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Les milliardaires indiens trustent 25 % du PIB du pays

Une nouvelle "caste" se développe en Inde : celle des milliardaires en dollars. Le pays en compte 52, d'après le classement publié le 19 novembre par le magazine Forbes, contre seulement deux en 1996. Après une diminution de moitié en 2008, leur nombre est presque revenu à son niveau de 2007.

Pour eux, la crise aura été de courte durée. La Bourse de Bombay a enregistré une hausse de 76 % depuis janvier, sa meilleure performance en dix-huit ans, et la croissance économique de l'Inde devrait approcher les 6,5 %.

Ce sont la construction, l'énergie, la pharmacie et les médias qui sont les plus représentés dans le classement du magazine. Le président de Reliance Industries, Mukesh Ambani, est en tête, avec une fortune estimée à 32 milliards de dollars (21,4 milliards d'euros), cinq fois plus importante que celle du Chinois le plus riche, Wang Chuanfu.

Les milliardaires indiens ont pour la plupart hérité d'entreprises familiales qu'ils ont transformées en multinationales. Le président de Wipro, Azim Premji, quatrième fortune locale, a hérité d'une société qui produisait de l'huile végétale et fabriquait des savons avant de la transformer en un géant mondial de l'informatique.

Les 100 plus riches Indiens possèdent 276 milliards de dollars - l'équivalent du quart des richesses produites chaque année par le sous-continent peuplé de plus d'un milliard d'habitants. Ils s'enrichissent à un rythme plus soutenu que l'économie de leur pays.

Leur fortune représente le quart du produit intérieur brut indien, contre seulement 0,4 % en 1998. Tandis que 450 millions d'Indiens vivent avec moins de 1,25 dollar par jour, ces nouveaux milliardaires risquent de passer plus pour des profiteurs que pour des super-héros.

En octobre, Salman Khurshid, ministre chargé des entreprises, a appelé à une baisse du salaire des patrons, qu'il qualifie de "vulgaires". La coalition au pouvoir, emmenée par le Parti du Congrès, s'est fait élire en mai sur la promesse d'une "croissance partagée". Mais les dépenses publiques dans les programmes sociaux de lutte contre le chômage et la pauvreté sont contenues par un lourd déficit budgétaire, qui ne représente pourtant moins du quart de la fortune des 100 Indiens les plus riches.

Oligopoles

Or, ces nouveaux milliardaires ont amassé leur fortune grâce aux groupes géants qu'ils ont constitués. Grâce à leur taille, ces entreprises ont pu pallier les défaillances de l'Etat dans les domaines de la formation, de l'innovation ou des infrastructures. C'est le groupe Tata qui construit les routes, gère l'approvisionnement en eau et en électricité, de son usine sidérurgique de Jamshedpur ; ce sont les entreprises de services informatiques qui ont créé leurs propres écoles pour former des ingénieurs. Ces firmes forment des oligopoles difficiles à "déloger".

Il y a plus d'un siècle, les entreprises de l'industriel Rockefeller, premier milliardaire de l'Histoire, ont régné en quasi-monopole avant d'être brisées par les lois antitrust. L'Inde a d'ailleurs mis en place, en mai, une "compétition law" pour lutter contre la constitution de monopoles. Avec cette loi, le pays continuera à s'enrichir avec, peut-être, moins de milliardaires et plus de millionnaires.

 

Julien Buissou, Le Monde, le 20 novembre 2009.