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L’Arunachal Pradesh, région excentrée résolument indienne



La visite du dalaï lama, arrivé dimanche dans cet Etat du nord-est de l’Inde, provoque la colère de la Chine. Isolée et souvent oubliée du reste du pays, cette région paisible revendiquée par Pékin continue de clamer haut et fort son identité indienne.

 

 

 

Alors que des milliers de bouddhistes sont venus accueillir le dalaï lama au monastère de Tawang, hier, ils étaient à peine plus d'une centaine d'étudiants, à avoir fait le chemin à Jantar Mantar, l'avenue des manifestations de New Delhi, mardi dernier.  Le rassemblement organisé par l'All Arunachal Pradesh Student Union (AAPSU), le principal syndicat des etudiants d'Arunachal Pradesh avait un but bien précis à quelques jours de la visite du chef spirituel tibétain dans leur état d'origine : afficher un front uni contre la Chine.

"Je n'ai pas vraiment le temps à cause de mes examens mais c'est une cause importante", explique Jimsi Tassar, étudiante en Droit à l'université de Delhi et orginaire d'Arunachal Pradesh. Les membres de l'AAPSU, qui forment les trois quarts de l'assistance portent des t-shirts blancs barrés du slogan "nous sommes fiers d'être indiens". "Nous  sommes nés indiens, nous mourrons indiens", lit-on encore sur un écriteau placardé sur une barrière de police.

Etat du nord-est de l'Inde bordant le Tibet au sud, L'Arunachal Pradesh est au coeur d'un conflit frontalier sino-indien depuis la mi-octobre. Après avoir exprimé son mécontentement lors du déplacement du Premier ministre indien dans l'Etat à la veille des élections locales, la Chine, qui revendique une partie de ce territoire, a déclaré s'opposer "fermement" à la venue du dalaï lama, prévue le 8 novembre dans la région. Pekin accusait, la semaine dernière encore, le leader spirituel tibétain de "saboter" les relations de la Chine avec l'Inde.

Une accusation que récusent les étudiants arunachalis présents à la manifestation de mardi. "La visite du dalai lama n'est pas politique, il se rend dans des hauts lieux du bouddhisme comme le monastère de Tawang", affirme Anand Lokam, président de l'ASUD, un syndicat des étudiants arunachalis de New Delhi. Deuxième plus grand monastère bouddhiste en Inde, Tawang fut la première résidence indienne du chef spirituel tibétain lors de son départ forcé de Chine en 1959.

Isolé du reste du sous-continent indien, l'Arunachal Pradesh, qui signifie "région du soleil levant" en hindi, compte environ 20% de bouddhistes et entretien logiquement des liens culturels forts avec le Tibet. Mais contrairement à d'autres Etats du nord-est  comme l'Assam, le Manipur ou le Nagaland, qui continuent d'être gangrénés par des mouvements séparatistes, l'Arunachal Pradesh reste, comparativement, "un oasis de paix", comme le décrit Takkam Sanjay, député au Parlement indien originaire de la région.

"C'est le seul Etat du nord-est qui a adopté le hindi comme langue officielle", rapelle Sanjoy Hazarika, ancien correspondant du New York Times, et auteur de plusieurs ouvrages sur la région nord-est. Selon lui, l'inclusion culturelle de l'Arunachal Pradesh dans l'Inde, malgré son excentricité géographique, est due avant tout à la volonté des Arunachalis.

"Nous parlons un hindi un peu spécial", admet Jimsi Tassar qui s'amuse des bafouilles de certains des intervenants à Jantar Mantar, "mais nous sommes fiers d'être Indiens. En Arunachal, les discours se terminent toujours par Jai Hind ! (vive l'Inde)". "Nous subissons parfois des dicrimination à cause de notre apparence, mais nous faisons intégralement partie de la société indienne", assure  pour sa part Wang, 21 ans, étudiant en histoire.

Si l'Arunachal Pradesh a depuis longtemps fait allégance à New Delhi, la région, peuplée d'un peu plus d'un million d'habitants pour un territoire de 85 000 km carrés, souffre néanmoins d'un manque cruel d'infrastructure. Exemple édifiant : l'Etat a inauguré la semaine dernière sa première prison !

"Il n'y a pas de routes et d'aéroport corrects en Arunachal Pradesh. Comment pourrons-nous nous défendre face à une attaque chinoise?", s'interrogeait mardi dernier un porte-parole de l'AAPSU. Si ce scénario reste peu probable, le développement de la région n'en reste pas moins nécessaire. Selon Sanjoy Hazarika, un projet de chemin de fer traversant l'Etat d'est en ouest pourrait bientôt raccrocher plus solidement l'Arunachal Pradesh au reste de l'Inde. Et dissiper davantage la menace chinoise.

 

Antoine Guinard, Aujourd'hui l'Inde, le 9 novembre 2009