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25 ans après la catastrophe, le poison continue de se répandre à Bhopal



Une étude du Centre pour la Science et l’Environnement révèle que les nappes phréatiques dans la ville où s’est produit le plus grand accident industriel de l’histoire contiennent encore un taux de pesticides dangereusement élevé.

 

 
 

 

 

Triste semaine pour l'Inde. Après le premier anniversaire du "11 septembre indien", le pays commémore aujourd'hui les 25 ans de la tragédie de Bhopal, qui a provoqué la mort de dizaines de mililers de personnes. Si l'accident, le plus grave de l'histoire industrielle, n'est pas aussi frais dans les esprits que les meurtriers attentats de Bombay, les plaies ne sont toujours pas refermées pour les victimes de la catastrophe. Pire, cette dernière continuerait aujourdhui à en faire de nouvelles, selon un récent rapport du Centre pour la Science et l'Environnement (CSE), une organisation scientifique basée à New Delhi.

"Les dernières analyses montrent que l'eau des nappes phréatiques situées à plus de trois kilomètres de l'usine Union Carbide (UCIL) contiennent des taux de pesticides 40 fois supérieurs aux standards indiens", révèle le rapport, paru lundi. Des échantillons prélevés à l'intérieur de l'usine en octobre 2008 révèlent entre autres des taux anormalement élevés de mercure et de Carbaryl, un pesticide fabriqué par UCIL.

L'analyse des eaux prélevées dans l'usine fait également état de taux de perticides 561 fois supérieurs aux normes indiennes. Plus inquiétant une pompe à eau située à plus de trois kilomètres du site contiendrait des taux extrêmement élevés de ces deux substances. Selon le CSE, cette contamination ne peut que provenir de l'usine désaffectée

Dans la nuit du 3 au 4 décembre 1984, une fuite de gaz toxique dans l'unsine du goupe américain de pesticides Union Carbide (racheté par Dow Chemicals en 1999) a tué 3500 à Bhopal, capitale du Madhya Pradesh (centre). Le bilan aurait aujourd'hui doublé, voire quadruplé, selon certaines associations. Sans compter la dizaine de milliers d'habitants de Bhopal atteinte de maladies chroniques et de malformations, causées précisément par la contamination des nappes phréatiques. Fermée après l'accident, l'usine avait ensuite été laissée à l'abandon.

"Le site de l'usine de Bhopal est source de toxicité chronique ayant pour conséquence l'empoisonnent de nos corps", affirme la directrice du CSE Naritha Narain. "Le problème, c'est que les produits chimiques présents dans le sol de l'usine se répandent dans les nappe phréatiques et continuent d'empoisonner lentement les habitants de la région", explique le CSE dans un communiqué publié lors de la parution du rapport.

Selon l'organisation, les personnes qui vivent aujourd'hui à proximité du site où s'est produit la catastrophe continuent de souffrir de diverses problèmes de santé. Sont-ils liés à la fuite de gaz de 1984 ou à l'exposition lente mais constante à des produits toxiques présents dans l'environnement pendant 25 ans? Les causes restent difficiles à determiner. Les recherches initiales du Conseil Indien pour la Recherche Médicale (ICMR), un organisme gouvernemental en charge d'une étude épidémiologique immédiatement après l'accident, suggéraient des conséquences dévastatrices pour les survivants de Bhopal, selon le magazine Down to Earth, publié par le CSE. L'étude a cepedant été abandonnée en 1994.

En 2007, une étude du gouvernement du Madhya Pradesh avait conclu que les eaux aux alentours du site de l'usine UCIL contenaient un fort taux de toxicité, mais qu'il n'y avait "aucune preuve que cette toxicité provienne des déchets de Union Carbide".

L'usine désaffectée, qui devait être ouverte au public du 20 novembre au 5 décembre est finalement restée fermée. Le CSE accuse par ailleurs le gouvernement régional de fermer les yeux sur les risques de santé. Annonçant l'ouverture de l'usine, le 10 novembre dernier, le ministre en charge de La Réhabilition de la Tragédie de Bhopal avait déclaré vouloir ainsi "se débarasser de l'idée érronée que les déchets chimiques à l'intérieur étaient encore toxiques et qu'ils contaminaient l'eau de la région".

Le CSE estime que le "nettoyage" des quelque 25 000 tonnes de déchets toxiques répandus sur les 35 hectares du site, siué en plein coeur de Bhopal, coûterait entre 70 et 140 millions d'euros.

 

Antoine Guinard, Aujourd'hui l'Inde, le 3 décembre 2009.