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Le débat sur les OGM s'intensifie en Inde


Le comité d'autorisation du génie génétique (GEAC) a approuvé la semaine dernière la production d'une aubergine transgénique en Inde. Face à la levée de bouclier des mouvements anti-OGM, le ministère de l'environnement a dû repousser la décision finale d'autoriser ou non l'introduction du légume sur le marché.

 

 
 

 

Il s'agirait du premier aliment OGM produit et commercialisé en Inde. Le Brinjal Bt, une aubergine transgénique mise au point par le semencier indien Mahyco, a passé tous les tests et reçu l'approbation de la GEAC. Mais pas celle des associations environnementales, qui pointent du doigt des recherches trop courtes et des résultats mitigés.

Le Bacillus thuringiensis, Bt pour les intimes, est une bactérie présente dans le sol et utilisée à grande échelle comme pesticide. En introduisant une partie du code génétique du Bt dans celui d'une aubergine, les chercheurs de Mahyco ont obtenu un légume capable de produire lui-même une toxine mortelle pour certains parasites.

Conclusion, d'après le semencier, "le Brinjal Bt garantit de meilleurs rendements et donc un accroissement des revenus pour les paysans". Autre argument de poids pour les agriculteurs indiens, la société assure que le prix de ses semences resterait abordable pour les fermiers les plus modestes.

Pourtant, ce qui semble être une bonne nouvelle pour le secteur agricole indien n'est qu'une manœuvre dangereuse pour les mouvements anti-OGM, parmi lesquels le Centre pour l'agriculture durable.

Dans un rapport détaillé sur le Brinjal Bt, l'association remet en cause la validité des études menées sur l'aubergine transgénique et transmises au GEAC : "Ces études ne donnent aucune garantie sur les effets du Brinjal Bt sur la santé des consommateurs à moyen ou long terme".

Plus grave, l'association pointe du doigt le manque d'objectivité des recherches : "l'écrasante majorité des tests ont été effectués par des sociétés productrices d'OGM, et non pas par des laboratoires indépendants". En effet, les rapports disponibles sur le site officiel du GEAC indiquent que la plupart des laboratoires impliqués dans le processus de validation ont été sponsorisés par Mahyco.

La preuve pour les mouvements anti-OGM que le système d'autorisation des cultures transgéniques doit être réformé. Aujourd'hui, la recherche en laboratoire puis en champs ainsi que l'introduction sur le marché d'un OGM dépend presque exclusivement du GEAC, qui se base sur un règlement datant de 1989, l'Environment Protection Act.

Le ministère de l'environnement peut intervenir à tout moment de la procédure pour autoriser ou interdire la poursuite d'un projet portant sur un OGM, et c'est lui qui donne le feu vert définitif pour son introduction sur le marché.

L'Inde a déjà mené cette procédure à son terme en 2005, en autorisant la culture du coton Bt. Mais après deux ans de culture intensive, de nombreux agriculteurs de l'Etat du Penjab, grand producteur de coton, se plaignent d'une baisse catastrophique de leur production.

"L'autorisation prématurée de la culture du coton Bt a fait des paysans des cobayes involontaires", martèle le Centre pour l'agriculture durable. Avec l'introduction du Brinjal Bt sur le marché, les associations environnementales craignent que chaque consommateur ne soit acteur d'une expérimentation à grande échelle.

De leur côté, les partisans de la culture OGM brandissent l'argument pragmatique de l'urgence de trouver des solutions à la malnutrition qui gangrène le pays. Néanmoins, l'Inde étant traditionnellement importateur net dans le domaine agricole, une simple hausse de la production se révèlerait inefficace.

Face à cette opposition farouche de la part de la société civile, le ministre de l'environnement Jairam Ramesh a finalement repoussé la sentence gouvernementale à janvier 2010, le temps pour lui d'organiser des consultations publiques et de laisser s'exprimer les pros et les contras.

Malgré tout, Mahyco, premier producteur de semences d'Inde détenu à 26% par un certain Monsanto, reste confiant en son argumentation bien huilée. Le semencier a d'ailleurs d'autres propositions dans ses cartons, parmi lesquels un riz, une tomate et une pomme de terre OGM. Le débat est donc loin d'être clos.

Anna Guzzini, Aujourd'hui l'Inde,  le 22 octobre 2009.