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Une banque pour les enfants des rues indiens


L’ONG indienne Butterflies vient en aide aux enfants des rues qui seraient environ 400 000 à New Delhi. Au de-là des foyers d’hébergement et de l’accès à l’école, elle offre la possibilité aux enfants d’épargner leur argent grâce à une banque conçue spécialement pour eux. Reportage.

 

 
 

Intezaar a 15 ans, Gopal, 11. Tous deux vivent à New Delhi, sans leurs familles. Chaque soir à 18H30, ils ouvrent la petite banque pour les enfants des rues. On l'appelle la Khazana, un mot ourdou qui signifie trésor. C'est un petit guichet installé dans le coin du foyer où Butterflies héberge quelques dizaines d'enfants toutes les nuits, à deux pas de la gare du vieux Delhi.

Les enfants apportent leurs économies de la journée : quelques roupies grapillées sur l'argent du bus donné par l'ONG ou la paye de leurs petits boulots de ramasseurs de poubelles ou de vendeur de thé. "C'est un endroit sûr pour laisser notre argent. Sinon, on se le fait voler ou on dépense tout pour des choses inutiles comme des cigarettes", explique Intezaar qui vit seul à New Delhi depuis 3 ans.

Grâce à Butterflies, il va désormais à l'école. Les jours de vacances, il vend du chai dans la rue. "Grâce à la responsabilité de la banque, je suis meilleur en mathématiques. Et un jour, j'espère pouvoir rembourser les dettes de mon père. Il a emprunté de l'argent pour payer le mariage de ma sœur", poursuit Intezaar.

Ces enfants, sans fortunes et sans adresses, n'auraient absolument pas accès à une banque classique, la plupart ont moins de 5 euros sur leur compte. Aujourd'hui, Gopal a pris 10 roupies (environ 15 centimes d'euros) sur son livret pour payer la réparation de sa montre. Les enfants ne déposent parfois que quelques centimes. "C'est peu, mais ils apprennent à économiser, explique Ruchira Guglani, de l'ONG Butterflies. Ils peuvent prévoir leurs achats comme un pull pour l'hiver et se mettre à faire des projets. En plus, ce compte leur rapporte des intérêts, 3,5%, comme une vraie banque".

À New Delhi, 3000 jeunes âgés de 9 à 18 ans ont un compte dans une Khazana de la capitale, mais seuls 800 enfants sont des clients réguliers. Et ailleurs en Inde, comme dans les pays voisins (Bangladesh, Afghanistan, Sri Lanka, Népal), Butterflies est aussi présent avec ce système de banque. "Grâce à la khazana, qui existe depuis 2001, les enfants ont un futur, ils apprennent l'intérêt de faire des économies. Un jour, un enfant a repris tout l'argent qu'il y avait sur son compte pour payer les funérailles de sa grand-mère. C'était très touchant", poursuit Ruchira Guglani.

19h30 : Intezaar et Gopal ferment le cadenas de la petite banque. Ils rejoignent leurs copains assis par terre devant la télévision. Jusqu'en décembre, ils sont les patrons de la Khazana. Ensuite, deux autres enfants seront élus pour les remplacer.

Juliette Tissot, Aujourd'hui l'Inde, le 25 septembre 2009