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Le boom du marché automobile indien pèse sur les défis climatiques



Le boom actuel du marché automobile indien, porté par la nouvelle classe moyenne, fait craindre une explosion des émissions de gaz à effet de serre dans un pays déjà montré du doigt au moment où le monde tente de lutter contre le réchauffement climatique.

 


L'Inde est l'un des marchés automobiles les plus florissants de la planète ©AFP
 

A Bombay, comme dans toutes les grandes villes indiennes, il n'est pas difficile de trouver de nouveaux propriétaires automobiles. Puneet Masih, jeune éducateur de 22 ans, vient tout juste d'acquérir une Renault Logan en dépit des routes déjà congestionnées qui transforment le moindre trajet en cauchemar.

"J'ai beaucoup d'espace pour mes jambes et l'efficacité énergétique est assez bonne. C'est ce qui m'a fait acheter cette voiture", argumente-t-il en sortant de chez le concessionnaire. Quant au problème de la pollution, des embouteillages et du réchauffement climatique, provoqué en partie par les émissions de gaz carbonique produites par les véhicules, il préfère laisser au gouvernement le soin de trouver une solution.

En Inde, les émissions de gaz à effet de serre per capita devraient quasiment tripler dans les vingt prochaines années, passant de 1,2 tonne par personne et par an à 2,1 tonnes par personne et par an en 2020 et 3,5 tonnes en 2030, selon un récent rapport commandé par le gouvernement. Ces chiffres restent cependant inférieurs à la moyenne mondiale de 4,2 tonnes par personne.

Mais l'immense population indienne de 1,1 milliard d'habitants place le pays parmi les plus gros émetteurs de CO2 au monde et, à quelques jours de l'ouverture du sommet sur le climat à Copenhague, l'Inde est aujourd'hui pressée d'annoncer un geste fort en la matière.

Les regards se tournent d'autant plus vers le géant indien que les deux plus gros pollueurs au monde, la Chine et les Etats-Unis, ont déjà mis sur la table, et pour la première fois, des objectifs chiffrés. New Dehli avait jusqu'à présent rejeté tout objectif chiffré, estimant qu'un engagement contraignant réduirait ses efforts en matière de croissance économique et de lutte contre la pauvreté.

Sous pression après l'annonce chinoise, le ministre de l'environnement Jairam Ramesh a fixé jeudi un objectif de réduction de sa quantité de gaz à effet de serre émise par point de Produit intérieur brut --l'intensité carbonique-- de 20 à 25% d'ici 2020.

Autre geste qui reflète la volonté de New Delhi d'afficher son engagement, le Premier ministre indien Manhohan Singh a annoncé samedi qu'il se rendrait à Copenhague lors des deux derniers jours de la conférence sur le réchauffement climatique, les 17 et 18 décembre.  Selon l'agence indienne PTI, M. Singh a décidé de se rendre dans la capitale danoise à "l'insistance de dirigeants mondiaux, parmi lesquels le président américain Barack Obama et le président français Nicolas Sarkozy".

L'Inde, l'un des marchés automobiles les plus florissants de la planète, est devenue une aubaine pour tous les constructeurs du secteur qui espèrent stimuler leurs ventes ayant pâti de la crise en Europe. Environ 1,5 million de nouvelles voitures ont été vendues en Inde en 2008/09 et des analystes anticipent un triplement des ventes d'ici 2015.

Mais contrairement aux Etats-Unis, ce sont les voitures compactes --donc moins polluantes-- et non les grosses berlines qui font fureur en Inde. "Je pense qu'en termes de technologie de contrôle des émissions, les voitures indiennes répondent assez bien aux normes internationales", estime Darius Lam, éditeur associé du magazine spécialisé Autocar professionnal.

Le marché du sous-continent reste également balbutiant avec 7 à 8 voitures pour 1.000 habitants, contre environ 600 à 800 dans les pays occidentaux. "Le marché indien est certes en pleine expansion mais cela n'a encore rien de comparable avec le taux de motorisation dans les pays industrialisés", tempère Anumita Roy Chowdury, directrice associée au Centre pour la science et l'environnement, basé à New Delhi.

 

Phil Hazlewood (AFP), Aujourd'hui l'Inde, le 7 décembre 2009.