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Allocution prononcée par David Annoussamy

à la séance inaugurale de la célébration

du centenaire de la société historique de Pondichéry,le 6 septembre2011



Au milieu du XVIe siècle, de grands progrès ont été accomplis dans le domaine de la navigation maritime, ce qui a imprimé un essor nouveau au commerce international. Les nations européennes établirent des comptoirs dans différents ports de l’Inde. Pondichéry a vu défiler plusieurs d’entre elles. La dernière à s’établir de façon permanente est la France. Elle a pris possession du comptoir déjà formé par les nations qui l’ont précédée dans la partie orientale de la ville.

Dans la partie ouest, il existait une ville ancienne avec un temple chola ; à peu près contemporain de ceux de Bahour et de Tiroubouvanai. Les Hollandais, quand ils se sont installés à Pondichéry, ont mis à profit la proposition du prince de Gingy et ont acheté la partie ouest également et ont conçu le projet de réunir les deux parties en une seule ville sous la forme ovale que lui nous connaissons. Leur projet a été achevé par les Français qui ont acheté la nouvelle ville aux Hollandais.

Le comptoir qui s’était déjà bien développé pendant plus d’un siècle reçut une impulsion vigoureuse avec l’arrivée des Français en 1672. Le plus glorieux jour que Pondichéry ait connu est le 30 septembre 1749 quand le soubab du Deccan est venu en personne avec toute avec toute sa suite remercier Dupleix pour son aide décisive pour sa victoire dans la lutte pour la soubabie du Deccan. Dans la ville, on a vu défiler quantité de chars, éléphants, dromadaires et chevaux. Réjouissances succédaient aux réjouissances. La ville était en liesse. Il y a eu de deux côtés un étalage de richesses qu’on n’avait jamais vu ni avant ni après. Le soubab fit don à Dupleix de tout le district de Vajdavour avec son fort. Le roi de France avalisant ce cadeau peu après nomma Dupleix marquis de Vajdavour. Le soubab profita de cette occasion pour demander, pour le compte de l’empereur mogol, la main de la belle fille de Dupleix. Celui-ci qui ne s’y attendait nullement, après avoir exprimé ses remerciements à l’empereur pour le grand honneur qui lui était fait, déclina l’offre disant que la différence de religion rendait un tel mariage impossible.

Hélas, la période de gloire fut de courte durée. Ce fut, après, une succession de revers. Les Anglais deviennent les maîtres incontestés de toute l’Inde et condescendent à laisser aux Français cinq comptoirs. Toutes les tentatives pour regagner le terrain perdu se sont soldées par des échecs. Le traité de Paris de 1814 scella définitivement le sort des établissements français dans l’Inde réduits à cinq comptoirs. Ces comptoirs qui ont vivoté depuis ont été cédés à l’Inde en 1954. Mais l’arrangement fait par les Anglais subsiste, sauf pour Chandernagor qui a été rattaché à l’Etat du West Bengal. Une tentative de rattacher les autres comptoirs aux Etats avoisinants, faite intempestivement en 1979, n‘a pas été suivie d’effet. Maintenant personne ne songe à modifier cet état de choses.

L’histoire de Pondichéry depuis l’installation des Français en 1672 est à peu près bien connue. Quand on veut ouvrir la page de l’histoire de Pondichéry avant l’installation des Européens, c’est le vide absolu. On peut simplement dire que Pondichéry a probablement vécu la même histoire que les terres avoisinantes. Quant à la période des comptoirs européens avant l’arrivée des Français, ce qu’on sait se réduit à peu de chose. Les Portugais se sont installés au milieu du XVIe siècle ; ils ont été chassés en 1614 par le prince de Gingy pour avoir soutenu son rival à la succession du trône. C’est au cours de cette période que la partie orientale de la ville s’est créée. Les Danois qui sont venus en 1624 sont restés jusqu’à 1654 ; ils ont continué l’oeuvre des Portugais. Les Hollandais qui avaient des ennuis dans leur comptoir à Dévanampatnam (Coudelour) sont venus prospecter en 1661 et sont repartis en 1664.

L’histoire de cette première période européenne reste donc à écrire. Elle donnerait des détails intéressants sur la naissance du comptoir, sa première phase de développement, les événements dans les terres avoisinantes et en général sur l’état du pays à cette période. Pour pouvoir écrire l’histoire de cette période il faut connaître les langues de ces pays, ce qui est trop demander aux historiens Indiens. Il faudrait donc persuader une université de chacun de ces pays à intéresser un de leurs chercheurs à dépouiller les archives de ces pays. L’université de Pondichéry pourrait peut-être entrer en correspondance avec une université de ces pays à ce sujet.

On est mieux nanti quant à la période française qui va de 1672 à 1954, avec quatre occupations étrangères, une par les Hollandais pour six ans et trois par les Britanniques, pour une durée totale de 32 ans. Mais la littérature sur cette période est essentiellement en langue française. La population actuelle de Pondichéry qui ne connaît pas le français n’a pas accès aux publications existantes (en français), il faut donc les réécrire en Anglais et en Tamoul en les mettant autant que possible à jour avec l’aide les documents devenus disponibles depuis. Ce travail ne peut être accompli que par des personnes connaissant bien le français. Une nouvelle génération de chercheurs doit sortir du département de français de l’Université de Pondichéry, dont les étudiants doivent être sensibilisés d’une manière ou d’une autre à la présence française dans l’Inde

Il convient aujourd’hui de saluer le travail accompli jusqu’à présent qui est fort remarquable. Avant le transfert, la société avait publié huit volumes de sa revue et des monographies importantes. La société ne fut pas secouée par le transfert de facto. Elle a changé son nom et s’est appelée Société de l’histoire de l’Etat de Pondichéry. Elle était pleine de vigueur ; elle comptait alors environ70 membres dont plusieurs appartenant aux universités indiennes. Elle a publié le volume IX de la Revue en 1955 Le gouverneur indien de l’époque avait prêté son appui moral en acceptant d’être le Président d’honneur de la société.

Après le transfert de jure sous l’instigation d’un gouverneur un peu spécial, on a mis en train à Pondichéry un processus d’intégration forcenée tendant à éliminer toute trace d’influence française à Pondichéry. La présidente de la société, démoralisée, a dissous la société et distribué les publications en stock aux membres. Au départ de ce gouverneur, les hommes politiques locaux ont réalisé qu’ils avaient fait fausse route. Ils ont essayé de renverser la tendance. Les noms des rues en français ont été peints à neuf. Le Gazetteer de Pondichéry a été mis en chantier. Sur la demande du secrétaire général de l’époque, j’ai ressuscité la société en 1971 ; elle a été enregistrée selon la loi indienne en 1972 sous le nom de Historical society of Pondicherry. La même année, le volume X de la revue a été publié. Je me suis retiré après avoir remis la société sur les rails.

La société roule bien depuis ; elle a publié plusieurs volumes de la Revue historique et en est à son 24ème volume. Elle célèbre aujourd’hui le centenaire avec éclat. Nous adressons toutes nos félicitations à tous les membres du comité ainsi qu’à son dynamique Président, le Dr Nallam. Son amour pour le prochain était bien connu, maintenant il nous donne des preuves de son amour pour Pondichéry et son histoire. Nous devons leur être reconnaissants pour le beau travail accompli et nous souhaitons que cette célébration soit l’occasion d’un nouvel élan.

                                                                                                   David Annoussamy

(La Lettre du CIDIF - septembre 2011)