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Les origines de Pondichéry

 

Quiconque explore l’histoire de Pondichéry arrive vite à la conclusion qu’il y avait au milieu de la ville actuelle, exactement au niveau de l’Imprimerie des Missions, un temple hindou de l’époque chola, qui a été détruit en 1748 au moment du siège de.la ville par les Britanniques. D’un autre côté François Martin présent à Pondichéry depuis l’installation des Français et qui est un chroniqueur digne de foi affirme, dans ses Mémoires que Pondichéry n’était autrefois qu’un hameau de pêcheurs(1). Mais Pondichéry ne pouvait pas être en même temps une ville et un hameau. Ces deux propositions contradictoires nous plongent dans la perplexité. Ou bien une de deux propositions est erronée ou bien elles s’appliquent chacune à une localité différente. C’est ce qu’il convient d’élucider.

La littérature existante ne procure aucune piste. Le précis chronologique de l’histoire de l’Inde française qu’on peut trouver dans l’Annuaire des Etablissements français en Inde de 1935, qui est la version officielle de l’histoire de Pondichéry, ne commence qu’avec l’installation des Français. Or Pondichéry a été un port maritime bien connu plus d’un siècle auparavant. Il est nécessaire de connaître ce qui s’est passé pendant ce long laps de temps.

Le seul savant qui se soit aventuré à parler de l’histoire de Pondichéry avant l’installation des Français est Jouveau Dubreuil bien connu pour son étude magistrale sur l’architecture dravidienne. Il affirme que Pondichéry n’est autre que Poduke mentionné dans le périple de l’Erythrée et la carte de Ptolomée’(2). Examinons cette proposition. D’abord à cette époque, les ports sur la côte orientale de l’Inde étaient en général des ports fluviaux. D’ailleurs on a trouvé des traces de ports antiques dans les embouchures de presque tous les fleuves se jetant dans le golfe du Bengale. Or Pondichéry n’est pas un port fluvial pour avoir pu être un port dans l’antiquité.

D’autre part le même auteur écrit dans un autre article que selon Ptolomée, Poduke se trouvait dans le Aruva-nadou(3) c’est dire la région de Bahour. Mais Pondichéry se trouve dans le Mâtour nadou. Donc il est difficile d’admettre que Poduke et Pondichéry soient les mêmes ; les indications sont plutôt en sens contraire. Poduke pourrait être Poudoukouppam qui se trouve à l’embouchure du fleuve Ponnéar dans le Aruva nadou ; ce port semble avoir été très actif jusqu’au18èmesiècle comme on peut le constater avec les tessons qu’on trouve abondamment sur la plage à cet endroit. Il serait utile d’entreprendre des fouilles dans cet endroit et dans l’embouchure des autres fleuves de Arouva nadou. Les abords de Markanam qui serait avec Kavaripoum patnam et Poduké, le troisième port signalé par Ptolomée, n’ont pas été aussi explorés

Quel que soit l’emplacement de Poduke, un fait est certain, c’est qu’il a existé un emporium romain à l’embouchure du fleuve Sankaraparani (aujourdhui un bras mort connu sous le nom de rivière d’Ariankouppam). La localité de l’emporium s’appelle maintenant Arikémédou et l’on ignore son nom à l’époque du commerce avec Rome. Même si l’on considère que Arikémédou est le Poduke de Ptolomée il est difficile de l’assimiler à Pondichéry, à cause de la distance et aussi du fleuve qui coulait entre les deux. À l’époque des pluies on ne pouvait traverser le fleuve qu’en bateau. D’autre part on n’a trouvé aucun objet de l’époque romaine dans l’actuel site de Pondichéry, alors qu’on en trouve le long du lit du fleuve plus en amont.

L’infatigable Jouveau Dubreuil a soutenu par ailleurs l’idée que Pondichéry devait être un faubourg de Oulgaret. Ce qui a orienté ce savant vers cette idée, c’est le sens de faubourg d’une grande ville attribué au mot séry. Or il n’avait ce sens qu’à l’époque du Sangam et il n’y a aucun indice que Oulgaret ait existé à cette époque. Etymologiquement, séry signifie un endroit où les hommes vivent ensemble. A l’époque antique il désignait une banlieue assignée à une communauté. On avait ainsi Brahmana-séry, Para-séry, Idaya-séry. A côté de la ville de Madourai il y avait même dans l’Antiquité un Yavana-séry, habité par des Méditerranéens au service du roi de Madourai, (Yavana dériverait des Ioniens qui seraient les premiers à être venus chercher fortune sur cette côte). Il est vrai que ces sérys par caste ont en grande partie disparu ; en revanche les Para-sérys existent encore partout et on a de ce fait commencé à les appeler sérys tout court. Le mot séry dénotant couramment l’habitat des hors castes, certains ont cru que Poudou-séry devait être à l’origine un lieu habité par cette communauté. C’est complètement erroné. On trouve dans le Journal de Ananda Rangapoullai couramment les deux mots Poudou-séry et Para-séry, chacun désignant deux localités différentes. Dans la carte de 1693 on trouve des quartiers de parias de deux côtés de Poudou-séry.(4)

Le sens du mot séry a évolué depuis l’époque du Sangam. Le mot est appliqué par la suite à des agglomérations indépendantes. On a des sérys portant le nom de divinités. C’est ainsi qu’on a Kessava-séry, Narayana-séry etc. Certains sérys se qualifient par leur emplacement. On a ainsi Kija-séry , Méla-séry, Talai-séry. Il semble que le mot séry se soit détaché après de toute référence et désignait tout simplement une agglomération secondaire ; c’est dans ce sens que nous avons Poudou-séry (ville-neuve). Donc le nom de Pudou-séry n’implique pas nécessairement que ce soit une banlieue De plus il y a une distance de plus de quatre kilomètres entre Podou-séry et Oulgaret. Même au Moyen Age qui semble avoir été la période d’apogée de Oulgaret il n’y a rien qui indique que c’était une agglomération aussi importante pour avoir un faubourg à une telle distance.

La raison décisive qui a conforté Jouveau-Dubreuil dans sa conclusion est une fausse interprétation d’une inscription du temple de Védapour-isvarar. Cette inscription qui venait d’être découverte n’a pas été correctement déchiffrée et traduite à Jouveau-Dubreuil. L’inscription telle qu’elle a été reproduite par Jouveau-Dubreuil s’énonce comme suit :

« Oulgarai yana Kulottunga Chola-Nallur Udayar Tirouvagattisira-Mudaya-Nayanar ivur.Kani udaiya Mangattu Tannu »qui a été traduit comme suit :

« Le nommé Tannu   originaire de Mangadou a fait don d’un cany (terrain) à Agatisvara, dieu de cette pagode, située dans cette ville appelée Ougaret alias Kulottunga-Chola-nallour »(5)

Le texte tel qu’il est reproduit par Jouveau Dubreuil n’a pas de sens ; il s’avère faux quand on le compare au texte exact qui a été publié depuis (6) Au lieu de nayanar (nominatif-sujet) on trouve nayanarkou (datif-complément d’attribution). Le texte exact a un sens qui est le suivant :

Le propriétaire (foncier) Mangatttou Tannu de cette ville a fait don à Tirouvagattiswara, la divinité de Koluttunga Chola-Nallur alias Oulgaret de……..

L’inscription indique donc que cette ville (là où le temple de Védapour-isvarar est situé) et Oulgaret sont deux localités différentes, un habitant de l’une faisant un don à une divinité de l’autre. L’inscription sur laquelle s’est basé ce savant prouve juste le contraire de sa conclusion. D’autre part l’inscription mentionne qu’un don est fait par un habitant de cette ville (Ivour) proclamant le statut de our indépendant pour la ville donatrice, qui n’est donc pas un séry. Donc la thèse de Poudou-séry faubourg de Oulgaret est à abandonner.

Même si les thèses émises par Jouveau-Dubreuil étaient valables, elles ne résoudraient pas la contradiction rencontrée au départ. Il est donc nécessaire de partir à la découverte de la solution. Heureusement nous avons maintenant à notre disposition des documents publiés par l’Institut français de Pondichéry qui ont manqué à Jouveau-Dubreuil. Les trois plus importants sont « Pondicherry Inscriptions », compilé avec amour par Bahour S. Kuppussamy et édité par G.Vijayavenugopal et deux précieux ouvrages de Jean Deloche : « Le vieux Pondichéry, 1673-1824, revisité d’après les plans anciens » et « Le papier terrier de la ville blanche de Pondichéry 1777 ». On va en faire rapidement le tour pour savoir quelle conclusion on peut en tirer.

Le document capital est la carte levée par les Hollandais en 1693 peu après leur occupation de la ville qui est la première carte qui soit à notre disposition (4). Ce qui frappe dans cette carte c’est l’existence de deux agglomérations distinctes séparées par un vallon occupé par des rizières. Elles étaient reliées en deux endroits, le premier au nord au niveau de la rue Saint Ange et le second à travers champs au niveau de l’actuelle rue Ambalatadou-ayer madam.

Dans l’agglomération orientale, on peut remarquer le fort des Français et l’indication d’un petit temple détruit en1693 quand l’invasion des Hollandais paraissait imminente. De plus on sait qu’il y avait un vaste bâtiment en voûtes témoignant de l’influence mongole. Il a été englobé dans le fort barlong et a été utilisé partie comme habitation partie comme magasins ; il a été probablement démoli quand le fort lui-même a été détruit en 1761. On constate également des quartiers de parias au nord et au sud.

Dans l’agglomération ouest, la carte dévoile l’existence de trois pagodes dont celle de Védapour-iswarar, le plus à l’est, que les Français appelaient la grande pagode. Les deux autres se situent plus à l’ouest en droite ligne, l’une au niveau de la rue Mahatma Gandhi et l’autre au niveau de la rue Baradi. Devant cette dernière il y a un étang important à l’endroit qu’on appelle maintenant Kolatou-médou(butte del’étang). Ces deux petites pagodes ont été probablement démolies quand les Hollandais ont remodelé la partie occidentale en 1694.

Maintenant consultons les Mémoires de François Martin. Dans une sorte de récapitulation des faits, il écrit : « Pondichéry n’était autrefois qu’un hameau de pécheurs »(1). Il faut lire cette phrase en attribuant au mot « autrefois » son sens véritable de temps ancien, c'est-à-dire avant l’arrivée des Européens. François Martin n’a donné qu’une description sommaire de Pondichéry à son arrivée sauf de la maison danoise. D’après lui on trouvait à Pondichéry quantité de manufactures de toiles en 1670. Les Français y sont venus en 1672 pour se ravitailler en vivres et munitions pour De la Haye assiégé à San Thomé. Il y avait un Avildar (régisseur) à Pondichéry qui était sous les ordres du divan de Gingy. Ce qui est intéressant pour la question qui nous préoccupe c’est la description géographique qu’il donne de la localité.

Du côté de l’ouest commence une espèce de vallon qui s’étend plus d’une demi-lieue au nord en droite ligne, le fond sont des terres à riz toujours cultivées par l’abondance des eaux que l’on tire de plusieurs sources qui sont des deux côtés ; il a en des endroits jusqu’à 200 pas de largeur en d’autres moins. Cette espèce de vallon est borné du côté de la terre par une peuplade qui en renferme une partie, le reste par un bois de palmistes »(7).

Dans le langage de François Martin, peuplade signifie localité peuplée d’indigènes. Dans un autre endroit, il écrit qu’en1691 le prince de Gingy le presse d’acheter la peuplade, pour désigner le même endroit. La description de François Martin confirme les indications de la carte. Il exclut du Pondichéry d’alors la partie occidentale soit la ville chola.

Une carte de 1694 indique le plan dessiné par les Hollandais réunissant les deux agglomérations en une seule. La partie occidentale qui existait du temps des Cholas est appelée Ville Neuve. Il ne reste de la ville chola que la grande pagode. Tout le reste a été remodelé. Les rizières (champs à nely) sont encore visibles, elles sont rattachées à la partie coloniale (8).Les deux villes sont entourées de parapet marquant bien la séparation.

Une carte de 1705-1714 (9) indique la ville chola bien développée des deux côtés du petit canal. Elle est appelée Ville Haute par opposition à la ville coloniale appelée Basse Ville. Le nouveau fort (fort Louis) englobant l’ancien fort barlong est bien en évidence dans la partie orientale. La grande pagode est désignée par son nom. On voit bien son emplacement exact dans la rue de Madras (actuellement rue de la cathédrale ainsi que de celui de l’église des Jésuites dans le voisinage.

Une carte de 1741 montre la ville après son plein développement. Le fort qui a été achevé apparaît dans toute sa splendeur. Au-dessus on voit une ligne double du nord au sud divisant la ville nouvelle en deux. À un endroit au-dessous de cette ligne nous pouvons lire « anciennes limites » précisant que c’est l’ancienne limite du Pondichéry originel(10).

Les cartes ci-dessus mentionnées ainsi que les indications de François Martin montrent à l’abondance que l’actuelle Pondichéry conçue par les Hollandais et réalisée par les Français est constituée par deux agglomérations existantes qui ont été réunies. La partie orientale au bord de la mer est le fruit du commerce avec les Européens et la partie occidentale est le vestige de la vieille ville chola.

Tournons-nous maintenant vers les inscriptions. On a trouvé à Pondichéry des morceaux de granit portant des inscriptions en langue tamoule datant du 10ème au 14ème siècle. Certains étaient éparpillés dans plusieurs endroits de la ville (rue François Martin, rue Labourdonnais, rue Dumas, rue Mahatma Gandhi, prison centrale) et plusieurs ont été trouvés dans l’enceinte de l’archevêché de Pondichéry. Les derniers proviennent probablement du temple de Védapour-iswarar démoli en 1748 pendant le siège de Pondichéry. Ces inscriptions nous dévoilent que le temple existait déjà au 11ème siècle, que les habitants de la ville faisaient des dons à ce temple ainsi qu’au temple de Agastiswarar de la ville d’Oulgaret connue aussi sous le nom de Kolattounga-Soja-Nallour. Ce qui est à retenir c’est qu’on se réfère à la localité comme un our (agglomération complète) et non un séry (agglomération d’importance secondaire)

Quelle conclusion tirer des matériaux à notre disposition. Jusqu’au milieu du 16ème siècle les bateaux utilisaient les ports fluviaux aux embouchures des fleuves. C’est devenu impossible avec la mise en service des navires d’un plus gros tonnage. Ceux-ci étaient obligés de jeter l’ancre au large. Les navigateurs ont trouvé qu’il y avait au large de Pondichéry une rade ouverte avec deux bons mouillages non loin de la côte. D’autre part le site se trouvait au croisement de deux routes importantes, celle bordant la côte et celle menant de la côte à Gingy qui était alors une ville florissante et un important centre de pouvoir. La terre aux alentours était fertile. Il y avait des villes aux alentours qui pouvaient procurer des articles de toutes sortes. Au bord de la mer il y avait un hameau de pécheurs qui pouvaient rendre service aux bateaux touchant le port. À l’intérieur, il y avait une ville ancienne. Il semble que les Arabes ont utilisé ces facilités du moins sporadiquement. Les Européens en ont tiré grand parti.

À partir du moment où les Portugais avaient pénétré dans l’Océan indien après avoir contourné le cap de Bonne Espérance à la fin du 15ème siècle, les Européens ont commencé à fréquenter cette côte. Ils ont été constamment sollicités par les princes indiens à établir des comptoirs car l’exportation des toiles faisait une rentrée d’or. Ce sont les Portugais qui ont établi le premier comptoir à Pondichéry. On sait qu’ils y étaient établis avant 1553. Comme le commerce prospérait, une agglomération s’est créée du côté de la mer, au point de mériter un nom. La population locale l’a appelée Poudou-séry selon la nomenclature de l’époque.

Les Portugais ont été chassés de Pondichéry en 1614 quand le prétendant au trône de Gingy soutenu par eux a été défait par son rival. En 1624 les Danois s’installent et édifient une vaste demeure avec deux cours et une grosse tour. Ils quittent Pondichery en 1654 pour des raisons inconnues. L’Anglais Francis Day, qui a visité Pondichéry en 1637 pendant la période danoise, opine que c’est un des ports principaux de la côte. Les Hollandais qui étaient établis à Dévenam-patnam (Coudalour), en raison des ennuis qu’ils avaient de ce côté-là, sont venus prospecter Pondichéry entre 1661 et 1664.

Les Français s’installent à Pondichéry en 1672 dans la partie orientale qui leur a été concédée. Leur présence a été néanmoins interrompue à quatre reprises une fois par les Hollandais pour 6 ans et trois fois par les Britanniques pour une durée totale de 32 ans. Ils y sont restés jusqu’en 1954 et ont rendu les comptoirs à l’Inde quand elle a recouvré son indépendance.

Les Hollandais qui ont occupé Pondichéry en 1693 avaient acheté les deux agglomérations. Ils ont vite préparé un plan d’ensemble de la ville réunissant les deux agglomérations et lui donnant son actuelle configuration ovale. Ils ont complètement remodelé la partie occidentale et laissé intacte la partie orientale ainsi que le vallon séparateur. Les Français ont acquis des Hollandais toutes leurs possessions en 1699 et ont achevé le projet conçu par ces derniers. Les pouvoirs coloniaux qui ont gouverné à partir du fort situé dans la partie orientale qui était l’originel Poudou-séry ont étendu ce nom à l’ensemble de la ville nouvellement formée.

À un observateur attentif, la séparation des deux parties de la ville peut encore se constater dans le grand canal qui divise la partie occidentale et la partie orientale. À l’origine, la séparation n’était pas sur la base de la race ; c’était le résultat de l’histoire et de la topographie. Les habitants de la partie orientale étaient des Européens et des Indiens qui étaient venus s’installer au 16ème siècle et après. Les Européens possédaient des propriétés dans la portion occidentale occupée par les originaires du pays. C’est après la Restauration que la séparation de la ville sur la base de la race s’est opérée. En 1827 le cours du Ouppar vers le sud a été prolongé vers le nord et le grand canal a été tracé. Il y avait de l’eau dans le canal jusqu’à ce qu’il soit asséché un peu avant la seconde guerre mondiale. Défense fut faite aux Européens d’acquérir des immeubles dans la partie ouest. Les Indiens ont quitté la partie orientale, sauf les hors-castes qui sont restés dans la portion nord. Le quai de la partie orientale a été appelé quai de la ville blanche et le quai ouest quai de la ville noire. Au départ c’étaient donc deux agglomérations distinctes. Bien qu’elles fussent réunies en une seule ville les considérations raciales du 19ème siècle ont par la suite opéré une séparation factice dont il reste des traces. La composition de la population des deux parties n’est toujours pas la même, la population de la partie orientale reste plus cosmopolite.

Quand on lit les ouvrages relatifs à Pondichéry, il faut bien se souvenir que dans les écrits antérieurs à 1693 Pondichéry désigne la partie coloniale seulement et qu’après elle désigne la totalité de la ville nouvellement constituée. Ainsi quand François Martin dit que Pondichéry n’était qu’un hameau de pécheurs, il se réfère à la partie coloniale et son assertion est parfaitement exacte. Cela n’exclut nullement l’existence d’une ville ancienne avec temples et étangs dans la partie occidentale. C’est donc ce changement de sens du mot Pondichéry qui est la cause de l’apparente contradiction signalée au début, qui en fait n’existe pas.

Tout rentre dans l’ordre, mais on reste un peu sur sa soif, car on ne connaît pas le nom de la ville chola avec certitude. La portion au nord de cette ville était encore appelée Pallam (vallon) par la population jusqu’au milieu du siècle dernier. Nous avons aussi une inscription où la bordure de Pallam est indiquée comme une des limites d’un terrain(11). Une autre inscription qui se trouve au temple de Villianour donne la liste des villes qui ont accepté de pourvoir à tour de rôle aux festivités de ce temple et nous y trouvons Pallam parmi Perambai, Oulgaret, Paccamodéanpet et Bahour toutes situées autour de Pondichéry(12). On ne connaît pas de ville du nom de Pallam dans les environs. Donc en attendant d’autres documents, on peut conclure provisoirement que le nom de la ville chola incorporée dans Pondichéry était Pallam. Les archives portugaises, danoises ou hollandaises pourraient projeter de la lumière sur ce point.

Quant au nom de Poudoucherry, il est attesté pour la première fois dans sa version portugaise, Puducheira dans la carte datée de 1664 mais probablement préparée plus tôt par Samson d’Abbeville. Les Hollandais l’ont appelé Polesere, les Anglais Pullicheri. Dans une carte qu’on trouve dans la bibliothèque de Tandjaour on trouve le nom de Pindichery. Les Français l’ont appelé d’abord Poudechéry, et finalement c’est le nom de Pondichéry qui a prévalu. En 2006 le gouvernement indien a restitué le nom de Pouducherry. Dans le langage courant les habitants l’appellent Poutchéri. Le nom de Poudouvai, un diminutif de Poudou-séry est utilisé dans le langage écrit ; il se trouve dans le Journal de Ananda Rangapoullai (18ème siècle). La première inscription de Pondichéry où ce nom figure date de1839 (13).

En résumé, au Moyen Age il existe une ville dans la partie ouest. A l’époque de l’expansion du commerce maritime avec l’Europe à partir du 16ème siècle il s’est formé une agglomération dans la partie orientale qui a reçu, comme il se doit, le nom de Poudou-séri. Quand en 1693 les deux agglomérations ont été réunies dans sa forme ovale actuelle le nom de Poudou-séri a été étendu à l’ensemble. Après la Restauration le territoire de Pondichéry désigne officiellement la ville et toutes les terres françaises autour d’elle. Après le transfert des établissements français à l’Inde, l’Etat de Pondichéry comprend les quatre établissements non encore rattachés aux Etats avoisinants. De telles extensions du contenu d’un nom géographique ne sont pas rares Un exemple proche est fourni par le village de Chennai qui désigne maintenant une métropole en expansion constante.


David Annoussamy

Pondichéry le 6 Septembre 2011

 

Références :


1-Mémoires de François Martin, chapitre XXXII, page 333

2-Revue historique de l’Inde française, Société de l’histoire de l’Inde française 1952, volume VIII, page 151

3-Idem page 163

4-Le vieux Pondichéry 1673-1824, Jean Deloche, Institut français de Pondichéry, 2005,page 16, Fig. 2

5-Revue historique de l’Inde française, Société de l’histoire de l’Inde française, volume VIII, page147

6-Poudouvai Mânila Kalvetugal, Institut français de Pondichéry No423 page 376

7-Mémoires de François Martin, Chapitre XXXII,page 337

8-Levieux Pondichéry 1673-1824, Jean Deloche , Institut français de Pondichéry, 2005, page 28, Fig.5

9- Idem, page 50, Fig. 13

10-Le papier terrier de la ville blanche de Pondichéry Jean Deloche, Institut français de Pondichéry,2002,Fig.7

11-Poudouvai Mânila Kalvetugal, Institut français de Pondichéry, No 429, page 379

12- idem No 385, page 342

14-Idem, No 429, page 378