Blue Flower

 

 

 

 

 

 

Une petite contribution à la journée de la femme dans le monde en jetant un regard sur la condition de la femme indienne. Il serait bien présomptueux de ma part de faire des généralisations et il existe de nombreux ouvrages traitant de cette  question. Mon propos est beaucoup plus simple à partir de confidences que l’on a pu me faire et qui m’incitent à penser que les études et les diplômes pour les filles, bien que nécessaires, sont loin d’être suffisantes pour leur émancipation.

JLB

 

 

 

Hier, j’ai eu une conversation très intéressante avec une physiothérapeute[1]. Elle a 28 ans et m’a expliqué qu’elle fait exactement tout ce que sa mère, qui a 50 ans, lui commande. C’est sa mère qui l’habille, qui lui achète ses chaussures même si elles lui font mal. C’est sa mère qui s’occupe de sa garde robe.

 

- Mais vous êtes en âge de faire ce que vous voulez, lui ai-je dit

 

- Impossible. C’est moi qui subviens aux besoins de la famille. Elle a payé mes études et je me dois de lui remettre mon salaire.

 

- N’est-il pas du devoir des parents de faire en sorte que les enfants aient une meilleure vie ?

 

- Ce n’est pas le but. Nous sommes là pour aider nos parents et ma mère reproduit ce qu’elle a vécu avec ses parents. C'est toujours ainsi.

 

- Mais enfin, lui ai-je dit ? Vous pouvez vous émanciper, vous marier.

 

- Oh madame, ce sont mes parents qui vont me choisir mon mari. Et puis, mettons que je choisisse mon mari et qu’il me batte. Je n’aurais même pas la possibilité de venir me réfugier chez eux..

 

 

 

Un autre exemple

 

Saraswathi cumule deux emplois et travaille dur pour que ses filles fassent des études. Son mari, peintre en bâtiment de façon intermittente, ne travaille que quelques jours par mois et chôme volontairement le reste du temps. Il voulait partir aux Emirats sans se rendre compte de l’enfer que cela représente pour une main d’œuvre sans qualification. Il a fallu que des proches, retour des Emirats, lui mettent les points sur les i.

 

Alors, que fait notre homme ? Il se contente de surveiller son cheptel. Il conduit ses filles à l’école. Avec sa mobylette, il sert de transporteur à sa femme qui pense que c’est le meilleur service qu’il puisse lui rendre. Pour elle, sa vie de dur labeur lui permet d’échapper à son mari toute la journée. Elle rentre chez elle tard le soir, transportée par son mari qui vient la chercher. Mais c’est encore elle qui prépare le repas du soir pour son mari et les deux filles qui reviennent de leurs cours

 

Je lui ai posé la question

 

- Mais pourquoi es tu toujours restée avec ton mari ?

 

- Mais madame, une maison sans homme est une maison sans honneur. N’importe quel homme peut nous faire du tort. Et on dira seulement : ce sont des putains, ce n’est pas grave.

 

Le sort de la femme indienne est absolument désolant, sans aucune possibilité d’avenir. Tout ce qui se dit à partir de l’Occident est biaisé par l’esclavage des femmes dans la vie de tous les jours.

 

Les études que font les filles servent surtout à trouver un gagne-pain meilleur. Autrement dit, les diplômes ne sont pas suffisants sans une évolution de la société, mais de quel droit souhaiter cette évolution ? Si nous ne le savons pas, les femmes indiennes le savent.

 

 

 

Jacqueline Lernie-Bouchet, La Lettre du CIDIF le 8 mars 2017.

 



[1] En France, la physiothérapie est pratiquée par des masseurs-kinésithérapeutes.