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Paris veut aider financièrement l'Inde pour la rallier à un accord à Copenhag

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Copenhague, cela ne veut pas dire la décroissance." Nicolas Sarkozy a tenu à rassurer les pays les plus pauvres, après un déjeuner avec le premier ministre indien Manmohan Singh, en marge du sommet du Commonwealth à Trinidad-et-Tobago le 27 novembre. "Je ne vais pas avoir le ridicule de dire à un pays d'un milliard d'habitants, dont plusieurs centaines de millions vivent dans la pauvreté, qu'il ne doit pas faire le choix de la croissance", a estimé M. Sarkozy, qui tenait seul une conférence de presse. "Tout l'intérêt de Copenhague, c'est qu'on ne demande pas aux pays de choisir entre la croissance et la protection de l'environnement."

L'Inde prête à s'engager sur des objectifs de réduction "ambitieux"

Selon M. Sarkozy, "la préoccupation du premier ministre indien, c'est le transfert de technologie", pour avoir une croissance durable, peu émettrice de carbone. Le chef de l'Etat compte en profiter pour vendre à ce pays de la technologie, notamment nucléaire. Il a annoncé qu'il se rendrait dans ce pays fin mars-début avril pour "signer et concrétiser tous ces accords". M. Sarkozy a annoncé que l'Inde serait éligible aux aides proposées par la France dans le cadre du plan justice-climat. Avec le Royaume-Uni, elle propose 10 milliards de dollars d'aide publique par an à partir de 2010 pour trois ans. Le souci est de trouver un processus pour que ce pays peuplé d'un milliard d'habitants n'absorbe pas toutes les aides du Nord vers le Sud.

L'INDE, DERNIER PAYS À NE PAS AVOIR D'OBJECTIFS DE RÉDUCTION CHIFFRÉS

Après que les Etats-Unis et la Chine sont sortis du bois, l'Inde est un des derniers grands pays à ne pas avoir affiché d'objectifs à l'approche du sommet mondial de Copenhague sur la lutte contre le réchauffement climatique. Il est délicat pour ce pays pauvre de prendre des engagements forts. La tâche est plus facile pour les grands Etats forestiers comme le Brésil, qui peuvent afficher des performances remarquables en limitant la déforestation.

M. Sarkozy se veut optimiste. "M. Singh m'a dit que jamais l'Inde ne produirait plus de carbone que les autres pays. Il m'a dit que jamais l'Inde ne serait un obstacle à un accord à Copenhague. Je crois dans l'homme d'Etat qu'est le premier ministre Singh", a assuré le président de la République. En attendant, son conseiller diplomatique Jean-David Levitte doit se rendre prochainement à New Delhi pour tenter de finaliser avec les conseillers de M. Singh une déclaration commune sur le modèle de celle signée avec le Brésil. Objectif : éviter un affrontement Nord-Sud à Copenhague. A Trinidad, le premier ministre indien ne s'est pas présenté devant la presse.

M. Sarkozy se réjouit de ce que, "dans les trois derniers jours, on est entrés dans la phase très active des négociations". Il n'empêche, il veut convaincre Barack Obama de participer à la phase finale des négociations, les 17 et 18 décembre à Copenhague. A cet effet, il compte avoir une conférence téléphonique avec le président américain et un ou deux autres dirigeants –sans doute la chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre britannique Gordon Brown.

A Trinidad, le président français – c'est une première – s'est adressé aux chefs d'Etat et de gouvernement des 53 pays membres du Commonwealth, qui devait faire une déclaration politique en faveur d'un succès à Copenhague. M. Sarkozy est arrivé trop tard pour écouter la reine Elizabeth d'Angleterre ouvrir les cérémonies du soixantième anniversaire de l'organisation qui rassemble l'ancien Empire britannique.

Arnaud Leparmentier, Le Monde.fr, le 28 novembre 2009.