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(Lettre du CIDIF n° 32-33 -octobre 2005-  page 123) 

                          III. Perspectives professionnelles

Les étudiants font le choix du français pour les perspectives professionnelles que celui-ci offre. 77 % des étudiants interrogés pensent que le français leur sera utile dans leur vie professionnelle.

1. La voie classique de l’enseignement

Le métier d’enseignant, et plus particulièrement celui de professeur de français, offre beaucoup d’opportunités d’emploi, notamment dans les écoles. Pour faire face au fort taux d’élèves qui choisissent le français, les écoles recrutent de nombreux professeurs. Ceux-ci doivent être au minimum titulaires d’un BA French, mais il est préférable d’être en possession d’un MA French. Il existe également un concours de spécialisation pour les enseignants qui constitue un atout supplémentaire pour le recrutement. Dans les colleges, les professeurs doivent être titulaires d’un M.Phil et même d’un Ph.D 29 % des étudiants interrogés se destinent à une carrière dans l’enseignement. Les salaires sont d’environ 3500 roupies par mois (soit environ 80 euros) en début de carrière jusqu’à 7000 roupies (soit environ 160 euros) en fin de carrière, avec un salaire un peu plus important dans les écoles publiques. Cela représente un salaire moyen en Inde. Cette voie professionnelle a l’avantage d’offrir facilement un emploi mais constitue également une reconnaissance sociale importante. De plus, les filles sont plus nombreuses à se diriger vers ce métier car elles peuvent ainsi rester à Pondichéry. Comme M. Kichnamurthy nous l’a dit : « la majorité des filles ne peuvent ou ne veulent pas quitter Pondichéry ». Les étudiants sont conscients de l’avantage qu’ils ont avec leurs diplômes de français. Ainsi, Magalakshmi, étudiante en 1ère année de MA French, nous fait part de son assurance pour l’avenir : « cette langue a un futur brillant à Pondichéry en cas de profession, surtout si on veut devenir professeur de français ».

 

2. De nouveaux domaines grâce à l’essor économique

Rahul, étudiant en 2ème année de M.A. French nous expose l’utilité du français sur le nouveau marché du travail : « En Inde aujourd’hui, beaucoup de gens se motivent pour apprendre une langue étrangère (à part l’anglais bien sûr) avec leurs études normales parce que ça augmente leur employabilité dans le marché. Et le français est le plus préféré ».

a. Emplois liés au tourisme

Suivant l’essor économique général en Inde, le Gouvernement de Pondichéry mise sur le développement du tourisme tant national qu’international. Les Indiens des grandes villes, comme Chennai (ex Madras), viennent à Pondichéry passer le week-end, alors que les Européens y passent généralement plusieurs jours. Pondichéry est une étape incontournable des « tours opérators » lorsqu’ils font visiter l’Inde du Sud. Ainsi M.Georges Abadie dans son rapport note que « l’attractivité de la côte et de l’intérieur est indéniable et déjà des “tours opérators“ incluent Pondichéry dans leurs circuits-autocars du Sud de l’Inde (de Chennai à Mumbai) avec repas et coucher dans la ville. »[1] Les infrastructures touristiques se développent : hôtels, restaurants, magasins, transports, agences de voyage, etc. La politique touristique du Gouvernement met en avant la spécificité de Pondichéry liée à la présence française. Ainsi, le français sert plus de décor que de véritable vecteur linguistique. Une publicité pour le tourisme à Pondichéry montre bien l’accent mis sur la présence française et sur le français comme touche finale à cette ambiance française : « In Pondicherry, discover glimpses of the Boulevard Town built by the French in the 18th and 19th centuries. Exquisite villas tucked way behind high walls with bright flowering bougainvillea. Boutique hotels, majestic monuments and embellished churches that reflect French architecture. Cuisine that is as French as in the quaint cafés in Paris. And don’t be surprised as the rickshawallahs thank you with a” merci”, when you get off. Come »

Dans ce contexte, la maîtrise du français est un atout recherché par les entreprises de tourisme. Comme nous l’explique M.Kichnamurthy, les étudiants ne s’y trompent pas : « les étudiants continuent le français pour les opportunités professionnelles que celui-ci offre : tourisme, traduction, interprète, secrétariat, etc. » Les étudiants sont conscients du contexte favorable de Pondichéry pour le français. Maria, étudiante de 1ère année de M.A French, nous dit : « A Pondichéry, si on apprend le français, on peut gagner beaucoup d’argent quand on décide d’aller au travail. » Sandou, étudiante de 1ère année de M.A French, nous fait part de son projet professionnel : « Mon projet professionnel est à devenir une interprétatrice parce que Pondichéry est une ville qui consiste beaucoup de Français. » Certains étudiants de l’Alliance Française et de l’Association des « Amis de la langue et de la culture françaises » sont déjà employés dans ces structures ou projettent d’y être, et apprennent le français dans cette optique. Ainsi, par exemple, nous retrouvons dans les cours de l’Association des employés de Hot Breads, la chaîne de boulangeries à la française installée à Pondichéry.

 b. Ouverture au commerce international

L’Inde compte plus de 180 entreprises françaises qui emploient directement plus de 20.000 personnes. Elles sont réparties comme suit dans le pays : Delhi 40 %, Mumbai (ex Bombay) 30 %, Bangalore 15 %, Chennai (ex Madras) 15 %. Les entreprises de services notamment, comme les centres d’appel, les banques, mais aussi les domaines de la traduction technique et l’édition, implantées à Chennai et à Bangalore font appel à des étudiants qui maîtrisent le français. Des call-centers de Bangalore viennent directement recruter les étudiants de M.A French comme nous l’a expliqué M.Kichnamurthy : « Des entreprises privées, comme celles de Bangalore, sollicitent régulièrement les étudiants du département. Mais il y a finalement assez peu de résultats car nous avons affaire à une majorité de filles qui ne pourront ou ne voudront pas quitter Pondichéry. ». La migration contraire existe aussi. Ainsi, certains étudiants de Bangalore viennent à Pondichéry pour y apprendre le français et trouvent ensuite facilement du travail dans les entreprises de leur ville d’origine. C’est le cas de Rahul, étudiant en 2ème année de M.A French qui a trouvé du travail à Bangalore dans une entreprise française dès l’obtention de son diplôme : « Pour le boulot que je fais à Bangalore, il faut qu’on sache le français. Donc, le français m’a aidé de trouver du boulot facilement. C’est un boulot délocalisé de France (GE Capital Equipment Finance). Nos responsabilités comprennent de valider à l’ordinateur des contrats de financement dont les documents sont scannés et nous les recevons sur l’écran. De temps en temps, il faut coordonner avec nos contreparties en France. »

c. Le trilinguisme, nouvel atout

Les projets actuels des écoles s’inscrivent dans ce nouveau contexte d’ouverture internationale. Il s’agit de promouvoir la maîtrise de trois langues (anglais, français, tamoul), qui représente comme le dit M.Ambroise, professeur de mathématiques au Pensionnat de Jeunes Filles, « un atout indispensable dans une société multilingue ouverte au commerce et au tourisme ». M.Vandendriessche, Proviseur du Lycée français, veut ainsi instaurer le trilinguisme dès les petites classes en renforçant l’enseignement de l’anglais et en ouvrant l’enseignement du tamoul dès la maternelle.. Les écoles d’Auroville et de l’Ashram par leur ouverture internationale et leur enseignement multilingue participent également à la promotion de ces trois langues. L’Alliance Française, elle, a mis en place de nouvelles méthodes communicatives et interactives qui permettent aux étudiants une communication rapide et efficace en français. Comme le fait remarquer Emilie Esnaud dans son rapport, l’avenir du français en Inde, et c’est vrai aussi pour Pondichéry, passe par une coopération étroite entre les deux pays et une mise en avant des domaines professionnels qui touchent le français : « L’action conjuguée des relations franco-indiennes dans les domaines tels que le commerce, l’économie, la science ou la recherche, et des objectifs plus spécifiquement linguistiques permet d’envisager un nouvel accroissement de la demande [d’apprentissage du français] ainsi qu’une réponse efficace à celle-ci. (…) Le français a donc besoin pour se développer en Inde de domaines spécifiques qui mettent en avant une professionnalisation de l’enseignement et des débouchés. »[2]

Si le français permet aux étudiants d’envisager une carrière professionnelle sûre en Inde, il constitue surtout un espoir d’aller en France pour y trouver un quelconque travail. On passe alors d’ambitions professionnelles définies à des perspectives professionnelles incertaines mêlées de l’espérance d’une vie meilleure.

 

IV. Le « french dream »

1. Naissance et entretien du mythe

Selon la définition proposée par le Robert de la langue française, le mythe est « l’image simplifiée, souvent illusoire, que des groupes humains se forment ou acceptent au sujet d’un individu ou d’un fait quelconque, et qui joue un rôle déterminant dans leur comportement ou leur appréciation. » À Pondichéry, la population, notamment celle des Franco-Pondichériens, s’est fait de la France une image idéalisée de réussite sociale et économique facile.

a. Rappel historique

La communauté franco-pondichérienne n’est pas homogène. Elle est constituée à l’origine de différentes populations : une population créole, une population d’origine métropolitaine et une population de souche indienne souvent catholique dont un certain nombre d’éléments avaient choisi à la fin du XIXe siècle de devenir juridiquement français en se plaçant sous le code civil français et en renonçant à leur statut d’indigène. Lors du rattachement à l’Inde, l’option a été offerte à la population pondichérienne de choisir entre la nationalité française et la nationalité indienne. Ceux qui ont opté pour la nationalité française appelés « optants », majoritairement des fonctionnaires de l’administration française, des personnes assimilées culturellement aux Français, et des militaires, sont devenus Français mais ont conservé le droit, reconnu par le Traité de Cession, de rester en Inde et de bénéficier d’un certain nombre de privilèges français. Ce sont les premiers à quitter Pondichéry pour aller s’installer en France soit pour embrasser une carrière militaire soit pour poursuivre leurs études et trouver du travail. Mais ce sont également les premiers à revenir au pays prendre leur retraite. Les militaires, engagés assez tôt, ayant fait au moins quinze ans de service en Indochine ou en Afrique, sont revenus à Pondichéry prendre leur retraite bénéficiant de pensions conséquentes par rapport au coût de la vie en Inde, ce qui leur permet de jouir de conditions de vie enviées par les ressortissants indiens. Les retraités de l’administration civile sont également revenus s’installer à Pondichéry au moment de leur retraite. Leurs enfants sont quant à eux souvent installés définitivement en France, ils sont en général mieux intégrés et d’un niveau socio-économique plus élevé.

 b. La situation aujourd’hui

Aujourd’hui, cette tradition migratoire n’est pas nouvelle, la différence est qu’elle est assez souvent définitive. Les candidats au départ espèrent trouver en France de meilleures conditions socio-économiques qu’en Inde. De plus, les jeunes qui ont des diplômes français (issus du Lycée majoritairement) éprouvent des difficultés d’équivalence avec le système universitaire indien, mais également sur le marché du travail pondichérien. L’accès à la fonction publique indienne leur est interdit du fait de leur nationalité française. Mais surtout ce qui les pousse à partir c’est le mythe de l’Eldorado français : le S.M.I.C. ou le R.M.I. font rêver parce que, convertis en roupies, ils offrent un pouvoir d’achat supérieur à celui d’un cadre supérieur en Inde. La couverture sociale française, l’assurance-chômage, le recours aux services sociaux des municipalités constituent des avantages très attractifs pour les Pondichériens. M. Vandendriessche, Proviseur du Lycée, explique la baisse actuelle de ses effectifs par cette attraction économique de la France : « La baisse actuelle des effectifs est due au départ de cette catégorie [les Franco-pondichériens], en majorité pour les élèves de primaires et collège, dont les parents, de nationalité française et encore jeunes et actifs, tentent leur chance en France. C’est le rêve du R.M.I. qui, pour l’Inde, représente un pouvoir d’achat considérable, même si c’est un leurre. »

La réalité française est souvent difficile et les nouveaux venus se heurtent au chômage, à la précarité des conditions de travail, aux difficultés de trouver un logement, au déracinement culturel, à l’individualisme, et pour certains à la barrière de la langue. Les familles franco-pondichériennes déjà installées en France, en banlieue parisienne pour la plupart, et qui doivent faire face à une situation socio-économique souvent médiocre, ne sont pas toujours à même d’aider les nouveaux arrivants. M.Vandendriessche nous a confié qu’il « existait tout de même beaucoup de retours précipités de familles désillusionnées. » Mais généralement, les familles restent en France, et vivent, pour la plupart, de petits métiers et d’allocations. Certains, arrivés dans les années 80, jouissent d’une situation plus favorable. Selon leurs conditions économiques, les familles reviennent plus ou moins régulièrement à Pondichéry passer les vacances. Aucune ne fait part lors de ces retours de ses difficultés en France, au contraire, elles entretiennent le mythe de l’argent facile et de la réussite sociale et économique. Tout est mis en œuvre pour montrer sa réussite : nombreux cadeaux, photos de maisons et de voitures, nombreux achats et déplacements sur place, et surtout discours de la réussite en France. Et même si les services consulaires essaient de prévenir les candidats au départ sur les conditions de vie en France, le « french dream » rapporté et entretenu par ceux qui reviennent passer les vacances, reste plus fort, et attise l’envie et l’espoir non seulement des Franco-Pondichériens mais aussi des ressortissants indiens. Fatou Diomé dans son roman Le ventre de l’Atlantique raconte à travers l’histoire de Salie, jeune sénégalaise immigrée en France, « la face cachée de l’immigration », comment le mythe de la France est entretenu par ceux qui rentrent au pays pour les vacances et qui ne veulent ni dévoiler leur situation inconfortable en France ni décevoir les attentes et les espoirs de ceux qui sont restés au pays. Salie tente de rétablir la vérité, mais sa famille ne l’entend pas, trop imprégnée du rêve des discours des autres et de sa représentation idéalisée et stéréotypée de la France : « J’avais beau dire à Madické que, femme de ménage, ma subsistance dépendait du nombre de serpillières que j’usais, il s’obstinait à m’imaginer repue, prenant mes aises à la cour de Louis XIV ».[3] Le « french dream » à Pondichéry relève de ce même processus général commun à toutes les immigrations.

2. L’apprentissage du français, source de tous les espoirs

a. L’espoir des études

Si au départ, à l’école, le choix du français n’est motivé que par la facilité, peu à peu, les étudiants et leur famille se mettent à aspirer au même rêve, celui de la réussite en France. Chaque étudiant a intériorisé, consciemment ou non, ce mythe du « french dream ». Même s’il est difficile de distinguer le rêve de la réalité, notons que 92 % des étudiants interrogés pensent un jour aller en Franc. De plus, une large majorité (65 % des étudiants interrogés). a de la famille plus ou moins proche déjà installée en France et qui revient lors des vacances exposant ainsi sa réussite et nourrissant l’espoir des autres membres encore à Pondichéry. En poursuivant l’apprentissage du français (en B.A, M.A, M.Phil), les étudiants multiplient leurs chances de pouvoir partir poursuivre leurs études en France. La poursuite des études est d’ailleurs la première raison invoquée au désir de départ en France (47 % des étudiants interrogés). Pour les élèves du Lycée, qu’ils soient de nationalité française ou indienne, il est plus facile de faire des études supérieures en France qu’en Inde compte tenu de la difficulté des équivalences des diplômes avec les universités indiennes. Pour les autres étudiants, des Départements de français et de l’Alliance Française, il leur est possible de poursuivre leurs études dans les universités françaises grâce au système d’équivalence, cependant les difficultés seront plus d’ordre financier. Les Français peuvent bénéficier de bourses du gouvernement français, les Indiens peuvent poser leur candidature pour une bourse d’études d’un an auprès du BCLE de l’Ambassade de France à New Delhi. Mais bien souvent, la recherche d’un travail et l’installation en France fait suite au projet d’études. Peu d’étudiants partent seuls en France. Il s’agit souvent d’un départ familial ou tout au moins d’un projet ou d’un espoir de déplacement familial à plus ou moins long terme. Brigitte Tison dans son enquête auprès des jeunes Pondichériennes candidates au départ, relève les propos d’une jeune lycéenne : « Comme le dit une lycéenne interrogée, aller en France pour soi, c’est une idée occidentale. C’est en fait le groupe familial tout entier qui est engagé dans une telle décision ».[4]

 

b Espoir du travail

Les étudiants apprennent également le français dans l’espoir de trouver du travail en France. C’est d’ailleurs la deuxième raison avancée au désir de partir en France (27 % des étudiants interrogés) Aucun n’a vraiment d’idée du travail qu’il pourrait y effectuer. Et bien qu’ils soient conscients du problème du chômage en France, l’idée de trouver facilement n’importe quel type d’emploi est très présente. Brigitte Tison relève dans les aspects faciles de la représentation de la France chez les jeunes Pondichériennes, en premier lieu la langue (« on parle français », « nous avons suivi les cours de l’Alliance Française ou de l’AFPA », « ce n’est pas un problème »), et en deuxième lieu l’emploi (« là-bas tout est possible », « l’important, c’est de travailler », « la situation n’est pas meilleure à Pondichéry »)[5]. On remarque une différence importante entre les filles et les garçons. Le départ en France pour les garçons est justifié par la recherche d’un travail, pour les filles, la trajectoire la plus classique est encore représentée par le mariage. Elles sont peu incitées à prendre des responsabilités professionnelles. M.Vandendriessche explique que « beaucoup des garçons qui obtiennent un bac partent en France, mais la situation est très différente pour les filles qui arrêtent leurs études pour se marier. » Si les étudiants des Départements de français partent pour poursuivre leurs études dans un premier temps et cherchent du travail ensuite, ceux de l’Association des « Amis de la langue et de la culture françaises » partent pour chercher directement du travail.

c. L’espoir du mariage

Selon la tradition générale indienne qui veut que les mariages soient arrangés par les familles, et dans le contexte particulier de Pondichéry qui conserve un lien privilégié avec la France, la nationalité française des jeunes, leurs diplômes, et leur maîtrise du français se négocient âprement. La nationalité française d’une fille constitue un élément marchand négociable et envié qui est susceptible d’intéresser les familles de nationalité indienne qui ont un jeune homme à marier et qui misent sur l’espoir de la réussite en France. Les garçons qui n’ont pas la nationalité française misent sur leurs diplômes de français susceptibles d’intéresser une famille de nationalité française ayant une jeune fille à marier. C’est le cas de Aaron, par exemple, étudiant en 2ème année de M.A French qui, après un diplôme de commerce (B.com.), et sur les conseils de sa famille, s’est tourné vers l’apprentissage du français dans l’espoir de se marier à une fille de nationalité française pour pouvoir partir plus facilement en France. Les filles de nationalité française poursuivent leurs études en français dans l’espoir d’acquérir une connaissance de la langue et de la culture françaises préparant à un éventuel départ pour la France avec leur futur mari. M.Kichnamurthy nous expliquent que « ceux qui ont la nationalité française partent plus facilement en France soit pour continuer leurs études, soit pour s’installer en France par le biais d’un mariage. » M.Ambroise, lui, nous expose l’espoir des familles de nationalité indienne qui mettent leurs filles au Pensionnat de Jeunes Filles (EIPF) : « Pour les filles, c’est l’espoir de se marier avec un Français et d’aller peut-être un jour en France. » L’Alliance Française constitue, outre un lieu d’apprentissage de la langue française, un lieu de rencontre potentiel pour les jeunes gens de la même classe sociale et qui ont un rapport plus ou moins direct avec la France. L’apprentissage du français comme moyen de parvenir à un mariage qui aboutira à un départ en France n’est avancé qu’à demi-mot par les étudiants et étudiantes. (seulement 1 % des étudiants interrogés avancent cette raison à la question « pourquoi apprenez-vous le français » mais quand même 10 % à la question « pourquoi allez-vous aller en France ? » cf. graph.30) Pourtant, grâce à la confiance que j’ai pu établir avec des étudiantes, il est apparu que l’espoir de faire un « bon » mariage justifie souvent l’apprentissage du français.

Le choix du français aujourd’hui à Pondichéry répond à la situation socio-économique de la ville : tournée vers la modernité et l’essor économique, il ouvre de nouvelles perspectives professionnelles, ancrée dans la tradition et la précarité socio-économique ; il représente l’espoir d’aller en France et/ou de faire un « bon » mariage.

 

 



[1] ABADIE Georges, « Les Relations économiques et culturelles entre la France et l’Inde », Avis et Rapports  du Conseil Economique et Social en avril 2004, p.112

[2] ESNAUD Emilie, « La place du français en Inde », Ambassade de France en Inde, Juillet 2001, p.30

[3] DIOME Fatou, Le ventre de l’Atlantique, Anne Carrière, 2003, p.50

[4] TISON Brigitte, « A propos de Pondichéry aujourd’hui. Notes préliminaires d’une enquête sur l’émigration des jeunes Pondichériennes vers la France. », dans la revue Historiens et Géographes, n°356, Mars 1997, p.290

[5] Op.cit, p.298