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 (Lettre du CIDIF n° 32-33 -octobre 2005-  page 216)

 

La Compagnie Française des Indes
Philippe Haudrère,
Les Indes savantes, 2005, 2 vol., 1090 p. (les 2 vol.)

Belle réédition revue et augmentée de la thèse d’Etat de Philippe Haudrère dont la première édition était épuisée depuis de nombreuses années.

L’auteur, après un rappel de l’action de Colbert à Pontchartrain, écrit l’histoire de la Compagnie après sa transformation en 1719 qui verra l’absorption de la brillante, mais très locale, compagnie de St Malo, dans un vaste « consortium » ayant le monopole du commerce extérieur français.

Comment fonctionnait cette fameuse Compagnie des Indes ? Pourquoi avait-elle été créée ? Comment en devenait-on membre ? Quels ont été les résultats économiques et financiers de l’entreprise ? Autant de questions auxquelles le livre apporte toutes les réponses souhaitées.  Les jours fastes de la Compagnie s’accompagneront d’un renforcement de la marine militaire, mais alors que les Britanniques, à partir du milieu du siècle, tentent de maintenir et d’augmenter leurs revenus par une extension territoriale, les autorités françaises vont désavouer les initiatives de leur Directeur aux Indes. Ce choix, à l’époque, ne fut pas le bon. Il conduisit à la ruine de l’entreprise, puis à sa liquidation.

La politique coloniale passait alors par l’action de la Compagnie et manquait de volonté claire. La preuve en est fournie par le différent qui s’est élevé entre Dupleix et Mahé de La Bourdonnais lors de la prise de Madras en 1746 : alors que le premier veut détruire le comptoir britannique de façon à attirer à Pondichéry les négociants qui y opèrent le commerce d’Inde en Inde, La Bourdonnais estime toute extension territoriale inutile et qu’il convient essentiellement de dominer la mer de façon à harceler l’ennemi.  « C’est le point de vue d’un marin, opposé à celui d’un administrateur colonial ». La Compagnie donna raison à Dupleix et accusa La Bourdonnais de trahison, l’emprisonna, puis le reconnut innocent. « Ainsi le débat se termina par une décision ambiguë. La Bourdonnais fut acquitté, mais Dupleix ne fut pas désavoué ». Cette ambiguïté politique ne fut pas la seule dans l’histoire de la Compagnie

Illustré de cartes, tableaux et graphiques, l’ouvrage constitue une mine exceptionnelle de renseignements sur les courants commerciaux et sur la vie sociale quotidienne de ces hommes qui, en travaillant en liaison étroite avec les Etats dont ils tiraient leurs privilèges, tissaient les réseaux de ce qui était la mondialisation de l’époque. Une annexe statistique donne une information de consultation aisée sur tous les aspects de la vie de la Compagnie : les bilans commerciaux, les mouvements maritimes (navires, tonnages, naufrages, captures, …), la construction navale et armements, et enfin le personnel tant navigant que colonial.

Cet ouvrage constitue, pour la période coloniale du XVIIIe siècle au travers de la Compagnie des Indes, un ouvrage incontournable, une véritable encyclopédie que l’on consultera autant pour des développements historiques que pour la recherche d’une référence ou la précision d’un chiffre ou d’une date. Un livre que l’on garde sous la main.