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Bientôt un nouvel Etat indien !


Le gouvernement indien a donné son feu vert hier pour accorder le statut d’Etat au Telangana. Rattachée à l’Andhra Pradesh après l’Indépendance, cette région militait depuis plus de trente ans pour la reconnaissance politique de ses frontières.

 


Le Telangana est une des trois régions qui composent l'Andhra Pradesh

L'université d'Osmania à Hyderabad était au centre des agitations cette semaine
 

 

C'est une victoire historique pour les régionalistes du Telangana et leur porte-drapeau politique, le Telangana Rashtra Samithi (TRS). Le gouvernement fédéral a finalement cédé à leur demande d'un Etat séparé, hier soir, alors que la ville d'Hyderabad (Andhra Pradesh, sud) était quasiment en état de siège, menacée depuis lundi  par des actions violentes.

Le Premier ministre indien Manmohan Singh et le chef du gouvernement d'Andhra Pradesh K Rosaiah ont tenu une réunion, tard dans la soirée de mercredi, au terme de laquelle la décision de créer un nouvel Etat a finalement été prise.

"Le processus pour la création du Telangana va être mis en oeuvre. Une résolution [sur la question] va être présentée à l'assemblée régionale", a déclaré peu après le ministre de l'Intérieur P. Chidambaram lors d'une conférence de presse.

Cette concession de New Delhi permet de désarmorcer une situation explosive en Andhra Pradesh. La santé défaillante du président du TRS,  K. Chandrasekhar Rao, qui avait entamé une grève de la faim il y a onze jours, exacerbait la colère de ses partisans. Il a accepté de mettre fin à son jeûne à la suite de l'annonce du gouvernement.

La tension était en effet à son comble à Hyderabad, depuis quelques jours. Près de 15 000 étudiants ont défilé dans les rues de la capitale de l'Etat d'Andhra Pradesh mercredi, affichant leur soutien à la lutte pour la reconnaissance officielle de la région du Telangana. 12 500 policiers et soldats avaient été déployés dans la ville, selon le Times of India.

Le gouvernement régional avait par ailleurs interdit les rassemblements de plus de cinq personnes à Hyderabad ainsi que dans neuf autres districts de l'Etat. La police avait également investi plusieurs universités dont celle d'Osmania, un des épicentres historiques du mouvement, dont le TRS a repris le flambeau ces dernières années.

Créé en 2001, ce parti politique militait depuis exclusivement pour la sécession du Telangana, une des trois régions d'Andhra Pradesh qui comporte 10 des 23 districts de l'Etat.  Le TRS, avait appelé ses partisans à investir de force l'assemblée régionale aujourd'hui, afin de faire pression sur les députés locaux pour qu'ils votent une résolution en faveur de la scission de la région.

Le Telangana, qui signifie "terre des Telegus", faisait jadis parti de l'Etat princier le plus vaste et le plus peuplé d'Inde et possède sa propre identité culturelle. Contrairement aux autres territoires qui composent actuellement l'Andhra Pradesh, la région, dont Hyderabad fait partie, n'a jamais été sous le contrôle direct des britanniques pendant la colonisation.

Après l'Indépendance, le gouvernement de Jawaharlal Nehru a cependant décidé de regrouper les régions d'Andhra et de Telangana en un seul Etat (l'Andhra Pradesh) en 1956, allant à l'encontre des recommandations de la commission pour la réorganisation des Etats indiens.  Dès 1969, le "mouvement pour le Telangana" à pris de l'ampleur, en particulier dans les universités, comme celle d'Osmania à Hyderabad, mais a été violemment réprimé.

Le Bharatiya Janata Party (BJP, nationaliste hindou) avait promis, dans les années 90 de donner au Telangana le statut d'Etat, mais son allier régional en Andhra Pradesh, le Telegu Desam Party (TDP) l'en avait empêché. La TRS avait ensuite repris le combat pour la reconnaissance de la région.

La résolution pour la création d'un nouvel Etat doit désormais être votée à l'assemblée d'Andhra Pradesh, dont 119 des 294 députés sont rattachés au Telangana. Elle devra ensuite être soumise au vote par des deux chambres du parlement indien et obtenir les deux tiers des voix pour passer. Le parti du Congrès, au pouvoir à New Delhi, ayant donné son feu vert, la création d'un 29ème Etat indien ne devrait désormais être plus qu'une question de temps.

Reste cependant à régler le problème d'Hyderabad, capitale politique et économique de l'Andhra Pradesh, qui fait géographiquement partie du Telangana. Une solution envisageable serait d'accorder à la ville le statut de "territoire", à l'image de Chandigarh.

 

Antoine Guinard, Aujourd'hui l'Inde, le 10 décembre 2009