Blue Flower

 

 

 

Il y a 80 ans, le 3 Avril 1938,  le Monument aux Morts  de Pondichéry fut inauguré au cours Chabrol, comme on disait alors. J’ai vu un grand nombre de monuments aux morts à travers le monde, c’est celui de Pondichéry que je préfère pour sa simplicité majestueuse qui convient admirablement pour le but recherché.

La cérémonie d’inauguration a  ému toute la population. Je me souviens encore de la pluie de fleurs déversées sur le monument par un avion au moment de l’inauguration. Les poèmes tamouls parlent souvent de pluie de fleurs. Pour la première fois la population l’a pu l’admirer en réalité. Aussi a–t-elle vivement applaudi.

Le monument est dédié « Aux Combattants des Indes françaises morts pour la patrie, 1914-1918. L’architecte a savamment  symbolisé cette consécration en dotant le monument de deux séries de doubles colonnes élancées qui se lisent même de loin 11-11, date de la signature de l’armistice, dont on va célébrer le centenaire.

Les jeunes générations ont du mal à imaginer que des Pondichériens soient partis pour combattre en France. C’est cependant la réalité. Qui étaient ces soldats ? C’étaient quelques colons,  un peu plus  de métis et surtout les Indiens renonçants, c’est-à-dire les Indiens qui ont renoncé à leurs us et coutumes pour se trouver régis par le Code Civil. Ils ont été tous incorporés dans le même régiment sans distinction de race ni de caste. Beaucoup nourrissait des appréhensions pour aller  dans un pays inconnu où il neige. Une fois associés avec un but noble, se sentant ensemble, côte à côte, ils étaient emportés par le même dévouement, le même élan, le même espoir. Le jour de l’armistice la joie des militaires pondichériens  fut à son comble.   Toute la population de Paris était dans la rue et les dames françaises embrassaient les jeunes soldats pondichériens qui n’en revenaient pas.

Ceux qui sont tombés au champ d’honneur ont été enterrés sur place sommairement sans qu’on puisse identifier la tombe de chacun. Le monument aux morts est en quelque sorte leur tombe commune où leurs noms sont indiqués. Ils le sont par ordre alphabétique sans distinction de rang, sur un pied d’égalité.

Ils sont tous représentés par le même soldat inconnu, debout, les deux mains appuyées sur le fusil au repos, la tête baissée, pensif. Il a enduré tous les maux jusqu’à la mort brutale. Il voudrait que cela n’arrive pas aux autres. Le monument aux morts n’est pas simplement une glorification des héros qui ont donné leur vie pour la patrie. C’est une invitation à tous à éviter la guerre qui est un reste de barbarie.

 

David Annoussamy