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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

Le cabinet Price Waterhouse Coopers complice de la fraude chez Satyam



La police fédérale indienne accuse le groupe en charge de vérifier les comptes de Satyam Computers d’avoir facilité la fraude, la plus importante que l’Inde ait connue, perpétrée pendant des années par son PDG.

 

 
 

 

De nombreuses zones d'ombre demeurent dans l'affaire Satyam depuis que son PDG Ramalinga Raju a révélé en janvier dernier avoir falsifié les comptes du groupe informatique pendant près de dix ans. La police fédérale indienne (CBI ) a cependant réussi à faire la lumière sur l'une d'entre elles : l'incapacité de la branche indienne du cabinet d'audit Price Waterhouse Coopers (PWC), à repérer la fraude et sonner l'alarme.

Selon le CBI, les employés de ce dernier en charge des comptes de l'ex quatrième groupe informatique indien auraient "intentionnellement" omis d'appliquer certains contrôles chez Satyam, a rapporté mardi le quotidien économique Mint.

Le 7 janvier dernier, le PDG de Satyam avait envoyé une lettre à son Conseil d'administration dans laquelle il avouait avoir artificiellement gonflé de près d'un milliard d'euros les comptes de la SSII.  Plus grand scandale financier de l'histoire du pays, l'affaire Satyam avait été surnomée "l'Enron indien", en référence au groupe américain qui avait fermé boutique en 2001 à la suite d'importantes malversations financières.

Les affirmations de la police indienne s'appuient sur une comparaison des pratiques de Price Waterhouse appliquées chez Infotech, un autre groupe informatique basé, comme Satyam, à Hyderabad (Andhra Pradesh, sud),  et lui aussi client de PWC. Les deux experts-comptables qui s'étaient occupés, jusqu'au 7 janvier dernier, de vérifier les comptes de Satyam pendant huit ans, avaient également effectué le même travail chez Infotech ces dernières années.  

Dans son dernier rapport rendu le 24 novembre, le CBI affirme que les employés de Price Waterhouse avaient prélevé les factures d'Infotech directement dans le système informatique du groupe. Mais dans dans le cas de Satyam, ces mêmes employés s'étaient contentés de documents papiers fournis par des hauts dirigeants de l'entreprise, lesquels sont aujourd'hui parmi les principaux accusés.

Autre exemple : pour les contrôles chez Infotech, Price Waterhouse avait contacté les banques directement pour obtenir confirmation sur l'état des comptes et avait vérifié sur internet les comptes courants de l'entreprise. Pour Satyam, le cabinet d'audit se serait basé sur de fausses lettres de confirmation des banques fournies, là encore, par des responsables du groupe informatique. Les employés de Price Waterhouse n'auraient pas non plus  procédé aux vérifications en ligne du compte courant de l'entreprise, d'après le CBI qui évoque un "complot sous-jacent" de leur part.

Un des deux salariés du cabinet d'audit en charge des contrôles chez Satyam aurait même ordonné à son équipe "d'interrompre la procédure qui consiste à obtenir confirmation auprès des fournisseurs et des débiteurs" à partir de 2007, selon Mint. Le CBI accuse les deux employés de Price Waterhouse d'avoir pris part au "complot" en ayant omis d'informer le comité d'audit de Satyam des  "déficiences importantes" des contrôles au sein du groupe.

Lors de l'affaire Enron, des accusations similaires à l'encontre d'Arthur Andersen, le jadis pretigieux cabinet d'audit en charge du contrôle de la comptabilité du groupe américain, avaient provoqué sa dissolution. Avant la révélation de son implication dans le scandale, Arthur Andersen figurait, comme Price Waterhouse Coopers, dans le "top 5" des cabinet d'audit et de conseil.

 

Antoine Guinard, Aujourd'hui l'Inde, le 11 décembre 2009.