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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

Une agence de tourisme française rachète la maison de Gandhi en Afrique du sud


Le groupe Voyageurs du Monde a remporté les enchères pour l’achat de l’ancienne résidence sud-africaine du Mahatma, mercredi, et compte désormais la transformer en musée. De son côté, le gouvernement indien est à nouveau piqué au vif.

 

 
 

 

L'agence de tourisme française cotée en bourse Voyageurs du Monde (VDM) a racheté, mercredi, la maison où vécut Gandhi à Johannesburg en Afrique du sud, il y a près d'un siècle, selon le quotidien The Hindu. VDM, qui a déboursé 500 000 euros, soit plus du double du prix de départ, pour remporter l'enchère, compte en faire un musée.

"L'héritage de cette maison est exceptionnel car elle a vu naître, dans l'esprit de Gandhi, sa philosophie du combat politique par la non violence", explique le président directeur général de VDM Jean-François Rial, contacté par mail. "Nous en ferons un musée dédié à cette période de la vie de Gandhi, accessible à tous, et une guest-house très simple si les autorisations nous sont données", ajoute-t-il.

Le père de l'indépendance de l'Inde a vécu pendant deux ans, de 1908 et 1910, dans cette résidence située à Orchards, dans la banlieue de Johannesburg. Jeune avocat à l'époque, Mohandas Gandhi tentait déjà d'unir la communauté indienne de la ville afin de lutter contre les discriminations dont elle était victime en Afrique du sud. C'est en effet dans ce pays, où le régime d'Apartheid est tout sauf un lointain souvenir, que Gandhi a développé sa philosophie de Satyagraha ou résistance pacifique.

Les derniers propriétaires de la maison, Nancy et Jarrod Ball, l'avait achetée pour 65 000 rands sud-africains (environ 6000 euros) en 1981. Le couple, qui a vendu la maison pour prendre sa retraite sur la côte, s'est déclaré rassuré de savoir que l'héritage de Gandhi serait préservé par le groupe français, d'après The Hindu.

VDM a déjà procédé à ce type d'investissement par le passé avec, entre autres, le rachat du  Steam Ship Sudan, le plus vieux bateau du Nil.  

L'acquisition par le groupe français du "Kraal", surnom donné à la demeure sud-africaine du Mahatma, est cependant perçue comme un nouveau revers par le gouvernement indien. "C'est un affaire qui touche au sentiment national et je ferai tout mon possible pour acquérir cette propriété historique et en faire un monument national", a déclaré le ministre du Charbon Sriprakash Jaiswal sur le site rediff.com.

Ce dernier affirme également que le gouvernement indien, par l'intermédiaire de la société minière publique Coal India Limited, aurait fait part, en vain, de son intérêt pour la maison au couple Ball.

Jean-François Rial assure cependant n'avoir eu aucun écho d'une telle initiative. "Je ne crois pas que le gouvernement indien se soit porté acquéreur, sinon, nous lui aurions evidemment laissé la place, et si il le souhaitait, nous lui recéderions sans discuter", affirme t-il, assurant par ailleurs que Nancy et son mari avaient d'abord contacté l'ambassade d'Inde en Afrique du sud mais n'ont obtenu aucun retour.

L'affaire a comme une odeur de réchauffé. En mars dernier déjà, la vente aux enchères de plusieurs objets ayant appartenu à Gandhi, dont ses emblématiques lunettes rondes, avait suscité une polémique nationale en Inde. Le gouvernement indien avait tenté d'empêcher les enchères avant de faire appel aux potentiels acheteurs indiens afin qu'ils fassent un geste pour "rapatrier" les objets du père de la nation sur le sous-continent.

C'est finalement le flamboyant homme d'affaire milliardaire Vijay Mallya qui avait enfilé l'armure de chevalier blanc, déboursant 1,43 millions d'euros pour ramener les objets de Gandhi sur le territoire indien.  

 

Antoine Corta, Aujourd'hui l'Inde, le 9 octobre 2009