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"Bollywood to Hollywood" ou le début des webséries façon masala

 


Les internautes découvrent la web-série façon masala, à travers les tribulations de deux Indiens naïfs dans le monde bien réglé du cinéma américain. Anil Sadarangani, scénariste installé à Bombay, nous dit tout sur cette cyber-aventure.

 


Avis aux fans... Les autres, passez votre chemin
 

Bollywood to Hollywood porte bien son nom, comme des paillettes jetées entre deux continents. Cette web-série, née à Bombay, tournée à Los Angeles, financée en dollars et en roupies, peut être regardée depuis n'importe quel coin du globe, pourvu que vous parliez un peu anglais, et que vous disposiez d'une connexion Internet. Le concept : Sunil Kapur, jeune acteur indien en quête de gloire et de jolies filles, débarque aux Etats-Unis avec Amitabh Patel, industriel gujarati et aspirant producteur. Les deux compères vont bientôt réaliser que le parcours de Bollywood à Hollywood est semé d'embûches, prétextes à autant de gags.

En France, les web-séries ne sont maintenant plus un phénomène nouveau – le site de partage de vidéos dailymotion vient même de lancer un box-office mensuel des épisodes les plus visionnés dans l'hexagone. Mais c'est aux Etats-Unis que remontent les origines du genre, avec la toute première web-série, The Spot, lancée en 1995. En Inde en revanche, les producteurs ne se sont jusqu'ici pas intéressés à ces séries conçues spécialement pour internet. "Malgré le boom de l'informatique, Internet ne représente pas un marché assez important en Inde", estime Anil Sadarangani, scénariste de Bollywood to Hollywood, qui a auparavant été journaliste pour la presse écrite et … en ligne. 

Lorsque son frère Sunil (qui joue le personnage éponyme dans le feuilleton), installé à Los Angeles, lui demande d'écrire une web-série sur un apprenti comédien indien voulant réussir à Hollywood, Anil se lance. "Nous faisions tout par e-mail. J'envoyais les scripts des épisodes à mon frère et à l'équipe, puis ils revenaient vers moi pour des modifications, et très souvent, nous devions régler nos différends sur internet", se souvient-il.

Le jeune auteur apprécie d'emblée la latitude créative que lui laisse le format de la web-série, par rapport à Bollywood, une industrie qu'il connaît pour avoir travaillé en tant qu'assistant-réalisateur sur le film Fashion.  "A Bollywood, pas question de s'écarter de la formule : il faut une histoire d'amour ou un conflit, un héros très stéréotypé, des acteurs stars, de beaux costumes, de superbes paysages, et des chansons. Tout cela demande beaucoup d'argent !", résume-t-il.

Pour Bollywood to Hollywood au contraire, point de gros budget. Comme beaucoup de web-séries, celle-ci est, au départ, auto-produite. La réalisatrice américaine, Saba Moor Doucette, et Jeff, son mari acteur, y injectent leurs deniers, comme Beena, la mère d'Anil et Sunil, qui investit dans le projet de ses fils. "Vingt-et-un épisodes de trois minutes ont été tournés à Los Angeles, dans des studios loués à prix d'amis, et avec des acteurs quasi-bénévoles." explique Anil. Les "webisodes" sont rapidement vendus à desiyou.com, une plateforme américaine de divertissement destinée à la diaspora indienne. Les revenus générés par la publicité seront ensuite répartis entre le site internet et les producteurs.

"Nous sommes également en pourparlers avec des chaînes américaines pour une adaptation éventuelle à la télévision, et nous prévoyons également un 'spin-off' (série dérivée d'une autre, ndlr ) qui se déroulerait cette fois-ci en Inde", confie Anil Sadarangani. De Bollywood à Hollywood, puis de Hollywood à Bollywood, ou comment deux frères reviennent aux sources de l'inspiration. 

 

Sarah Collin , Aujourd'hui l'Inde, le 12 octobre 2009.