Blue Flower


L’homme qui exauce des vœux, par Tarquin Hall 

Si la corruption en Chine est largement connue et même communément reconnue, celle qui sévit en Inde est moins souvent dénoncée. Elle est pourtant tout aussi prégnante. Rien de mieux que les romans policiers pour en prendre la mesure… tout en se délectant.

Celui de Tarquin Hall, L’homme qui exauce les vœux (traduction Anne- Marie Carrière, 10-18 / Domaine policier, Paris, 2009) est une merveille de finesse et de suspens. On y suit avec beaucoup de plaisir et de curiosité les pérégrinations de l’inspecteur Vish Puri, autodésigné « meilleur privé de New Delhi », à la recherche d’une petite bonne dalit (« Intouchable ») disparue, dont nul ne se serait soucié – pas même ses employeurs (de haute caste), une bonne se remplaçant facilement –, si son patron, Ajay Kasliwal, n’était accusé du meurtre de cette gamine. Avocat célèbre, spécialiste des causes difficiles sinon perdues, et surtout incorruptible, ce qui a l’air d’être aussi rare qu’un dalit mangeant avec un brahmane, ce notable est donc l’objet d’une sombre machination. On cherche à le faire disparaître de la scène locale.

Les démêlés de Kasliwal nous précipitent ainsi dans le système judiciaire du Rajasthan, où avocats, juges, policiers font leurs propres droits, selon le rapport de force du moment, la fortune du prévenu ou les intérêts supérieurs des élus de l’Etat. Et si l’on en croit l’auteur, Jaipur, la capitale du Rajasthan, n’a pas le privilège de ce type de mœurs, qui s’est visiblement aggravé avec la flambée du business – milliardaires et mafia se côtoient allègrement, même si, à la fin de partie, chacun rentre chez soi. La description des clubs très fermés de la bonne société – hérités de la période britannique – est franchement très drôle.

Le voyage de l’inspecteur Vish Puri nous entraîne dans les coins reculés où aucun touriste n’aurait jamais l’idée d’aller, dans l’Etat de Jharkhand, à l’est. Les populations locales y sont prises en étau entre les milices des grands propriétaires miniers, qui les contraignent à travailler dans des conditions d’un autre âge, et les guérilleros naxalites qui ont depuis longtemps oublié leur but premier (défendre les plus pauvres).

Hall, qui est un ancien correspondant Associated Press en Inde, réussit un premier roman, tout en humour.

 

Martine Bulard, Le Monde diplomatiquelundi 2 novembre 2009