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Prise d'otages au QG de l'armée pakistanaise


Déploiement militaire à proximité du quartier général de l'armée.
 
 
Déploiement militaire à proximité du quartier général de l'armée. Crédits photo : AFP

 

Les forces spéciales pakistanaises ont libéré dimanche les 42 otages. Huit militaires, huit militants islamistes et trois otages ont été tués durant l'assaut. L'attaque aurait été revendiquée par les talibans pakistanais liés à al-Qaïda.

La prise d'otages a été sanglante. Après un assaut de 22 heures, les forces spéciales pakistanaises ont libéré dimanche 42 otages détenus par des militants islamistes dans le quartier général de l'armée à Rawalpindi, près de la capitale Islamabad. Le bilan complet de l'attaque est d'au moins 19 morts -six soldats, deux membres des forces spéciales, huit assaillants et trois otages-, et plusieurs blessés.

L'attaque contre le quartier général de l'armée avait débuté peu avant midi samedi à Rawalpindi, ville-jumelle de la capitale pakistanaise, lorsqu'un groupe de militants vêtus d'uniformes militaires et armés de fusils d'assaut et de grenades avait tenté de pénétrer dans un bâtiment proche de l'entrée principale du complexe. Une violente fusillade de 45 minutes a alors éclaté, faisant dix morts, quatre assaillants et six militaires, dont deux hauts responsables, un brigadier et un lieutenant-colonel, selon les autorités pakistanaises.

Le général Athar Abbas, porte-parole de l'armée pakistanaise, avait initialement affirmé que la situation était «sous contrôle», mais cinq assaillants ont tout de même réussi à pénétrer à l'intérieur du bâtiment, prenant 42 membres des forces de sécurité et des civils du ministère de la Défense. Les forces spéciales ont alors donné l'assaut.

Trois explosions et des coups de feu ont retenti à l'intérieur du complexe, tandis qu'un hélicoptère se trouvait sur zone. Trois ambulances ont ensuite quitté les lieux, selon un porte-parole de l'armée. Deux heures après le début de l'assaut, deux autres explosions ont retenti. L'un des ravisseurs se trouvait dans une pièce avec une vingtaine d'otages, une veste chargée d'explosifs sur lui, mais il a été tué avant qu'il ait eu le temps d'appuyer sur le détonateur. Quatre preneurs d'otages ont été tués par les forces spéciales, et le cinquième, qui avait réussi à prendre la fuite, a finalement été arrêté par les commandos. Blessé après avoir tenté d'activer sa ceinture d'explosifs, il a été présenté par le général Abbas comme «le chef de tout ce groupe».

 

Intenses échanges de tirs

L'attaque a été revendiquée, selon les chaînes de télévisions locales, par les talibans pakistanais liés à al-Qaïda, le Mouvement des Talibans du Pakistan (TTP). Ils ont juré récemment d'intensifier leur campagne d'attentats - suicide pour la plupart - qui a déjà fait plus de 2.200 morts dans tout le pays en un peu plus de deux ans.

Par crainte de nouvelles attaques, la sécurité avait pourtant été renforcée à Islamabad et à Rawalpindi, déjà transformées depuis de longs mois en véritables camps retranchés. Le TTP combat Islamabad, qu'il accuse de s'être alliée depuis fin 2001 à Washington dans sa «guerre contre le terrorisme». Récemment, le nouveau chef du TTP, Hakimullah Mehsud, a juré de multiplier les attaques contre «l'Amérique et le Pakistan» pour venger la mort de son prédécesseur Baïtullah Mehsud, tué le 5 août par un missile américain.

Et, sous la pression intense de Washington, l'armée a lancé récemment des offensives contre les talibans dans le nord-ouest. Ces derniers jours, les collaborateurs du président américain Obama ont signifié que sa nouvelle stratégie pour le conflit en Afghanistan ferait une place importante au Pakistan, son porte-parole Robert Gibbs soulignant que «la plupart, sinon presque tous» les membres du réseau d'Oussama ben Laden qui chercheraient à s'en prendre à nouveau aux Etats-Unis étaient au Pakistan.

Lundi, un kamikaze à pied a tué cinq employés de l'ONU dans leurs bureaux ultra-sécurisés en plein centre de la capitale, et vendredi, un attentat suicide à la voiture piégée a massacré 52 personnes sur un marché bondé d'une grande ville du nord-ouest. Cette nouvelle attaque démontre que les talibans peuvent frapper au coeur même du dispositif de la puissante armée pakistanaise.

 

AFP et AP, in Le Figaro, le 11 octobre 2009.

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L'arsenal nucléaire pakistanais préoccupe Hillary Clinton

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Hillary Clinton et David Miliband, le 11 octobre 2009, à Londres.
 
La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton affirme que Washington a confiance dans le contrôle du Pakistan sur ses armes nucléaires.

 

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton affirme, dimanche 11 octobre, que Washington a confiance dans le contrôle du Pakistan sur ses armes nucléaires. "Nous ne voyons pas de preuve que [les militants islamistes] vont prendre le pouvoir", a-t-elle souligné en commentant la recrudescence des attaques des talibans au Pakistan. Le secrétaire au Foreign Office David Miliband, présent à ses côtés, a également souligné qu'aucun élément, de nature publique ou privée, ne prouvait l'existence d'une menace contre l'arsenal nucléaire pakistanais. "Il est très important que le discours alarmiste ne gagne pas du terrain", a-t-il ajouté.

 

Cette déclaration intervient quelques heures après l'attaque d'insurgés sur la quartier général de l'armée pakistanaise. Elle montre que la menace des talibans, capables de frapper au cœur même du dispositif le plus sécurisé de la seule puissance nucléaire avérée du monde musulman, est loin d'être étouffée, estiment des analystes.

AFP et Reuters, in Le Monde, le 11octobre 2009.