orient) et au Centre de sciences Humaines (CSH) de New Delhi. 

L’IFP et le CSH qui sont encadrés par le même département ont en commun :

Un conseil scientifique composé de 20 membres qui se rencontrent tous les deux ans en France pour faire le point sur les activités de recherche.

Un comité de direction composé de représentants français et indiens qui se rencontrent tous les ans en Inde pour superviser et développer les activités de recherche.

Un bulletin d’information auquel est aussi associé l’EFEO.

L’IFP se compose de 80 chercheurs, techniciens, et personnels d’administration, et reçoit 20 à 30 étudiants originaires d’Europe, d’Inde, ou des Etats-Unis tous les ans.

L’institut est un centre de recherche scientifique qui a publié depuis sa création plus de 200 ouvrages dans sa propre collection concernant l’indologie, l’écologie, et les sciences sociales. Mais il est aussi à l’origine de la création de Cd-Rom, de plus de 1000 articles parus dans les journaux internationaux, et de reportages scientifiques parus dans le monde entier. L’IFP possède des collections exceptionnelles : des ouvrages spécialisés, des manuscrits, une collection de photographies unique.

C’est aussi un lieu d’échanges et de diffusion des connaissances scientifiques à travers l’organisation ou la participation à des stages, conférences, et rencontres internationales.

L’Ecole Française d’Extrême-orient (EFEO)

L'Ecole Française d'Extrême-Orient (EFEO) a été créée en Indochine en 1901. Elle s'est ensuite implantée dans d'autres pays d'Asie, avec l'objectif d'étudier les civilisations orientales.

Elle couvre donc un vaste champ aussi bien en termes d'aires culturelles - de la Chine et du Japon jusqu'à l'Inde et l'Indonésie - qu'en termes disciplinaires - de l'archéologie à la philologie en passant par l'histoire et l'anthropologie.

Nombre des programmes de recherche dont le centre de l'EFEO à Pondichéry assurent la coordination ont donné naissance à un important volume documentaire. Les quelques 32.000 volumes imprimés, 500 périodiques, 8.600 manuscrits et 1.200 estampages qu'abrite une bibliothèque qui a toujours été développée en collaboration avec l'Institut français de Pondichéry (IFP) constituent un outil de recherche d'autant plus performant qu'il est informatisé. Cette collection couvre les différentes branches de l'indologie : art, archéologie, épigraphie, grammaire, linguistique, littérature (sanskrite et tamoule), médecine traditionnelle, philosophie, religion, etc. Parmi cet ensemble, le fonds propre à l'EFEO compte 5.300 volumes imprimés, 36 périodiques et 1.600 manuscrits sur feuilles de palme. Il inclut les bibliothèques privées de Marguerite Adiceam et Françoise L'Hernault. Le conservateur, Mlle Anurupa Naik, ainsi que le conservateur adjoint, M. R. Narenthira, sont rattachés à l'IFP. La bibliothèque accueille les étudiants bénéficiant d'une lettre d'introduction et les chercheurs. Les programmes philologiques développés par les équipes indologiques ont par ailleurs permis de constituer un ensemble documentaire original, qu'il s'agisse de la collection de manuscrits vishnouites de l'EFEO, du corpus de grammaire tamoule, de celui des exemples de la grammaire de Panini, ou encore, dans un domaine plus contemporain, d'un important corpus de nouvelles tamoules. Dans le domaine de l'épigraphie, le centre EFEO de Pondichéry a établi un corpus d'inscriptions recueillies sur le territoire de Pondichéry. Les études iconographiques et les projets organisés autour d'études architecturales qui sont l'une des activités principales du centre ont conduit à développer les archives photographiques de l'IFP ainsi qu'à constituer un important fonds de plans et d'élévations tant de temples du Sud de l'Inde que de demeures tamoules et coloniales ainsi que de plans de villes. La collaboration avec l'Indian National Trust for Art and Cultural Heritage (INTACH) a enrichi cette collection architecturale de fiches historiques concernant un grand nombre de demeures pondichériennes que l'INTACH cherche à protéger.

b. Les médiateurs privés

L’Alliance Française

L’A.F. bénéficie d’une modeste subvention annuelle d’environ 15.000 euros, destinée à couvrir les frais d’organisation, de représentations et d’hébergement d’artistes ou de conférenciers français sous contrat avec le Ministère des Affaires Étrangères. Ainsi trois ou quatre représentations de la sorte ont lieu chaque année. Cependant tout au long de l’année de nombreuses manifestations culturelles sont organisées avec la participation d’artistes locaux indiens ou français expatriés : concerts, théâtre, danse, marionnettes, conférences, expositions, etc. De plus, l’A.F. possède une bibliothèque très agréable et bien fournie puisqu’elle contient environ 20.000 ouvrages en français. Elle organise au minimum tous les dimanches soir une projection de films tantôt indien, tantôt français. Elle est la principale source de diffusion du film français à Pondichéry. Elle rediffuse également tous les après-midi à 17h30 le journal télévisé de France 2.

L’inauguration de la Maison Colombani (résidence d’artiste, salles d’expositions, centre multimédia, nouvel auditorium, café français, etc) prévue pour novembre 2004 annonce une relance et un nouveau dynamisme de l’action culturelle française à Pondichéry.

Le journal Le Trait-d’Union.

Né sous le titre Jeunesse de l’empire français en novembre 1944, le mensuel ne prend son appellation actuelle qu’en juin 1946 sous l’impulsion d’Abel Clovis. Depuis, Le Trait d’Union n’a cessé de représenter, pour la communauté francophone de Pondichéry, un journal local de référence. De même, il constitue depuis des générations, comme son nom l’indique, le lien entre les Pondichériens installés en France et la terre de leurs pères. L’une des raisons de sa notoriété réside sans doute dans la grande impression de continuité qu’il véhicule à travers le temps. En effet, tout en conservant le même aspect rustique ou traditionnel de la gazette du milieu du siècle, Le Trait d’union s’attache à maintenir dans ses colonnes des rubriques récurrentes qui ont su fidéliser ses abonnés ; il s’agit aussi bien de nouvelles locales (formation des bureaux des associations, résultats du baccalauréat, manifestations culturelles, etc.), que de rappels sur l’histoire française, ou enfin, des essais sur la géographie, la littérature, la civilisation indienne et française. De nombreuses personnalités locales (ou métropolitaines ayant séjourné à Pondichéry) collaborent souvent à la rédaction des articles, ce qui ne manque pas de rendre à chaque tirage l’originalité des opinions exprimées.

L’association « Les Amis de la langue et de la culture française »

Outre les cours de français qu’elle dispense, l’Association organise des conférences sur divers thèmes destinées à faire connaître au public pondichérien des aspects de la civilisation française.

Les librairies « Kaïlash » et « French book center »

Il s’agit tout d’abord de la librairie « French Book Center ». Implantée depuis le 12 janvier 1987 rue Suffren dans un ancien local de l’Alliance Française, elle constitue l’antenne locale d’une société indienne établie à New Delhi. Sri Ramesh Kirpalani, responsable du groupe, offre ainsi aux francophiles pondichériens un choix d’environ 5000 titres, neufs ou d’occasion.

L’autre point de vente principal en matière de livres français est assuré par « Kaïlash  Librairie Française ». Fondée en 1986 par Raj de Condappa, elle « se donne pour mission la diffusion de livres français, quelles qu’en soient la destination et la quantité à travers le sous-continent indien et les pays environnants ». Ainsi, la branche de Pondichéry n’est-elle qu’une de ses quinze implantations dans toute l’Inde. Devenue Société d’édition, « Kaïlash » dispose en plus des centres de vente, d’un bureau d’édition à Pondichéry, à Paris, et à Hanoï. Cette deuxième activité, selon Raj de Condappa, est motivée par la volonté de rendre financièrement abordables, entre autres à la population pondichérienne, les œuvres classiques françaises. Mais l’initiative fut peu à peu abandonnée faute d’audience suffisante. Aujourd’hui « Kaïlash » travaille avec de nombreuses maisons d’éditions françaises (Gallimard, Le Seuil…) et se révèle être un partenaire privilégié du Gouvernement français en Asie, aussi bien en Inde qu’au Vietnam. À Pondichéry, la librairie vend en moyenne 600 titres et en édite environ 15 par an. 7000 titres touchant à des domaines aussi variés que la littérature, la poésie, le théâtre, l’histoire ou l’enseignement, la vie pratique, etc, sont en permanence disponibles dans la librairie. Néanmoins, ces ventes ne concernent que très rarement la population pondichérienne au sens strict. Les clients sont en effet principalement des métropolitains ou des touristes de passage.

La bibliothèque Romain Rolland

La bibliothèque publique Romain Rolland (précédemment mentionnée) met également à la disposition de la population pondichérienne un fonds non-négligeable de livres en langue française. Elle possède près de 140.000 livres, dont environ 40.000 en français. Les livres français sont répartis dans deux catégories de fonds : le rayon « français » de la section ordinaire (romans, poésie…) d’une part, et la collection des ouvrages rares d’autre part interdite au prêt et qui contient un grand nombre d’éditions originales datant du XVIIIe siècle, et se rapportant à Pondichéry et à l’Inde en général.

 

Le français a perdu depuis longtemps à Pondichéry son statut de langue véhiculaire, au profit de l’anglais et plus encore de la langue locale, le tamoul. Située en plein cœur du Tamil Nadu, l’agglomération de Pondichéry est d’abord une ville tamoule dont l’immense majorité des 800.000 habitants est tamoulophone. Le Haut Conseil de la Francophonie (H.C.F.) distingue « les francophones réels », ceux pour qui le français est la langue maternelle, langue seconde ou langue d’adoption, « les francophones occasionnels », ceux qui ont un usage limité du français, et « les francisants », ceux pour qui le français est une langue acquise (apprenants et professionnels du français). Ainsi, bien que Pondichéry ne soit pas répertorié par le H.C.F, les trois types de francophones sont présents à Pondichéry. Parmi les 7000 Français d’origine indienne, une infime minorité, 200 tout au plus, utilise le français dans les échanges quotidiens et moins d’un tiers ont une maîtrise courante de la langue. Le tamoul est donc la langue maternelle des Franco-pondichériens. La francophonie « maternelle » est donc avant tout l’affaire des 600 Français de métropole qui travaillent dans les différentes institutions françaises de Pondichéry, ou qui sont installés à Auroville, soit moins de un pour mille. Les « francisants » sont les 1050 élèves du lycée français et les 400 élèves de l’Ashram qui se partagent le français comme langue d’enseignement ; les étudiants des établissements indiens, du secondaire au supérieur, qui apprennent le français comme langue étrangère dans des conditions pédagogiques convenables ; le millier d’étudiants de l’Alliance Française ; et un petit millier de personnes enfin, anciens fonctionnaires de l’administration coloniale, enseignants de français, ou membres de l’Ashram. La francophonie « maternelle » ne cessera de s’affaiblir à Pondichéry, mais au titre de langue étrangère, le français peut conserver une place appréciable. À l’école, il bénéficie d’une situation privilégiée dans la mesure où l’anglais étant langue d’enseignement, il est la seule langue véritablement étrangère.

D’ailleurs, de l’école au supérieur, des institutions indiennes aux institutions françaises, des associations aux centres privés, un grand nombre d’élèves et d’étudiants le choisissent actuellement.

Si la francophonie est aujourd’hui en voie d’extinction à Pondichéry, pourtant le français est encore largement enseigné dans les différents systèmes éducatifs de la ville.



[1] Trois siècles de présence française en Inde,  actes du colloque du 21 septembre 1994 organisé au Sénat par l’Association « Les comptoirs de l’Inde » en association avec le Centre de Hautes Etudes sur l’Afrique et l’Asie Modernes (CHEAM), ed. CHEAM, 1994