Blue Flower

La mort de Mère Teresa il y a 11 ans n’y a rien changé. Les centres d’accueil des mourants, des malades et des orphelins attirent toujours des centaines de bénévoles internationaux en Inde. Comment se passe une journée auprès des plus démunis ? Reportage à Calcutta, dans le "mouroir" de Kalighat.

 

Un groupe de bénévoles à Prem Dan, le foyer des personnes agées de Calcutta

Rachel, une présence rassurante pour cette vieille dame

Stéphanie et Rachel font la vaisselle du déjeuner à Kalighat

Être bénévole pour les Missionnaires de la Charité, ça commence, pour ceux qui le souhaitent, par une messe, à 6 heures du matin. Les voix des sœurs de Calcutta, vêtues de leurs saris blancs à bordures bleues, se mêlent à celles de quelques volontaires matinaux, en sandales et short, dans des chants religieux aux accents multicolores.

Pour écouter les chants des sœurs de Mère Teresa à Calcutta, cliquez en haut à droite de cet article.

C'est l'heure du petit-déjeuner des bénévoles : ils sont une quarantaine à mordre dans le cake au beurre et à savourer le thé au lait brûlant offert par les soeurs. "L'été, nous sommes plus de quatre cent", assure un jeune séminariste allemand. Espagnols, Français, Allemands, Canadiens, Américains et Coréens papotent comme des amis de toujours. Bonne humeur et esprit positif : une longue journée les attend.

Le centre Prem Dan, au milieu de l'un des bidonvilles de Calcutta, regroupe des femmes âgées et sans ressources. Hélène, une étudiante française qui a profité d'un passage à Calcutta pour donner de son temps, enfile un tablier et regarde les dizaines de petites vieilles, crânes rasés, corps décharnés, alitées le regard dans le vide qui attendent des soins ou de l'attention. Ici, personne ne va vous dire quoi faire. "Sur place, l'accueil est rapide et les sœurs ne peuvent pas consacrer de temps aux bénévoles : tu devras donc observer par toi-même et te lancer", explique Colombe sur un forum après un séjour dans un foyer de mère Teresa en Haïti.

Pour les bénévoles qui n'ont pas de formation médicale, la journée consiste à faire la lessive, la vaisselle, à installer les dizaines de matelas, mais aussi à apporter du réconfort aux malades par une présence. Pas de langue commune entre les bénévoles et les femmes bengalies, mais une main tenue qui rassure, une comptine espagnole qui berce, une caresse sur une nuque fripée semblent apaiser la douleur et la solitude. Des bénévoles vernissent les ongles racornis de leurs aînées, comme pour restaurer une féminité anesthésiée par la misère et la maladie.

Un peu à l'écart, il y a une femme au visage entièrement bandé. Sa belle-famille lui a jeté de l'eau bouillante sur le visage, une pratique courante en Inde. La scène est insupportable. Elena, une Espagnole aux yeux gris lui tient tendrement la main et lui chuchote "ça va aller mamie", pendant qu'une infirmière désinfecte les lambeaux de peaux de son visage fantôme.

"Ici, on côtoie la mort de près", expliquent Stéphanie et Rachel, deux étudiantes américaines. Toutes les deux veulent devenir médecins. "On ne s'habitue pas à l'odeur d'excréments et à la vue des vers qui rongent les plaies, on se sent parfois tout petit face à cette misère, mais on sort grandies de cette expérience", poursuivent-elles. L'année prochaine, elles commenceront leurs études de médecine, avec une certitude : "prendre du recul et venir dans ces foyers nous motive davantage à poursuivre nos études. Faire la vaisselle, c'est indispensable, mais on voudrait faire plus."

Les foyers de mère Teresa accueillent tous les bénévoles pour une journée, une semaine ou plusieurs mois. L'inscription est obligatoire sur place.

Mani Singh, Aujourd’hui l’Inde, le 24/ décembre 2008.