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L'Inde veut être rassurée sur les intentions de Barack Obama

Cette visite à Washington, les Indiens l'attendaient avec un mélange d'impatience et d'appréhension. Barack Obama aime-t-il l'Inde ? En tout cas, autant que George Bush ? La visite de quatre jours que le premier ministre indien, Manmohan Singh, a entamée, lundi 23 novembre, aux Etats-Unis, va permettre à New Delhi de sonder les dispositions de l'administration de M. Obama à l'égard du géant d'Asie du Sud. La relation bilatérale est globalement bonne mais, à rebours de l'embellie qu'elle avait connue sous l'ère Bush, elle est désormais grevée d'interrogations et d'inquiétudes.  

George Bush avait marqué l'histoire en parrainant en 2005 un accord indo-américain de coopération nucléaire civile. Le processus amorcé a conduit, en 2008, à la fin de l'ostracisme qui bridait les ambitions atomiques de New Delhi depuis l'explosion de sa première bombe, en 1974. L'Inde pourra dorénavant s'alimenter en technologies et combustibles nucléaires sur le marché international. En échange, elle s'engage à ouvrir ses installations nucléaires civiles - mais non militaires - aux inspections de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

M. Obama s'est bien gardé de répudier cet héritage de l'ère Bush, dont l'arrière-pensée stratégique était de doper l'essor de l'Inde pour contrecarrer la puissance chinoise, mais son engagement anti-prolifération suscite une certaine perplexité à New Delhi. Les Indiens attendent maintenant la phase "opérationnelle" de l'accord. Dans un récent entretien à Newsweek, M. Singh dit souhaiter que l'administration Obama soit "plus libérale en matière de transfert de technologies (nucléaires)".

Contentieux du Cachemire

M. Singh cherchera aussi à obtenir des assurances sur la politique américaine à l'égard de la Chine, le grand rival asiatique de l'Inde avec lequel les relations se sont notablement crispées ces derniers mois. Nombre de commentateurs indiens ont suivi avec déplaisir la récente visite de M. Obama en Chine, globalement qualifiée de trop bienveillante. Le communiqué conjoint sino-américain a particulièrement choqué New Delhi.

Dans un paragraphe du texte consacré à l'Asie du Sud, Pékin et Washington déclarent "soutenir l'amélioration et la croissance des relations entre l'Inde et le Pakistan". A priori sibylline, cette allusion est perçue comme une ingérence, ou plutôt comme une invitation américaine à la Chine à l'ingérence dans le conflit indo-pakistanais, que New Delhi tient pour une affaire purement "bilatérale".

Les Indiens ont toujours été extrêmement susceptibles vis-à-vis de toute forme de pression internationale sur le contentieux du Cachemire, principale pomme de discorde avec le Pakistan. Que M. Obama ait cédé à ce sujet à une manoeuvre de Pékin, allié historique d'Islamabad, a été perçu à New Delhi comme un inquiétant lâchage.

Un troisième dossier, celui de la lutte contre le djihadisme international, devrait offrir à MM. Obama et Singh davantage de matière à rapprochement. Mais, là encore, des doutes persistent à New Delhi, où l'on s'inquiète de voir des stratèges américains cautionner la thèse selon laquelle le soutien pro-taliban des services secrets pakistanais constituerait une réaction au renforcement du rôle de l'Inde en Afghanistan. Cela fait donc beaucoup de malentendus à dissiper.

 

Frédéric Bobin, Le Monde, le 24 novembre 2009.