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 A Sophia-Antipolis, la fermeture annoncée de Wipro illustre les difficultés de la microélectronique.

 

Les 61 salariés du site de Wipro NewLogic à Sophia-Antipolis, la technopole proche de Nice (Alpes-Maritimes), vont continuer de se mobiliser jusqu'à la date butoir du 8 octobre. Ce jour-là, une décision sera prise sur l'avenir du site. Et sur le sort des ingénieurs spécialisés dans la connectivité sans fil pour les fabricants de semi-conducteurs.


Ces salariés avaient appris, le 11 juin, la fermeture prochaine du site. Banal ? Wipro, le géant indien de l'informatique, emploie 95 000 salariés à travers le monde et il a réalisé, en 2008, un bénéfice de 670 millions de dollars (457 millions d'euros). La progression de ce bénéfice a été de 12 % au premier trimestre 2009. La direction explique que l'activité du site était déficitaire "malgré les efforts consentis depuis notre arrivée".

Or l'entreprise avait perçu 5,2 millions d'euros de crédit d'impôt dans le cadre du plan de relance, quelques semaines avant l'annonce de la fermeture du site. Cette somme venait rembourser les dépenses effectuées en R & D depuis son implantation en 2005. Ministre de l'industrie et maire de Nice, Christian Estrosi avait qualifié la décision d'"indigne". Depuis, il suit de près ce conflit qui s'éternise. Le directeur général de Wipro France a précisé qu'il avait lancé des discussions avec les instances représentatives des salariés. "Avant même l'interpellation du ministre, explique Christophe Martinoli, nous avions budgété un plan de plus de 5 millions d'euros pour accompagner les salariés."

Depuis juin, les discussions avec la direction française de Wipro étaient tendues. "Nous nous sommes heurtés à un mur jusqu'à aujourd'hui, où les négociations ont repris", constate Anne-Sophie Haumonté, membre du comité d'entreprise (CE). Un comité stratégique réunissant des représentants des collectivités locales, de l'Etat, des salariés et de la direction française s'est réuni à la préfecture des Alpes-Maritimes de Nice, vendredi 25 septembre, pour tenter de "maintenir le maximum d'emplois". Direction et représentants du personnel ont entamé des négociations. Plusieurs options sont étudiées, souligne M. Martinoli : "Trouver un repreneur pour la totalité ou un sous-ensemble du site de Sophia Antipolis, trouver des salariés porteurs de projets de création d'entreprise ou s'orienter vers des solutions de reclassement en interne."

MODALITÉS DE RECLASSEMENT

Las, aucun repreneur crédible ne s'est manifesté pour l'instant, indique la direction. De leur côté, les représentants du CE s'efforcent de trouver une solution alternative. Deux projets de création d'entreprise sont poussés par les salariés, confirme un délégué, Guillaume Pain. "Mais l'espoir est mince qu'ils aboutissent, juge-t-il. Les pouvoirs publics se mobilisent pour nous aider, mais il n'est pas sûr que cela suffise." Les salariés espèrent désormais obtenir des réponses sur ces projets et les modalités de reclassement des personnes qui ne pourront intégrer ces structures.

Le dossier Wipro témoigne de l'ampleur de la crise qui frappe le secteur de la microélectronique. Plusieurs centaines de salariés ont manifesté, vendredi, à Sophia-Antipolis contre les licenciements en cours dans la technopole, qui emploie 27 000 personnes. Les syndicats estiment à 700 le nombre d'emplois supprimés ou en cours de suppression dans plusieurs entreprises de Sophia-Antipolis, citant Hewlett-Packard, Texas Instruments. "Il n'est pas fréquent que les salariés se mobilisent à Sophia-Antipolis, c'est pourquoi c'est d'autant plus spectaculaire", constatait Georges Gonzales, un responsable CGT du département.

 Paul Barelli et David Sfez, Le Monde, le 27 septembre 2009