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Trois hauts responsables du BJP mis en cause dans le rapport sur Ayodhya



Un ancien Premier ministre, l’ex-chef de l’oppostion et un ex-président du parti nationaliste hindou sont accusés d’avoir été les principaux instigateurs à la desctruction de la mosquée d’Ayodhya en 1992. Le rapport pourrait être divulgué aujourd’hui à l’assemblée.

 

 
 

 

Lal Krishna Advani  a laissé éclaté sa fureur hier, au Parlement indien. Bandissant l'édition du jour de l'Indian Express, le leader de l'opposition et candidat malheureux du Bharatiya Janata Party (BJP – nationaliste hindou) aux dernières élections s'est insurgé contre la fuite du rapport Liberhan dont s'est fait écho lundi matin le quotidien.

Ce document, du nom du juge en charge de la commission d'enquête sur la desctruction de la mosquée Babri à Ayodhya (Uttar Pradesh), avait été rendu le 30 juin dernier au gouvernement, 17 ans après les faits. Son contenu n'avait jusqu'à présent pas été divulgué, mais l'Indian Express révélait en Une, hier matin, que l'incident, qui a marqué l'envol politique du BJP, avait été "méticuleusement orchestré" par trois hauts dirigeants du parti : l'ex-Premier ministre Atal Bihari Vajpayee, l'ancien président du parti Murli Manohar Joshi ainsi que l'actuel leader de l'opposition Lal Krishna Advani.

Le 6 décembre 1992 une foule de pèlerins hindous avait mis le cap sur la ville d'Ayodhya, site religieux disputé entre les communauté hindoue et musulmane, avant de détruire la mosquée du 16ème siècle construite, selon eux, à l'emplacement du lieu de naissance du dieu Rama. Le BJP avait ensuite promis la construction à Ayodhya d'un temple hindou dédié à Rama, un cheval de bataille qui avait mené le parti à la victoire lors des élections de 1998.

La destruction de la mosquée Babri avait  ravivé les tensions interreligieuses et avait déclenché de violentes émeutes à travers le pays, provoquant la mort de près de 2000 personnes.

L'Indian Express révèle que le rapport Liberhan, qui n'a pas encore été rendu public, affirme que "contrairement à ce qui a été dit, la campagne d'Ayodhya ne bénéficiait pas [au départ] du soutien volontaire des masses, en particulier des hindous".  Selon le quotidien, le rapport Liberhan analyse les évènements ainsi : les leaders BJP ont sasi le mouvement d'Ayodhya comme "un tremplin politique, motivés davantage par le pouvoir et l'argent que par une quelconque idéologie".

Lal Krishna Advani, figure de proue de la frange dure du BJP à l'époque, est considéré comme le principal architecte de la destruction de la mosquée. "L.K. Advani et Murli Manohar Joshi étaient à 200m de [de l'édifice] et ils n'ont rien fait", lit-on dans le rapport cité par l'Indian Express.

"Les Rath Yatras (pèlerinages religieux, ndlr) organisés par Advani et Joshi avaient pour objectif d'inciter les gens à s rejoindre leur mouvement, en jouant sur la corde de l'émotion", lit-on encore dans le rapport, selon l'Indian Express. La Comission Liberhan récuse donc catégoriquement l'hypothèse d'un mouvement spontané lors de la destruction de la mosquée Babri, une théorie que Lal Krishna Advani et ses pairs ont pourtant toujours défendue.

Lorsqu'il avait été entendu par la commission, le chef de l'opposition avait déclaré que le 6 décembre 1992 avait été "le jour le plus triste de sa vie". Déclaration qu'il n'a pas manqué de rappeler lors de la houleuse session parlementaire hier, dans laquelle il a par ailleurs exigé que le rapport soit débattu ouvertement au Parlement. Ce sera chose faite aujourd'hui.

Un autre parlementaire BJP a fait remarqué qu'alors qu'Atal Bihari Vajpayee, considéré comme un modéré, était mis en cause, le rapport avait épargné Naramsimha Rao, Premier ministre du gouvernement Congrès à l'époque. Le BJP dans son ensemble a d'ailleurs accusé le Congrès d'avoir orchestré une "fuite selective" du rapport.  

Le secrétaire général du BJP Arun Jaitley, de son côté, s'est contenté de critiquer la forme au lieu du fond, demandant à connaître l'auteur de la fuite du rapport. "Il n'y a que deux copies du rapport. Si le ministre de l'Intérieur nie l'avoir divulgué, c'est donc la commission", a t-il déclaré. Interrogé par les journalistes, le juge Liberhan a platement nié que la commission était à l'origine de la fuite.

 

Antoine Guinard, Aujourd'hui l'Inde, le 24 novembre 2009