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Le Ramadan fêté par les étudiants indiens de toutes religions



A quelques jours de la fin du Ramadan, les étudiants de Jamia Millia Islamia, l’une des principales universités de New Delhi, se sont réunis pour l’iftar, la rupture du jeûne. Une fête à laquelle sont conviées toutes les confessions. Reportage.

 


18h32 : les étudiants rompent le jeûne
 
 

 

"Dépêchez vous, ça va bientôt commencer ! " Niha, étudiante en journalisme, presse les derniers arrivants. L'atmosphère est électrique en cette fin de journée dans la cour du département de Communication de l'université Jamia Millia Islamia. C'est dimanche, jour de repos, mais étudiants, professeurs, et personnel sont présents pour célébrer ensemble la rupture du jeûne, l'Iftar.

Dans une société indienne extrêmement hiérarchisée, où les étudiants connaissent la religion et la caste de chacun d'entre eux, l'Iftar est devenue une fête à laquelle sont invitées toutes les confessions. Kriti est hindoue, Gai, catholique, Niha, musulmane : elles ont passé l'après-midi à acheter les aliments traditionnels et à préparer le poulet Biryani, avec l'argent du pot commun. Et à quelques minutes de la levée du jeûne, tout le monde s'active aux derniers préparatifs : on coupe les fruits, on aligne les assiettes de samossas sur les longs bandeaux blancs qui tapissent le sol couleur brique de la cour, on remplit les verres d'eau, et on distribue des dattes, fruit qui marque la rupture d'un jeûne de plus de quatorze heures.

Le silence se fait peu à peu. L'appel d'un imam s'élève de la rumeur de la ville. Un étudiant regarde l'heure sur son portable. 18h32, le moment tant attendu. Hindous comme musulmans, bibliothécaires comme étudiants, tous dégustent le fruit sec, boivent une gorgée d'eau et picorent lentement beignets et nans.

Quelques instants plus tard, les musulmans du département de journalisme s'écartent pour prier en direction de la Mecque. Les non-musulmans observent un strict silence. Celui qui ose parler est vite rappelé à l'ordre par les regards de ses camarades. Gaurav, spécialisé en photo journalisme, s'empare de son appareil pour capter ce moment de recueillement.

Loin d'être relayée à la sphère privée, la religion s'affiche publiquement en Inde, surtout lors des fêtes religieuses. Pour Obaid Siddiqi, responsable du département de Communication, il est tout à fait normal d'accueillir un tel événement au sein de son département. " La fête de l'Iftar est devenue une tradition, un rassemblement social comme un autre que mêmes les hommes politiques non musulmans célèbrent. Si mes étudiants organisent un repas à cette occasion, je me dois d'y assister ".

A Jamia Millia Islamia, la fête de l'Iftar revêt une importance toute particulière. Avec 60% d'étudiants musulmans, dans un pays où les hindous représentent plus de 80 % de la population, l'université tient à concilier laïcité et connaissance de l'islam. Pour les étudiants, le partage de la culture et des traditions est un gage de paix dans une Inde encore hantée par la partition de 1947. " Mon collège était catholique, et je fais mes études supérieures à Jamia. Je suis hindou, mes meilleurs amis sont musulmans, et connaître leur culture me permet de ne pas confondre islam et intégrisme ", explique Kunal, 25 ans. Et son ami musulman d'ajouter : " Et moi je connais mieux que toi les 36 000 divinités hindoues ! "

Dans quelques temps, les étudiants du département de journalisme célèbreront ensemble Durga Purja et Diwali, deux festivals majeurs de l'hindouisme.

 

Claude Sarles, Aujourd'hui l'Inde, le 16 septembre 2009