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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

La cuisine végétarienne est-elle bonne pour la santé?


40% des Indiens sont végétariens, contre à peine 2% de Français. Pourtant, les avantages du régime "veg" sont multiples, de l’économie de ressources naturelles au meilleur traitement des animaux. Mais est-il sain de manger végétarien? Réponses avec Naini Saitalvad, nutritionniste renommée de Bombay.

 

 
 

 

Que le  voyageur qui n'a jamais rêvé d'un steak tartare en Inde me jette la première pierre. Entre les Hindous qui ne mangent pas de bœuf, et les Musulmans qui ne touchent pas au porc, au restaurant indien, il ne reste souvent plus que le poulet, quand il y en a, pour assouvir ses pulsions carnivores. Pour les Français, il s'agit souvent d'une première expérience, puisque seuls 2% d'entre eux sont végétariens. En Inde en revanche, plus de quatre habitants sur dix ne consomment pas de viande.

En Inde, le végétarisme relève à la fois d'une tradition philosophique et religieuse. L'Hindouisme, s'il ne prohibe pas les produits d'origine animale, recommande d'adopter un régime végétarien. L'Ahimsa, ou la philosophie de la non-violence au cœur des religions indiennes (Hindouisme, Jaïnisme, Bouddhisme) est formelle : elle enjoint "qu'on ne nuise à aucun être vivant". Mais quel est l'impact de la nourriture végétarienne sur la santé ? Est-il possible de manger équilibré sans viande ?

Naini Setalvad est une célèbre nutritionniste de Bombay. Son cabinet de consultation ne désemplit pas, son site internet est un succès, et elle organise également des sessions d'initiation à la diététique en entreprise. Elle assure : "manger végétarien  ne présente aucune contre-indication, à part un risque de déficience en vitamine B12, qui peut être évité avec des compléments alimentaires. La cuisine végétarienne est en général plus riche en fibres, en anti-oxydants, elle est bourrée de minéraux et vitamines et reste faible en calories".

Contrairement aux préjugés, les végétariens ne manquent pas de protéines, particulièrement en Inde où les lentilles, préparées sous forme de dal, représentent une denrée de base. De même, l'anémie, à laquelle sont sujettes 50% des Indiennes, n'est pas liée à une faible consommation de viande, mais plus à un manque de légumes verts, céréales et légumes secs, nous apprend Naini Setalvad.

La cuisine indienne recèle de mille et une recettes (et sans doute plus) de plats végétariens. Accommodés à toutes les sauces, les légumes, le riz et les lentilles forment le pain quotidien des Indiens. Mais si ces aliments renferment de propriétés nutritionnelles irréprochables, le problème, ce sont leurs accompagnements.

L'apparition de la diététique est encore toute nouvelle sur le continent indien, et l'obésité commence à faire des ravages dans les classes favorisées. "Souvent mes clients mangent des plats frits tous les jours, consomment trop de sucre, et ont encore beaucoup d'idées fausses sur la nourriture : ils pensent que le riz et les pommes de terre font grossir, que le sucre blanc est nécessaire à la santé, que l'huile donne de l'énergie", raconte Naini Setalvad.

A l'inverse, chez les pauvres, la malnutrition continue de sévir. Dans la grande enquête CNN-IBN sur les habitudes alimentaires des Indiens en 2006, 35% des sondés déclaraient n'avoir pas mangé à leur faim l'année précédente. Et à quantité insuffisante, variété médiocre, dit Naini Setalvad : "leur repas peut être constitué d'un roti (pain indien) et d'un peu de légumes, ce qui est insuffisant en protéines, ou juste de riz et de dal, auquel cas manquent les fruits et légumes".

La diététicienne résume : "Oui à la cuisine végétarienne, mais avec du soja, des légumes secs, des céréales, beaucoup de fruits et légumes, des noix, des graines, et des huiles pressées à froid, comme l'huile d'olive."

 

Sarah Collin, Aujourd'hui l'Inde, le 8 octobre 2009