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Au J.J. Hospital de Bombay, le sida est soigné gratuitement



En Inde, environ 2,5 millions de personnes vivent avec le VIH. Depuis 2004, les "centres ART", ouverts dans des hôpitaux publics, délivrent gratuitement des traitements antirétroviraux, ainsi que des consultations spécialisées et des sessions de soutien psychologique aux patients atteints du VIH/SIDA. Reportage au J.J. Hospital de Bombay.

 


le Dr Alaka Deshpande est impliquée dans la lutte contre le sida depuis 1990
 
 
 
 
 
"Au début des années 90, le J.J. Hospital était le seul hôpital de Bombay à traiter les malades atteints du VIH/SIDA", se souvient le Dr Alaka Desphande. Aujourd'hui, c'est l'un des deux seuls hôpitaux publics indiens à proposer des médicaments anti-rétroviraux (ARV) "de deuxième ligne" aux personnes séropositives, lorsque le VIH s'avère résistant aux médicaments classiques, les ARV dits "de première ligne". Au cœur du quartier musulman de Bycalla, l'immense J.J. Hospital a une capacité de 1400 lits pour plus de 30 000 admissions par an. Le centre hospitalier dépend du gouvernement régional du Maharashtra, l'Etat de Bombay, et toutes les pathologies y sont traitées gratuitement.

Le "centre ART", se trouve dans le bâtiment principal de l'hôpital. Né en 2004, ce département est entièrement dédié aux personnes atteintes du VIH. Ici, les patients (non hospitalisés) ont accès à un laboratoire d'analyses, à des consultations médicales spécialisées, mais aussi à des rencontres avec des psychologues et même un nutritionniste. Et surtout, ils reçoivent un traitement antirétroviral intégralement gratuit. Dans la salle d'attente, une centaine de personnes patiente. Chaque jour, ils sont ainsi entre 250 et 300 à venir chercher leurs médicaments pour un mois, et les tois médecins donnent près de 400 consultations quotidiennes au total.

 

Alaka Desphande dirige le centre ART depuis sa création. Dans son bureau, siège d'incessantes allées et venues, elle se réjouit du chemin parcouru : "mes patients, parlent la langue des CD4 (les globules blancs aussi appelés lymphocytes T4 sur lesquels se fixe le virus du SIDA ndlr), ils sont capables de comprendre leurs résultats d'analyse. Maintenant, il y a de l'espoir". D'autant plus qu'en Inde, le SIDA est souvent considéré comme une maladie honteuse. Au sein de cette gigantesque usine de santé, il n'existe pas par exemple pas de service dédié aux malades du SIDA, pour éviter la "stigmatisation" des malades, comme nous l'apprend Vaishali, conseillère psychologique.

Lors de sa visite en Inde en octobre dernier, Michel Sidibé, le président de l'ONUSIDA, a alerté l'opinion sur un criant problème de santé publique: "Le Maharashtra possède une industrie pharmaceutique générique qui exporte des médicaments anti-rétroviraux en Afrique à bas prix, permettant à des pays comme l'Afrique du Sud et le Mali de soigner 80% de la population affectée. En même temps, à peine 30% de la population cible est couverte au Maharashtra",  déclarait-il au Times of India, tout en soulignant que grâce à ses bonnes infrastructures de santé, Bombay avait la capacité de devenir un modèle dans la lutte contre le SIDA en Inde.

Pour le Dr Deshpande, le problème majeur reste la grande différence de prix entre les traitements de première ligne de deuxième ligne. "Un traitement d'ARV de première ligne coûte 650 roupies par mois et par patient, contre 8000 roupies pour un traitement de deuxième ligne", explique-t-elle. Or environ 3% des patients développent une résistance aux ARV de 1ère ligne. En 2010, le J.J. Hospital introduira les ARV de deuxième ligne pour les enfants, sans oublier les fondamentaux : éducation et promotion des préservatifs. "Nous ne pouvons nous permettre aucun laxisme", rappelle Alaka Deshpande.

 

Sarah Collin, Aujourd'hui l'Inde, le 12 novembre 2009.