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 (Lettre du CIDIF n° 32-33 -octobre 2005-  page 85)

Chapitre II  : Panorama de l’enseignement du français à Pondichéry

I. Le système scolaire indien 

Signalons que le système scolaire indien repose sur un programme commun à tout le pays avec des adaptations possibles selon les décisions des Etats fédérés. D’autre part, la scolarité est obligatoire jusqu’à quatorze ans sous peine d’amende, et le taux d’alphabétisation (qui comporte beaucoup de disparités selon les Etats) s’élève à 65,4 % en 2001 contre 52,2 % en 1991.

1. Les écoles indiennes gouvernementales et privées

Le tableau III rend compte du système scolaire indien en distinguant l’enseignement privé et gouvernemental et en indiquant les équivalences avec les diplômes français.

On distingue les écoles gouvernementales qui dépendent de l’Etat de Pondichéry et les écoles gouvernementales centrales qui dépendent du Gouvernement Central de Delhi. Dans ces dernières, l’enseignement est dispensé en anglais, et les élèves n’ont pas d’autre choix que le hindi comme option. L’enseignement du français est réparti à différents niveaux : primaire, secondaire et universitaire. Mais c’est surtout à partir de la middle secondary school (aux niveaux IX et X), que ce soit dans les écoles privées ou gouvernementales, que le français est le plus enseigné. Les élèves optent pour le français à une très large majorité parce qu’ils considèrent son apprentissage et l’examen final plus faciles. La situation de Pondichéry n’est alors pas différente de celle du reste de l’Inde. À l’échelle du pays, il y aurait plus de 400.000 élèves apprenant le français dans le secondaire, et 4000 professeurs*. Pour enseigner le français dans les écoles, les enseignants doivent être titulaires au minimum d’un B.A.French. Il n’existe aucune formation spécifique pour l’enseignement. Les méthodes utilisées sont des méthodes traditionnelles de type grammaire-traduction. Beaucoup datent des années 40, et ne font aucune place à la communication ni à l’enseignement de la culture. Parmi ces méthodes, on peut citer « Le cours de langue et de civilisation françaises » par G.Mauger, ou encore « Mantra », méthode indienne proposé par K.Madanagopalan et un groupe de professeurs indiens.

[Voir sur l'édition papier le tableau du système scolaire indien, page 86] 



* Chiffres extraits du  Rapport du Conseil Economique et Social  sur « Les Relations économiques et culturelles entre la France et l’Inde » présenté par M.G.Abadie en 2004, p.90

 

L’enseignement du français se rapproche de l’enseignement d’une langue morte, et les élèves sont bien souvent incapables de tenir une conversation en français, même minime. Cependant, comme Emilie Esnaud l’indique dans son rapport [1], un projet est mené par le Central Board of Secondary Education qui vise à rénover les méthodes. D’autre part, les enseignants de français sont regroupés dans deux associations de professeurs : l’Indian Association of Teachers of French (IATF) créée en 1986, et une association liée au Centre Linguistique Appliquée de l’Inde Méridionale (CLAIM). Ces associations qui reçoivent des subventions, notamment du BCLE, mettent en place des stages de formation et permettent des échanges entre les professeurs sur leur pratique pédagogique.)

2.Les EIPF (Ecoles Indiennes à Programme Français)

Les autorités indiennes du Territoire de Pondichéry, incitées (mais non obligées) par l’article 20 du Traité de Cession à soutenir la culture française dans les ex-comptoirs, mettent en place des structures singulières : des Ecoles Indiennes à Programme Français (EIPF). Ces écoles comprennent principalement le Pensionnat de Jeunes Filles de la rue Dumas (jusqu’à la troisième) créé en 1826, et le Collège Calvé de la rue des Missions (pour les garçons jusqu’à la troisième) créé en 1875, ainsi que quelques petites écoles appelées « nouvelles écoles françaises » dispersées dans la ville. Sur le Territoire de Pondichéry, il y a également les Cours complémentaires à Mahé créés en 1805, et le Collège d’enseignement secondaire à Karikal, en 1849.

Depuis 1962, ces établissements, notamment le Pensionnat de Jeunes Filles et le Collège Calvé, suivent les programmes français, et délivrent à la fin de la troisième le diplôme du Brevet Elémentaire (l’actuel Brevet National). Pour l’année 2004, au Pensionnat de Jeunes Filles, sur six élèves inscrites en 3ème, cinq ont réussi le Brevet. Les enseignants ont tous des diplômes indiens (B.A ou M.A French). L’enseignement est gratuit pour les élèves qui reçoivent une bourse du gouvernement indien. Ils sont majoritairement issus d’un niveau socio-économique modeste. Les 90 % sont de nationalité indienne. Le niveau de maîtrise du français est très faible parce que l’environnement familial ne parlent pas ou très peu français. Lorsqu’ils arrivent en maternelle, les élèves ne parlent pas un mot de français. Les enseignants eux-mêmes utilisent assez peu le français en dehors de la classe.

Aujourd’hui, on compte environ 200 élèves de la maternelle à la 3ème pour le Pensionnat de Jeunes Filles, et environ 80 élèves pour la section française du Collège Calvé. Les effectifs sont en baisse constante. Les causes sont multiples : dénatalité spectaculaire de la population franco-pondichérienne, raréfaction des retours au pays, départs pour la France de familles entières, mais aussi manque considérable de moyens, et non-reconnaissance ni par la France ni par l’Inde des diplômes délivrés jusqu’en troisième. Frappées par cette crise continue d’effectifs, elles risquent de disparaître. Pour y remédier et remplacer le déficit des familles franco-pondichériennes, il faudrait attirer de nouvelles familles indiennes vers l’enseignement en français. Pour cela, il faudrait rendre plus faciles les équivalences avec les diplômes indiens, et mettre en avant l’atout indispensable que représente la maîtrise de trois langues (tamoul, anglais, français) dans la société actuelle, sachant que les autres écoles proposent ces trois langues, mais non comme langue d’enseignement. D’autre part, les responsables redoutent leur disparition parce qu’elles jouent à Pondichéry un rôle politique important dans la mesure où elles symbolisent la spécificité du Territoire face aux projets régulièrement évoqués d’absorption par les Etats environnants.

3. Les universités (Colleges)

Cinq universités possèdent un département de français qui dispense des cours en français et délivrent des diplômes de français (B.A. French, M.A.French, M.Phil in french, Ph.D in french) : Bharathidasan College for Women, Tagore Arts College, Indira Gandhi College of Arts and Science, Kanchi Mamunivar Centre for P.G.Studies, et l’Université Centrale.

Notons le cas particulier de l’université centrale qui dépend du Gouvernement Central de Delhi. C’est le Parlement qui a décidé de l’ouverture du département de français compte tenu des liens privilégiés de Pondichéry avec la France. D’autre part, des programmes d’échanges avec les universités françaises permettent aux étudiants de multiplier leurs chances d’aller en France. Des conventions qui permettent l’échange d’étudiants ont été passées avec l’université de Rennes II et de Bretagne Sud, et concernent environ trois étudiants par an tous départements confondus. Le BCLE de l’ambassade de France en Inde propose également d’envoyer en France des étudiants indiens comme assistants de langue anglaise dans les établissements français pendant un an. Ce système d’assistanat touche environ trente étudiants dans toute l’Inde dont sept cette année à l’Université de Pondichéry. Le BCLE propose aussi des bourses d’étude d’un an pour suivre une maîtrise de FLE en France et contribuer ainsi à la formation des professeurs de français en Inde.

L’ensemble des étudiants de M.A French forme un bloc hétérogène où se côtoient des étudiants venant des universités indiennes (Bharathidasan, Tagore le plus souvent), donc d’un bon niveau d’anglais, ainsi que des étudiants du Lycée Français, donc d’un bon niveau de français.

Les étudiants des autres Départements de ces cinq universités peuvent également choisir le français en option et suivre des cours de français langue étrangère.

 

II. Le système scolaire français 

1. Le Lycée Français

a. Historique

Pour ce paragraphe, nous nous permettons d’emprunter les propos de Pougajendy Bichat dans son mémoire intitulé « La Présence culturelle française à Pondichéry et sa mémoire (aspects contemporains) » présenté en 1996 sous la direction de Jean-Pierre Viallet (IEP Université Pierre Mendès-France).[2]

Le 25 octobre 1826 apparaît l’ordonnance portant la création du « Collège Royal » de Pondichéry. Fondée par le Vicomte Desbassyns de Richemont, Gouverneur de Pondichéry, l’institution est tout d’abord destinée à n’accueillir que « les jeunes gens de la classe blanche ». Mais ses débuts sont difficiles : en effet, on ne compte en 1840 qu’une vingtaine d’élèves et onze professeurs. Si bien que dès 1846, le Roi Louis-Philippe décide de remettre la gestion du Collège à la maison des Missions Etrangères.

En 1848, après la Révolution, l’Etablissement prend le nom de « Collège Colonial » et ce n’est que trente ans plus tard que les élèves indiens y seront admis sans distinction de caste. Les Missions étrangères gardent le contrôle de l’institution jusqu’en 1878, date à laquelle tous les élèves présentés au « Brevet de capacité de l’enseignement secondaire » échouent. Devant l’hostilité croissante manifestée par les députés de l’Inde envers la Mission, le Gouvernement décide de lui retirer la direction du Collège de Pondichéry, pour la confier aux Pères du Saint-Esprit ; compétence qui leur sera néanmoins rétrocédée moins de dix ans plus tard. En 1899, le Collège, entièrement confié à des autorités universitaires, donc laïques, s’ouvre désormais également aux filles. Par ailleurs, y sont déjà dispensés des enseignements de langue anglaise et tamoule.

À la fin de la seconde guerre mondiale, le Collège colonial devient « Collège français » et, tandis que les Etablissements français de l’Inde sont transférés de facto à l’Union Indienne en 1954, il entre aussitôt sous la tutelle du Ministère des Affaires Etrangères (Direction générale des relations culturelles et techniques). La même année, le Premier ministre Nehru se rend à Pondichéry et c’est dans la cour du Collège français qu’il prononcera l’assertion historique : « Pondichéry, fenêtre ouverte sur la France ». Consacré par l’article 21 du traité de cession (1956), le Collège français devient en 1973, « Lycée » conformément à la désignation des Etablissements publics de la métropole qui préparent au baccalauréat.

En 1976 est inaugurée une annexe, rue Bussy, réservée aux classes maternelles. À la fermeture de la section française de l’Ecole des sœurs de Cluny en 1996, le Lycée héritera de son établissement rue Romain Rolland, et y installera son cycle élémentaire.

 

b. Caractéristiques et fonctionnement

Le Lycée français de Pondichéry se distingue des autres établissements d’enseignement français en Inde (Les Ecoles françaises de New Delhi et de Bombay) par sa taille, par les caractéristiques de sa population, et par son statut d’établissement en gestion directe dépendant de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE).

Le Lycée est de loin le plus grand établissement français en Asie. En 2004, il compte 1050 élèves répartis de la maternelle à la terminale, contre 1600 en 1997, et 1407 en 1996. L’établissement a doublé de taille en 1996, en absorbant l’essentiel du lycée des sœurs de Cluny qui ont fermé la partie française de leur établissement et rétrocédé au Lycée français une partie de leurs bâtiments, leurs professeurs (environ 25 maîtresses), ainsi que leurs élèves. Cependant, les effectifs sont tendanciellement en baisse, à un rythme de 20 à 30 élèves de moins chaque année.

L’effectif du personnel est proportionné au nombre d’élèves, et comprend une centaine de personnes réparties comme suit : 47 titulaires Français titulaires de diplômes français (CAPES, Agrégation, et professorat des écoles) dont 15 expatriés qui ont des contrats de 6 ans maximum, et 32 résidents, tous enseignants, qui ont des contrats de 3 ans renouvelables de façon illimitée, ainsi que 53 recrutés locaux directement rémunérés par le Lycée.

La majorité des élèves est de nationalité française (85 % de Français et 15 % d’Indiens) de culture et de langue exclusivement tamoules. Les familles françaises ont droit à une bourse du gouvernement français. Sur les 900 élèves français, les 2/3 bénéficient d’une scolarité quasiment gratuite. Ils sont souvent issus d’un niveau socio-économique modeste. Par contre, les élèves indiens payent leur scolarité à part entière, et sont issus d’un milieu socio-économique plus élevé. Ce n’était pas le cas il y a 10 ans, parce qu’un ancien proviseur avait mis en place une réduction de 50 % des frais d’écolage pour les Indiens mettant ainsi le Lycée au même prix que certaines écoles indiennes, et ce pour une meilleure qualité d’enseignement. Cette politique est aujourd’hui terminée, mais certains élèves qui sont aujourd’hui en troisième en bénéficient toujours. Le tableau IV, extrait du site Internet du Lycée, montre le tarif des frais de scolarité pour l’année scolaire 2003-2004 :

 

 

Par an

Par mois

Maternelle

15.750 Rs

1750 Rs

Élémentaire (avec les fournitures)

17.640 Rs

1960 Rs

Secondaire (1er cycle)

20.115 Rs

2235 Rs

Secondaire (2ème cycle)

25.470 Rs

2830 Rs

Tableau IV- Frais de scolarité pour l’année 2003-2004.

Compte Tenu de la modicité des frais d’écolage, le Lycée est très dépendant de la subvention d’équilibre de l’AEFE qui ne cesse de baisser d’année en année. La trésorerie du Lycée est donc devenue très tendue.

À partir de la 3ème, les élèves qui maîtrisent mal le français sont orientés en BEP, et compensent leur défaut de langue par un apprentissage pratique. D’ailleurs, à la fin du BEP électrotechnique, on remarque de bons résultats, et nombreux sont ceux qui intègrent une 1ère d’adaptation en France et réussissent un baccalauréat technique. La moitié de ceux qui sont partis ont obtenu un BTS ou un DUT. Après leur bac, les élèves partent en France suivre des études supérieures à l’université ou en classes préparatoires. Le problème se pose pour ceux qui veulent rester en Inde parce que les équivalences de diplômes restent difficiles, sauf avec le Département de français de l’Université centrale qui accueille les bacheliers français. Pour l’année 2004, on compte cinq élèves en terminale littéraire, neuf en terminale économique et sociale, seize en terminale scientifique, et vingt-sept en terminale STT. Le taux de réussite au bac est élevé.

Notons d’autre part, quelques provenances spécifiques d’élèves qui arrivent au Lycée en cours de cursus : quelques élèves de Karikal qui suivent les cours du Collège d’enseignement secondaire et arrivent au Lycée en 6ème où ils bénéficient de la possibilité de l’internat, une vingtaine d’élèves d’Auroville et quelques élèves de l’Ashram (deux ou trois par an seulement) qui arrivent généralement en 4ème.

c. Avenir

Au-delà de ses problèmes financiers, l’avenir du Lycée est incertain compte tenu de l’érosion continue de la population des Franco-Pondichériens qui partent s’installer en France. L’objectif actuel est de compenser le déficit du nombre d’élèves français en favorisant une augmentation du nombre d’élèves indiens. Afin d’attirer les familles indiennes, plusieurs orientations sont mises en place par l’actuel Proviseur, M.Vandendriessche :

-   instaurer le tamoul dès la classe de maternelle

-   renforcer l’apprentissage de l’anglais au primaire avec 3 heures hebdomadaires (contre une seule actuellement)

-   résoudre les problèmes d’équivalences avec les universités indiennes

-   donner un nouveau statut au Lycée, celui d’un Lycée franco-indien

2. Le CFPA

Suite à une décision du Ministère des Affaires Etrangères, le centre a dû fermer ses portes en avril 2004. Pourtant, il jouait un rôle important dans l’intégration professionnelle des jeunes Indiens et franco-pondichériens, et dans le dialogue entre la culture française et tamoule. Revenons donc sur sa place à Pondichéry et ses objectifs.

Inauguré le 2 janvier 1986, le Centre de Formation Professionnelle de Pondichéry (Franco-Indian Vocational Training Center) comprenait les formations suivantes toutes dispensées en français :

-      Préparatoire Polyvalente à la formation et à l’emploi

-      Initiation Professionnelle à Dominante Linguistique

-      Confection Industrielle

-      Électricité d’Equipement Industriel

Il était ouvert aux Français résidant à Pondichéry âgés de plus de 17 ans ayant été scolarisés en français et candidats à une formation professionnelle sur place, ainsi qu’aux adultes désirant se perfectionner ou se recycler. Il accueillait également, dans le cadre d’une procédure de quotas, des stagiaires indiens ayant une connaissance suffisante en langue française. Il comptait environ 70 % de Français qui ont obtenu la nationalité assez tardivement et issus d’un milieu socio-économique modeste, et 30 % d’Indiens issus d’un milieu socio-économique plus favorisé. Les programmes, comme la pédagogie, étaient ceux de l’Association nationale pour la Formation professionnelle des Adultes (AFPA), sous la tutelle du Ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle. Les programmes et la pédagogie étaient adaptés au contexte local, et la formation était essentiellement pratique.

L’AFPFE* assurait le fonctionnement du centre grâce aux financements des différents Ministères qui participaient à son Conseil d’Administration. Le centre était géré localement par l’Association pour la gestion du Centre (association de droit indien) qui recevait des fonds indiens et français. Le suivi pédagogique, technique et financier était assuré par l’AFPFE et notamment la mission Emploi-Formation du Ministère des Affaires Etrangères et par le Département « Français à l’étranger » de l’AFPA.

Le centre tirait son originalité de la coopération franco-indienne. En effet, il avait adapté ses programmes aux deux contextes français et indien et les stagiaires pouvaient travailler dans des entreprises en France et en Inde. Les équipements étaient donc mixtes, ainsi que les programmes et les contenus des formations qui répondaient aux exigences des normes françaises et indiennes. Les enseignants étaient soit des coopérants français AFPA, soit des expatriés, soit des enseignants locaux français ou indiens.

Au fil des années, le centre avait évolué en fonction des besoins de son public majoritairement tamoulophone, et avait donc renforcé la pré-formation linguistique en augmentant le nombre d’heures et en orientant les méthodes d’apprentissage vers le développement des compétences de communication (renouvellement des méthodes, dispositif multimédia, laboratoire de langues, etc). Il comptait environ vingt étudiants en formation qualifiante et quarante en pré-formation linguistique. Les étudiants français partaient généralement en France accompagné de leur famille et trouvaient des stages pratiques puis un emploi relativement facilement. Pour les étudiants indiens, la situation était plus délicate car les équivalences des diplômes français en Inde reste difficile, la solution était bien souvent pour eux le mariage avec une personne de nationalité française.

Bien que les effectifs se soient maintenus, et que le rôle essentiel du centre ait été reconnu, la France s’est progressivement retirée. En 2000, l’AFPA se retire, et les coûts sont entièrement assurés par le Ministère des Affaires Etrangères. Durant l’été 2003, le Gouvernement français pose des conditions : trouver des co-financements locaux sinon le centre sera fermé. Le Ministère du Travail de Pondichéry accepte de prendre en charge ¼ du budget, mais le MAE déclare cela insuffisant et annonce la fermeture du centre en février 2004. Les stagiaires déjà engagés peuvent cependant terminer leur cycle de formation. Sur cinquante stagiaires, vingt font une demande de rapatriement auprès des services consulaires et partiront pour la France dans les trois mois. La trentaine de Français a l’espoir de recevoir une aide de la France, pour les Indiens la situation est très critique. Ce désengagement de la France va à l’encontre des liens apparents et supposés de Pondichéry avec la France, et marque peut-être, selon les propos de M.Jean-Luc Cellié, Directeur du CFPA, « le début de la fin de la présence française à Pondichéry ».

III. Le système éducatif franco-indien : l’Alliance Française

L’Alliance Française de Pondichéry fut créée en 1889. C’est une association à but non lucratif, de droit indien, dirigée par un comité d’administration de douze membres élus pour deux ans lors de son assemblée générale. Les postes clé sont occupés par des militaires français à la retraite. Son président est obligatoirement de nationalité indienne, alors que son directeur de nationalité française est nommé par le Ministère des Affaires Etrangères. L’Alliance compte également une quinzaine de personnes : responsables de l’administration, et personnel de service chargé, par exemple, de l’entretien des bâtiments et du jardin. Sur le plan financier, l’Alliance Française vit essentiellement de la recette des cours et d’une subvention annuelle versée par la France.

Le corps enseignant se compose d’une coordinatrice des cours, titulaire d’une maîtrise de FLE et d’un DEA de droit international, et de dix à quatorze professeurs selon les sessions dont quatre sont titulaires d’une maîtrise de FLE, trois sont inscrits à l’université en France pour l’option FLE de la licence de Lettres Modernes, cinq sont titulaires d’un M.Phil in French délivré par l’Université centrale, les autres sont titulaires de M.A French de l’Université centrale également, et le doyen, est également professeur de tamoul au Lycée français.

Les cours sont répartis sur 100 heures en dix semaines. Ils ont lieu du lundi au vendredi, le matin dès 6h30, ou le soir à partir de 18h. Chaque session, un programme de cours intensif est mis en place à raison de 200 heures réparties en deux fois deux heures par jour. L’Alliance prépare les étudiants à des diplômes reconnus par l’Alliance Française de Paris : le Certificat Préparatoire (CP) au diplôme de langue française, et le Diplôme de Langue française (DL).

L’Alliance Française de Pondichéry compte entre 1600 et 1800 inscriptions par an (sachant qu’un étudiant peut s’inscrire à une seule ou plusieurs sessions successives). Lors de la session de janvier 2004, les étudiants étaient environ 450. La moyenne d’âge se situe aux alentours de 20 ans, mais le public est assez hétérogène. On y rencontre des étudiants, des médecins, des avocats, des fonctionnaires, des jeunes sans emplois, etc. À la différence des autres Alliances Françaises de l’Inde dont le public est aisé, la plupart des étudiants de l’Alliance française de Pondichéry se situent dans les couches inférieures de la middle class. Cependant si la majorité est tamoulophone, 90 % maîtrisent l’anglais. La méthode la plus utilisée par les enseignants est celle de « Panorama ».

Voulant maintenir sa réputation de qualité pour l’apprentissage du français, l’Alliance Française a récemment mis en place de nouveaux projets :

-      Introduction des nouvelles méthodes « Campus » et « Forum » dans des classes pilotes

-      Formation des enseignants : stages d’un mois au CLA de Besançon pour l’utilisation de nouveaux supports comme TV5, RFI, la chanson, etc, mais aussi prise en charge des frais pour suivre les cours de la Maîtrise FLE par télé-enseignement à l’Université de Rouen.

-      Initiation à l’utilisation de CD-rom d’auto-apprentissage en dehors des cours

-      Accent mis sur la compétence de communication : jeux de rôles, utilisation de petites séquences de TV5 intitulées « France feeling »

D’autre part, l’Alliance Française offre un programme culturel riche et varié qui fait à la fois connaître la culture française et la culture indienne. En novembre 2004, sera inaugurée par l’Ambassadeur de France en Inde, la Maison Colombani (bâtiment colonial racheté et rénové par l’Alliance Française) qui comprendra un café français, une galerie d’art, une résidence d’artistes, ainsi qu’un centre multimédia. Ainsi, l’Alliance Française par son dynamisme tente de maintenir la présence culturelle française à Pondichéry dans un dialogue constant avec la culture locale.

IV. Le système associatif indien : « Les Amis de la langue et de la culture françaises »

L’Association des « Amis de la langue et de la culture françaises » fut créée en 1955 par M. Lambert. Saravane, professeur et ancien député à l’Assemblée Nationale à Paris. Elle compte aujourd’hui près de quatre-vingts membres, pour la plupart anciens professeurs, médecins, juristes, et militaires. Son Président est actuellement M.Claude Marius également membre du comité de l’Alliance Française, rédacteur en chef du Trait-d’Union, et ancien membre de l’ORSTOM . Elle poursuit un double objectif : développer la connaissance de la langue française en dispensant des cours pour débutants, et promouvoir la connaissance de la culture française par l’organisation de conférences dont les thèmes sont variables.

Les cours s’adressent à des adultes débutants qui veulent pouvoir développer leur capacité de communication rapidement afin de partir en France à court terme. Ils se répartissent en deux niveaux qui comprennent chacun pour l’année 2004, trente et quarante étudiants. Les professeurs, au nombre de trois, sont retraités français et ont vécu en France. Ils n’utilisent pas de supports-papier ni de méthodes, mais s’efforcent de développer la compétence de communication de leurs apprenants par une sollicitation orale constante. Les cours ont lieu deux heures par jour du mardi au vendredi dans l’enceinte du Lycée français.

 

V. Le système éducatif international à tendance spirituelle

1. Le Centre International d’Education Sri Aurobindo

Le Centre International d’Education Sri Aurobindo fait partie de l’Ashram de Sri Aurobindo crée en 1926 et lui sert de lieu d’expérimentation et de recherche nouvelles en éducation. On y enseigne – depuis le Jardin d’enfants (les élèves ont alors 3 ans) jusqu’aux niveaux supérieurs (ils ont alors 21 ans) – les humanités, les langues, les sciences, la technologie, la musique, la danse, l’art dramatique, les travaux manuels, et une place importante est faite à l’éducation physique et sportive. Le centre compte 400 élèves de diverses nationalités, notamment indienne et française, majoritairement tamoulophones. Selon les principes de Sri Aurobindo et de la Mère, l’enseignement des mathématiques et des sciences se fait en français, le reste des enseignements se fait en anglais. Mais dès l’âge de 3 ans, les enfants sont initiés au français, à l’anglais et au sanskrit. À l’âge de 7 ans, les élèves doivent maîtriser quatre langues : anglais, français, sanskrit et tamoul. Le centre participe ainsi à sa manière au maintien d’une certaine francophonie à Pondichéry.

2. Auroville

Créée par la Mère en 1968, Auroville se veut une cité universelle où chacun doit pouvoir vivre en paix et en harmonie au-dessus de toute croyance, de toute politique et de toute nationalité. (cf. présentation en annexe) Sur les 1600 résidents actuels de nationalités diverses, on dénombre plus de 250 Français. La cité compte de nombreuses écoles dont beaucoup proposent le français comme première ou seconde langue étrangère. C’est le cas de « Transition school » et de « After school ». Il existe également un laboratoire de langues qui dispense des cours de français à des classes ou à des particuliers. Dans la lignée des principes de Sri Aurobindo et de la Mère, les langues les plus étudiées à Auroville sont l’anglais, le français, le sanskrit et la tamoul. Auroville représente un foyer de francophonie à Pondichéry en ce qu’elle attire beaucoup de Français d’une part, et promeut l’enseignement du français d’autre part.

Ainsi, le français est toujours largement diffusé, mais pour quelles raisons les étudiants et leurs familles font-ils le choix du français dans une société essentiellement tamoule ?

 



[1] ESNAUD Emilie, « La place du français en Inde », Ambassade de France en Inde, Juillet 2001, p.19

[2] Le mémoire de Pougajendy Bichat a été publié dans la Lettre du CIDIF

* Association pour la Formation Professionnelle Française à l’Etranger