Blue Flower

C’était l’Inde des années 2000...



Le paysage économique, politique, médiatique et culturel de l’Inde a connu de nombreuses transformations ces dix dernières années. A la veille du Nouvel An, Aujourdhui l'Inde revient sur les grands évènements et développements qui ont marqué le pays au cours de la dernière décennie. La liste est loin d’être exhaustive...

 

 
 

 

Le retour au pouvoir du parti du Congrès

Après presque huit ans dans les rangs de l'opposition, le plus vieux parti d'Inde a repris les rênes du pouvoir à la surprise générale, en 2004, pour s'y cramponner fermement: le parti de Sonia Gandhi a remporté une deuxième victoire électorale sans appel en mai dernier, lui permettant cette fois-ci de se passer de plusieurs alliés encombrants. Les dernières élections ont également conforté Rahul Gandhi (fils de Sonia), considéré comme l'un des principaux architectes de la victoire, et probable futur Premier ministre en tant qu'héritier de la dynastie Gandhi.

 

 

La montée du terrorisme islamiste, au-delà du Cachemire

L'attaque contre le Parlement indien en décembre 2001, les attentats de 2003 et 2006 à Bombay en passant par la vague d'attaques à la bombe qui ont frappé les villes de Bangalore, Jaipur, Ahmedabad et New Delhi pendant l'été 2008...L'Inde a fait les frais, ces dix dernières années, d'une montée en puissance du terrorisme islamiste sur tout son territoire, alors qu'il n'affectait jusqu'alors que la région du Cachemire. Les attentats de Bombay de novembre 2008, surnommés le « 11 septembre indien », en sont la tragique culmination.

 

 

 

 

Les émeutes intercommunautaires de 2002 au Gujarat

 

Le 27 fevrier 2002, un train transportant des pélerins hindous prend feu près de la ville de Godhra, dans l'Etat du Gujarat. La communauté musulmane est aussitôt accusée d'avoir provoqué l'incident, et une campagne vengeance est lancée contre elle par les mouvements fondamentalistes hindous, au pouvoir dans cet Etat. Les émeutes anti-musulmanes feront plus de 2000 morts.  Plusieurs enquêtes révèleront par la suite que les émeutes avaient été orchestrées par le gouvernement régional dirigé par Narendra Modi, un nationaliste hindou réputé pour ses diatribes à l'encontre de la communauté musulmane. Sans nul doute l'épisode le plus noir des années 2000 en Inde.

 

 

 

 

La montée en puissance des naxalites

Les rebelles naxalites auront fait couler beaucoup d'encre et de sang ces dernières années. Formée en 1967, la guérilla maoïste a intensifié ses attaques et étendu sa présence sur le territoire indien depuis la fusion en 2004 de deux groupuscules pour former le parti communiste indien (maoïste).  

Environ 800 personnes ont été tuées dans des attaques perpétrées par les naxalites en 2007, et près de 600 en 2009. Le  gouvernement indien a annoncé en novembre dernier qu'une offensive armée pourrait être lancée pour mater la rebellion le long d'un «corridor rouge » dans l'est de l'Inde, bastion de la guérilla gauchiste, qui affirme défendre les populations tribales et les paysans sans terre.

 

 

Economie : l'internationalisation des entreprises indiennes

Qui se souvient de l'OPA (offre publique d'achat) de Mittal Steel sur Arcelor en 2006 et du « patriotisme économique » de notre Dominique de Villepin? Perçue presque comme une agression à l'époque, cette opération avait fait réaliser à l'Europe que les grandes fortunes et les conglomérats industriels n'étaient plus l'apanage de l'Occident.  Le groupe indien Tata Steel avait racheté la même année le géant européen de l'acier Corus pour plus de douze milliards de dollars, formant le cinquième conglomérat mondial du secteur.  
 
Ce sont ensuite les emblématiques marques automobiles britanniques Jaguar et Land Rover qui sont passés sous le rouleau compresseur Tata en 2008. Les grands groupes indiens ont démontré qu'ils devaient être pris au sérieux.

 

 

L'explosion des téléservices

Si les années 90 ont été marquées par la révolution informatique indienne, les années 2000 ont été celle des téléservices ou BPO (Business Process Outsourcing), qui connaissent actuellement un boom sans precedent. Les fameux « call centers » indiens sont bien plus qu'un cliché. Le secteur de l'infogérance représente en effet près de 6% du PIB indien et a enregistré une croissance de 19% l'année dernière

 

 

La révolution des médias et des télécoms 

Jusqu'au debut des annees 90, les Indiens n'avaient acces qu'a deux chaînes de televison publiques : Doordarshan 1 et Doordarshan 2. Au cours de la dernière décennie, l'ouverture du marché a permis aux chaînes privées de pousser comme des champignons. D'une cinquantaines de chaînes en 1995, les téléspectateurs indiens ont eu accès à partir de 2003 à des centaines de chaînes, internationales aussi bien que locales, proposées par divers bouquets satellites.  

Autres revolutions en marche depuis le debut des années 2000 : celle des téléphones portables (avec plus de six millions d'abonnements vendus par mois, l'Inde est le deuxième pays le plus connecté au monde en nombre d'utilisateurs, après la Chine) et, dans une moindre mesure, Internet (l'Inde compte aujourd'hui 80 millions d'utilisateurs contre 340 millions en Chine).

 

 

Les révoltes paysannnes contre les projets industriels

Si les années 2000 ont marqué l'entrée de l'Inde dans la modernité, la société de consommation et l'émergence de la classe moyenne, elles sont aussi celle des résistances. L'acquisition de terres par de grands groupes industriels et l'apparition de Zones Economiques Spéciales, ou SEZ, qui facilitent l'installation de ces derniers a en effet provoqué des réactions violentes de la part des populations locales, faisant des dizaines de morts.  En 2007, l'Etat du Bengal Occidental avait ainsi dû renoncer à la construction d'un gigantesque complexe chimique à Nandigram après que le bras de fer avec les paysans locaux a tourné au bain de sang. Dans la même région, la révolte contre l'usine Nano de Singur a depuis fait plier le Goliath Tata, qui a fini par la démanteler. A Dadri, les agriculteurs locaux avaient aussi réussi a fait reculer le géant Reliance. Dernier exemple pour illustrer cette tendance : l'Etat de  l'Orissa, où les populations tribales continuent de s'opposer a l'exploitation de leurs terres par le groupe minier britannique Vedanta. 

 

Littérature : les auteurs indiens récompensés 

Au cours des dix dernières années, les écrivains indiens anglophones ont reçu a trois reprises les lauriers littéraires du monde anglo-saxon. L'auteur Kiran Desai a tout d'abord remporté le prestigieux Man Booker Prize pour « La Perte en Héritage », publié en 2006. C'est ensuite le Britannique d'origine indienne Salman Rushdie, dont le livre «Les versets sataniques » lui avait valu une fatwa du guide spirituel iranien, l'Ayatollah Khomeini à la fin des années 80,  qui a reçu le prix spécial du «meilleur Booker de tous les temps » en 2008. Il avait obtenu le prix en 1981 pour « Les enfants de minuit ». Enfin, le Booker est revenu au jeune auteur Aravind Adiga l'année dernière pour «Le Tigre Blanc », portrait acide de l'Inde racontant l'ascension d'un jeune domestique, venu de sa campagne travailler pour une riche famille indienne à New Delhi.

 

 

« L'effet Slumdog » ou le succès international de l'Inde au cinéma

Slumdog millionaire peut-il être considéré comme un film indien? Exploite-t-il la misère à des fins ésthétiques et commerciales? Ces questions ont en tout cas suscité de nombreux débats en Inde, l'hiver dernier.  Réalisé par l'Anglais Danny Boyle, ce film dans lequel on suit les périples d'un enfant des bidonvilles de Bombay et sa victoire miraculeuse au jeu télévisé «Qui veut gagner des millions ? » a raflé huit Oscars 2009, dont celui du meilleur film.  Tourné en Inde avec un casting entièrement indien, le film a permis à deux de ses citoyens de remporter pour la première fois un Oscar : A.R. Rehman, pour la bande originale du film, et Resul Pookutty pour le son.  En 2005 déjà, l'Inde avait été représentée aux Oscars avec Water, troisième et dernier volet de la trilogie "Earth, Fire,Water" réalisée par la canadienne d'origine indienne Deepa Mehta.

On pourrait également s'attarder sur l'apparition des scénarios, des bikinis et des baisers a Bollywood...mais attendons plutôt 2020.  

 

Antoine Guinard, Aujourd'hui l'Inde,  le 30 décembre 2009