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Le Vande Mataram, chant national indien pas assez laïc?

 

Une "fatwa" lancée mardi par une organisation islamique indienne à l’encontre de ce chant national populaire fait polémique depuis quelques jours. Un débat qui fait avant tout la lumière sur la complexité de la notion de laïcité en Inde.

 

Afficher l'image Le Vande Mataram est des chants patriotiques de l'Inde

 
Le Vande Mataram est un des chants patriotiques de l'Inde

La religion et le patriotisme sont des sujets sensibles en Inde. Lorsqu'ils s'entremêlent, et que les médias décident de braquer sur eux leurs projecteurs, le cocktail est souvent explosif. Mardi dernier, Le Jamiat Ulema-i-Hind, une organisation musulmane basée à Deoband, dans l'Etat d'Uttar Pradesh (nord) a décrété une fatwa contre Vande Mataram, un chant national indien populaire. La raison : celui-ci appelle à "vénérer la terre mère indienne" alors que dans l'Islam, seule est tolérée l'adoration du dieu unique (Allah).

"Chanter le Vande Mataram n'est pas nécessaire pour être un bon patriote. Nous aimons notre pays et l'avons démontré à plusieurs reprises mais le Vande Mataram enfreint notre foi monothéiste", explique le décret.

Prononcé lors du trentième séminaire de l'organisation auquel avait notamment choisi d'assister le ministre de l'Intérieur P. Chidambaram,  il a rapidement été repris par les médias et dénoncé comme un acte "anti-patriotique" et "séparatiste" par deux députés de la droite hindouiste. Une accusation dont se défend le Jamiat Ulema-i-Hind, qui s'étonne de l'ampleur de la polémique.

"Nous avons fait exprès de passer cette fatwa lors du rassemblement public afin de ne pas provoquer de scandale [... ] Notre mission est de tisser des liens pas d'exacerber les tensions communautaires", a déclaré hier le Mehmood Madani, le secrétaire général de l'organisation.

"C'est un faux débat, une trentaine de résolutions ont été évoquées ce jour-là mais on ne parle que de celle-ci! Il ne faut pas faire le jeu des extrémistes!", s'offusque pour sa part Akhtarul Wasey, en charge du département d'études islamiques de l'université Jamia millia Islamia à New Delhi. "La dénonciation du terrorisme comme un acte anti-islamique, non-compatible avec le Djihad et la revendication d'une éducation moderne pour les musulmans étaient également des points essentiels de la conférence mais personne ne les a retenus", ajoute-t-il.

Connu pour avoir décrété une fatwa contre le terrorisme l'année dernière et pour s'être toujours opposé a une division de l'Inde et à la création du Pakistan, le Jamiat-Ulema-i-Hind, peut en effet difficilement être taxé d'extrémisme et de prosélitisme.

La preuve en est que le Vande Mataram a par le passé été chanté par des Musulmans, et pas des moins célèbres, sans pour autant provoquer des émeutes. "A.R. Rehman (compositeur indien qui a réalisé, entres autres, la bande originale du film Slumdog Millionaire, ndlr) l'a chanté, sans que ça ne choque personne", explique, à titre d'exemple Akhtarul Wasey qui rappelle également que le Vante Mataram n'est pas l'hymme national indien.

Ce serait d'ailleurs a cause de nombreuses allusions à la religion hindoue que le chant, par souci de respect de la pluralité, n'aurait pas été choisi comme hymme national même s'il reste populaire auprès de nombreux Musulmans. Un respect de la diversité religieuse qui constitue un des piliers de la démocratie indienne.  Si la religion est ominiprésente en société en Inde, on ne trouve par exemple aucune allusion à dieu dans la constitution.  

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'un chant patriotique est remis en cause. "Saare Jahan Se Achcha du poète Muhammad Iqbal avait été modifié malgré sa popularité", rappelle  Akhtarul Wasey. "Le passage ou il écrit que ‘la Grèce, l'Egypte et Rome ont disparu mais nous sommes toujours là' est retiré lorsqu'il est chanté par l'armée lors de la journée de la République", affirme t-il.

Considéré comme un hymne non-officiel et une ode à l'Inde, Saare Jahan Se Achcha est resté immensément populaire. Chanté à plusieurs reprises par Mahatma Gandhi, il a été adapté en musique par le joueur de sitar Ravi Shankar en 1950 et continue d'être chanté dans l'armée indienne.

 

  Antoine Guinard, Aujourd'hui l'Inde, le 5 novembre 2009.