Blue Flower

La diaspora sikhe en proie au choc des civilisations



Les canons de la religion sikhe ont la vie dure en occident. La France interdit le port du turban pour défendre la laïcité, tandis qu'aux États-Unis, le kirpan est considéré comme une arme illégale. Pour mieux vivre, certains sikhs choisissent de renoncer à ces pratiques, d'autres se battent pour les faire accepter.

 

 

 

Après quatre ans de bataille juridique, la communauté sikhe des États-Unis exulte : le port de la barbe et du turban sont désormais autorisés pour les agents de sécurité fédéraux. Une petite victoire pour les représentants d'une religion aux attributs difficiles à porter outre-atlantique.

Raghbir Singh, alias Major Gill, décide d'immigrer aux USA en 2004, après avoir servi durant 34 ans dans l'armée indienne. Recruté par une agence de sécurité, il se voit attribuer la surveillance d'un bâtiment gouvernemental. Seul hic, la politique fédérale à l'égard de ses employés est claire : le port de l'uniforme, qui comprend une casquette, est obligatoire, et tous les agents doivent être rasés de près.

Suite à son refus d'obtempérer, le Major Gill est licencié et porte immédiatement plainte pour discrimination. Sa victoire juridique est celle de toute une communauté, dont les déboires ne sont pas uniquement liés à la partie visible de sa religion.

Le kirpan, poignard que les sikhs dissimulent sous leurs vêtements, fait lui aussi l'objet d'une interdiction dans plusieurs États américains. Ironie du sort, ce symbole de la lutte contre l'injustice et l'oppression est désigné comme une arme illégale puisque cachée.

Ce mois-ci, la communauté sikhe de Californie a reçu un véritable soufflet de la part du gouverneur Arnold Schwarzenegger. Après plusieurs mois de campagne de promotion de la culture sikhe et de sensibilisation à la tolérance religieuse, les associations locales avaient réussi à faire voter à l'unanimité des deux chambres de l'État un texte autorisant le port du kirpan.

Mais le gouverneur, jugeant le règlement "inutile", y a opposé son véto. L'illégalité des armes cachées doit être respectée. Le mépris d'une minorité déjà à fleur de peau ? Un dommage collatéral...

Au Royaume-Uni, où la communauté sikhe est très présente, le kirpan fait aussi parler de lui. La semaine dernière, un adolescent de 14 ans a été exclu d'une école londonienne, après avoir avoué à un professeur qu'il portait un kirpan.

Le poignard symbolique, dont la lame d'une longueur d'environ 12 cm ne doit en aucun cas être aiguisée, est maintenue cachée sous une ceinture de tissus. D'où l'incompréhension des sikhs face aux inquiétudes liées à ce que les occidentaux continuent à considérer comme une arme.

En France, où l'on compte 7000 sikhs majoritairement en Seine-Saint-Denis, c'est le caractère « ostentatoire » des préceptes sikhs qui posent problème. En décembre 2007, le Conseil d'État affirme que le port du turban, ou même du sous-turban, remettait en question le principe républicain de laïcité. Point de jeunes sikhs visibles dans nos écoles depuis cette décision.

Tous ces obstacles à l'expression de leur appartenance religieuse a poussé certains sikhs à renoncer au port de la barbe et du turban, pour devenir des sahaj-dhari, des tenants de la facilité. Facilité d'aller à l'école, de trouver du travail, de se fondre dans la masse et d'esquiver préjugés et amalgames. La difficulté étant de garder intacte son identité.

 

Anna Guzzini, Aujourd'hui l'Inde,  le 23 octobre 2009.

 

 

N.B. Relire, sur le problème des Sikhs qui, en Inde, ne suivent pas strictement les rites de la communauté :

Prise de tête chez les Sikhs