Blue Flower

(Lettre du CIDIF n° 32-33 -octobre 2005-  page 206) 

 

Loin de Chandigarh, Tarun J. Tejpal, [traduit de l’anglais (Inde) par Annick Le Goyat], Buchet-Chastel, 2005

Titre original :“The alchimy of desire“, Ed. Picador, London, 2005

L’amour n’est pas le ciment le plus fort entre les êtres. C’est le sexe“. Ainsi débute le roman. Cette première phrase risque fort de braquer le lecteur. Mais il découvrira que l’écrivain en a sciemment pris le risque …

Le premier chapitre se situe au moment de la séparation d’un couple. Le narrateur explique :“J’étais encore follement amoureux d’elle lorsque je la quittai, mais le désir était mort, et toutes nos années de complicité, de tendresse, de découvertes et de voyages ne purent m’empêcher de fuir“. Le voici don sel, livré à ses souvenirs, et racontant -avec une complaisance à la fois fanfaronne et masochiste- tous les détails de ses débats érotiques avec sa compagne à présent disparue.

Pourtant, entre deux séquences de sexe, c’est toute l’Inde qui nous est livrée : son histoire, ses coutumes, sa culture, ses paysages somptueux, ses villes grouillantes, sa circulation chaotique, ses spécialités gastronomiques… Un glossaire recueille une cinquantaine de mots essentiellement vestimentaires ou culinaires, du “chunni“ au “salwar kamiz“, du “Burfi“ à l’“uttapam“.

Sans oublier une description désopilante du milieu de la Presse indienne, car Tarun J. Tejpal fut pendant plus de vingt deux ans journaliste et critique littéraire. Mais les rencontres les plus intéressantes que nous feront sont sans conteste celles du petit peuple indien : paysans, conducteurs de bus, tailleurs de pierre, maçons, charpentiers, cuisiniers … Toute une galerie de personnages truculents, parfois violents, avides, roués, mais toujours riches d’un savoir populaire et de traditions philosophiques.

Bien plus efficacement que par une Compagnie aérienne, par la lecture nous sommes transportés AILLEURS, sur un autre continent, mais que nous reconnaissons profondément NÔTRE*, dans sa dimension tout simplement humaine et universelle…

Magie des descriptions, sensualité, profondeur des sentiments, originalité des images, humour ravageur, vigueur de la dénonciation politique et sociale… pas un moment d’ennui tout au long de ces 670 pages !

Le dernier chapitre, significativement intitulé “Au commencement“ nous ramène exactement au moment où s’ouvrait le roman. Et sa dernière phrase sonne familièrement à nos oreilles… Pourtant soyons vigilants et relisons-la pour en peser tous les termes…

PS. A l’heure où je mets la dernière main à cet article, j’apprends la terrifiante nouvelle du séisme. Et je pose aussitôt la question : qu’est devenue la merveilleuse “Maison dans la Montagne“ (page 293), à 17000 mètres sur les contreforts de l’Himalaya, …“juchée sur un éperon séparant deux vallées très différentes“ (Jeolikote et Bhudimiadar) ? Cette maison qui abrita leur amour ainsi que la naissance de ce beau roman.