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Le Territoire de Pondichéry et son Héritage culturel français

De la cession des Etablissements à nos jours




En 2004, l’année du cinquantenaire du transfert « de facto »des Comptoirs à l’Inde, Delphine Ayerbe présentait à l’Université Paris 1, un mémoire de Maîtrise d’Histoire Contemporaine, avec le titre précité, et que nous venons de retrouver. En effet, nous avions eu avec elle des entretiens relativement longs, et son mémoire est truffé de plusieurs de nos articles parus dans le Trait d’Union, tels que « Quel avenir pour le Lycée Français ?», « Quel avenir pour le tourisme à Pondichéry ? », et des exemples de Pondichériens attachés à la culture française, dont le nôtre.

L’intérêt de ce mémoire réside dans le fait de montrer que beaucoup de Pondichériens en 1962 étaient sceptiques sur l’avenir des Comptoirs et pensaient qu’au bout de quelques années, ils seraient rattachés aux États voisins. Or force est de constater, comme elle le fait, que « la structure territoriale » a tenu le coup, au bout de 50 ans, et qu’en revanche la culture française, elle, tend à disparaître au profit de l’ensemble indien, (comme le montrent les nombreuses manifestations culturelles, telle que « Bonjour India » ). Par ailleurs, elle avait prévu la disparition progressive de toutes les activités industrielles du territoire, au profit du Tamil Nadu voisin, plus attrayant, et c’est effectivement ce qui s’est passé ces dernières années avec la disparition des « Ateliers de Pondichéry », du fabricant de pneus MRF etc..

Nous citons de larges extraits de sa conclusion. Claude Marius.



« L’héritage laissé par trois siècles de présence française en Inde demeure un héritage structurel avant tout. Le Territoire de Pondichéry qui regroupe quatre des cinq anciens comptoirs (Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon) laisse l’empreinte visible du lien qu’a connu la France et l’Inde jusqu’à il y a cinquante ans. Une carte actuelle de l’Inde le rappelle. L’administration et le Gouvernement Central s’en accommodent dans la gestion du territoire. Malgré son caractère à priori illogique, ce territoire conserve son autonomie et résiste à toutes les prétentions d’intégration évoqués par les états limitrophes des quatre villes…. Les volontés de coopération exprimées dans les années de transition qui séparent le transfert « de facto » du transfert « de jure » sont vite oubliées. Elles incitaient à développer les échanges culturels nombreux et fructueux à partir du territoire de Pondichéry. Nehru a toujours manifesté l’intérêt qu’il portait à la culture française et son souci de ne pas la voir disparaître de l’espace indien. Pourtant, dans les faits, cette coopération qui devait prendre comme point d’ancrage Pondichéry se développe hors du cadre territorial et ce sont les grandes villes comme Bombay ou Delhi qui expriment davantage de curiosité face à la culture française.

L’héritage culturel s’amenuise et tend à disparaître à Pondichéry. Il est quasi inexistant à Karikal, Mahé et Yanaon…. Le Gouvernement français ne mise en rien sur une coopération développée à partir de Pondichéry.

La population franco-pondichérienne s’éteint progressivement et plus de 50.000 pondichériens vivent en France. La communauté qui est restée sur place n’entend pas grand-chose à la France et à sa culture à l’exception des personnes qui ont vécu une partie de leur vie en Indochine,et d’autres qui restent attachés à la Métropole….. La langue française n’est pour beaucoup d’entre eux d’aucune utilité, par rapport au tamoul, langue parlée par plus de 60 millions d’habitants dans l’état du Tamilnadu. L’anglais est facilement employé comme partout en Inde. Malgré certaines structures efficaces (Alliance Française, Lycée Français) il n’est pas évident de s’investir dans l’apprentissage du français, et c’est dans l’espoir d’épouser un (ou une) Français(e) pour aller en France, qu’on apprend cette langue. Une seule chaîne de télévision TV5, diffuse des émissions en français, et les journaux arrivent avec du retard à une époque où l’information circule avec rapidité. Ce manque de connaissance de la langue française est le premier facteur qui enraye la naissance d’un sentiment d’appartenance à la France.

Puisque la communauté franco-pondichérienne tend a diminuer, la conséquence logique est la disparition progressive de l’héritage culturel français dans le territoire. La France ,de son côté, ne cherche pas utiliser les cartes dont elle dispose pour développer cet héritage. Même l’éventualité de la création d’une zone franche n’attire pas les investisseurs français, plus intéressés par le Tamil Nadu voisin, devenu le Hub de l’automobile.

L’Inde et la France auraient pu faire perdurer leur passé commun, s’il ne s’était brutalement rompu, pour développer un secteur d’activité qui aurait pu bénéficier aux deux pays : le Tourisme. On assiste à un certain réveil dans ce domaine, ces dernières années……

La « fenêtre ouverte sur la France » de Nehru s’est sensiblement refermée. Dès la ratification du traité, la France oublie Pondichéry. Pour le cinquantenaire du traité « de facto », de petites cérémonies seront certainement organisées. Il n’y aura rien de grande ampleur. Comme me l’a dit le directeur de l’Alliance « Jeté par la porte,on ne veut pas revenir par la fenêtre »….

Les nombreuses rencontres que j’ai pu faire m’ont aidée à comprendre le dualisme persistant entre d’une part la population défendant ardemment la culture française à Pondichéry et, d’autre part, une autre certainement plus réaliste considérant son déclin inévitable. J’ai admiré la volonté de certains à défendre les souvenirs du passé et à chercher à les utiliser dans l’avenir.

Comme me l’a dit un historien de l’EFEO, « d’ici un certain temps la présence française restera par le cimetière ». Cette vision pessimiste est pourtant une réalité prochaine. De la période française en Inde, il ne reste à priori rien de conséquent ; pourtant il reste « les dimensions françaises » du Territoire de Pondichéry.

Delphine Ayerbe